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CSeries: Airbus ne compte pas racheter Bombardier et l'État québécois

«S'ils veulent demeurer dans l'aventure pour l'avenir, ils sont les bienvenus.»

20/10/2017 06:22 EDT | Actualisé 20/10/2017 13:32 EDT
La Presse canadienne/Graham Hughes
Alain Bellemare et Tom Enders

Le chef de la direction d'Airbus a voulu dissiper les craintes entourant sa prise de contrôle de la CSeries en affirmant qu'il considérait Bombardier (TSX:BBD.B) et l'État québécois comme des partenaires à long terme.

"Nous n'avons pas l'intention de racheter les autres parce que nous savons qu'ils sont de bons partenaires et s'ils veulent demeurer dans l'aventure pour l'avenir, ils sont les bienvenus", a expliqué Tom Enders, vendredi, au cours d'une mêlée de presse.

Plus tôt, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, M. Enders ainsi que le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, ont vanté les bénéfices du partenariat pendant près de 40 minutes.

Plusieurs centaines de gens d'affaires - dont de nombreux représentants de l'industrie aéronautique québécoise ainsi que le premier ministre Philippe Couillard - s'étaient déplacés pour venir écouter MM. Bellemare et Anders.

L'entente de principe prévoit qu'Airbus pourrait finir par se retrouver seul aux commandes de la CSeries, puisque l'entreprise a l'option de racheter la participation de Bombardier sept ans et demi après la clôture de la transaction et celle du gouvernement québécois en 2023.

"Il y a des arrangements visant à protéger l'intérêt des partenaires minoritaires, a dit M. Enders. Nous pouvons le faire, mais ce n'est pas notre intention première."

Cette sortie du grand patron d'Airbus a contredit les propos de son vice-président aux communications, Rainer Ohler, qui, en début de semaine, a indiqué à des médias américains que le géant européen envisageait de détenir 100 pour cent de la CSeries.

Sans verser un seul sou, Airbus détiendra 50,1 pour cent de la société en commandite CSeries. La part de Bombardier fléchira à 31 pour cent, alors que celle de l'État québécois - qui a injecté 1 milliard $ US en 2015 - recule à 19 pour cent.

Néanmoins, si M. Enders voit Bombardier et Québec comme des partenaires, les appareils de la CSeries seront des avions Airbus, a-t-il affirmé, sans toutefois fournir plus de détails.

Apport d'Airbus

Aux côtés du dirigeant d'Airbus, M. Bellemare a répondu à ceux qui s'indignent parce que la multinationale européenne se serait emparée du contrôle de la CSeries gratuitement.

"Ce n'est pas gratuit, a-t-il répondu. Ils (Airbus) apportent des années de développement ainsi que leurs réseaux de clients. Il y a une richesse là-dedans. Soudainement, nous allons bénéficier de leurs infrastructures d'après-vente."

Selon le dirigeant de Bombardier, ceux qui analysent la transaction d'un point de vue purement financier ont "mal compris".

L'avionneur québécois estime que cette alliance permettra à la CSeries d'échapper aux tarifs préliminaires d'environ 300 pour cent décrétés par le département américain du Commerce à la suite de la plainte déposée par Boeing (NYSE:BA) au printemps.

Les appareils CSeries destinés aux clients américains - qui représentent environ 30 pour cent du marché - seront assemblés à l'usine d'Airbus située à Mobile, dans l'État de l'Alabama.

"(Boeing) va probablement sortir l'artillerie lourde (dans le cadre de la dispute commerciale), a dit M. Enders. Les prochains mois pourraient être pénibles et difficiles, mais nous sommes déjà passés par là."

Airbus dit avoir déjà envoyé des lobbyistes à Washington afin de démontrer que le partenariat se traduira par la création d'emplois en territoire américain - ce qui cadre avec les volontés du président républicain Donald Trump.

Le dirigeant de l'avionneur européen a aussi voulu se montrer rassurant en affirmant que la principale ligne d'assemblage de la famille d'avions demeurerait à Mirabel. Il prévoit être en mesure de prendre près de la moitié du marché des avions de 100 à 150 places - environ 6000 appareils - au cours des 20 prochaines années.

Cela pourrait se traduire par des milliers d'emplois, a dit M. Enders, tout en évitant de s'avancer sur les intentions d'Airbus une fois que l'entente de continuité - qui prévoit le maintien des postes à Mirabel - prendra fin en 2041.

Par ailleurs, le dirigeant de Bombardier a estimé qu'il ne fallait pas être "nostalgique" de voir la CSeries être contrôlée par Airbus, expliquant qu'en raison des pressions concurrentielles sur le marché, l'avionneur québécois avait besoin de "ressources supplémentaires" afin que le programme puisse "prendre son envol".

Le premier ministre Couillard a abondé dans le même sens dans le cadre de son allocution de clôture.

"On rêvait de voir Bombardier devenir un géant de l'aéronautique, a-t-il dit. On se rend compte des réalités du marché et des pressions extrêmes qui s'y appliquent."

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