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Racisme systémique: Québec fait volte-face et parle désormais d'emploi

Le gouvernement Couillard renonce à mener à terme sa consultation.

19/10/2017 06:40 EDT | Actualisé 20/10/2017 16:19 EDT

Le gouvernement Couillard fait volte-face: il renonce à mener à terme sa consultation sur le racisme systémique pour privilégier à la place un exercice de réflexion sur l'immigration comme réponse à la pénurie de main-d'oeuvre anticipée.

L'annonce a été faite mercredi en marge de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres par le nouveau ministre de l'Immigration, David Heurtel, qui s'est dit convaincu que le temps était venu de «recadrer» cette initiative lancée par sa prédécesseure, Kathleen Weil.

Québec avait demandé à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) de tenir cette consultation sur la discrimination systémique et le racisme, une initiative qui fait l'objet de critiques et de controverses depuis sa création. Notamment, les partis d'opposition accusaient le gouvernement de vouloir faire le procès des Québécois de souche et de tenter de les culpabiliser.

Québec retire donc à la Commission le mandat de tenir cette consultation et décide d'en modifier radicalement l'objectif. On s'est rendu compte que la commission n'était pas «le véhicule approprié», a fait valoir M. Heurtel.

On entend donc désormais orchestrer un exercice qui évitera de «tomber dans l'inquisition» ou «la thérapie de groupe», surtout «sans s'accuser, ni se culpabiliser» mutuellement, a prévenu le ministre Heurtel en conférence de presse.

Le mot «racisme» est désormais exclu du processus. Il n'apparaît nulle part dans le communiqué de presse.

Questionné à savoir si, à ses yeux, il existait ou non une forme de racisme systémique au Québec, M. Heurtel s'est défilé. «Je ne suis pas là pour vous dire ce qui existe et ce qui n'existe pas», a-t-il dit.

Malgré tout, Québec demande par ailleurs aux 31 organismes régionaux recrutés localement pour recueillir des témoignages dans le cadre de la consultation initiale de poursuivre leurs travaux, déjà en cours, et de remettre leur rapport au ministère.

L'enjeu principal de l'exercice, a fait valoir M. Heurtel, n'est plus le racisme systémique et la discrimination, mais plutôt l'emploi chez les immigrants et leur contribution souhaitée en vue de combler la pénurie de main-d'oeuvre à venir.

En compagnie du ministre de l'Emploi, François Blais, le ministre Heurtel fera donc une tournée des régions dans les prochaines semaines pour aborder ces questions et avoir une «conversation» avec les groupes intéressés.

Sauf que la consultation précédente visait d'abord à consulter les organismes de défense des droits, tandis que la nouvelle mouture visera plutôt à contacter les organismes à vocation communautaire et économique, de même que les entreprises.

Le grand forum qui était prévu en décembre à Montréal pour entendre des experts se prononcer sur les solutions à apporter au racisme systémique aura lieu quand même, mais devra désormais être axé sur «la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination».

Si la priorité est désormais donnée à l'emploi, trois autres enjeux pourront aussi être abordés: la formation, la francisation et la lutte contre la discrimination.

M. Heurtel dit vouloir qu'on lui propose «des solutions concrètes».

Le gouvernement avait commencé à remettre en question la consultation sur le racisme quand le vent de contestation avait soufflé jusque dans les rangs du caucus libéral. Deux députés avaient publiquement attribué la défaite cuisante du PLQ dans Louis-Hébert, le 2 octobre, au mécontentement suscité dans la population par cette consultation.

Le premier ministre Couillard avait alors réagi en disant qu'il souhaitait ramener l'exercice dans la bonne direction.

L'idée d'examiner la place du racisme systémique au Québec, donc supposément inscrit dans sa culture et ses institutions, avait été lancée par la commission jeunesse du PLQ, alors présidée par Jonathan Marleau. Le premier ministre Couillard s'était aussitôt montré réceptif, convaincu de la «maturité» de la population québécoise pour aborder de front cet enjeu délicat.

À la suite de l'annonce du changement de cap, mercredi, les réactions n'ont pas tardé.

En renonçant à s'attaquer au racisme systémique, le gouvernement fait preuve de «lâcheté pure et simple», selon le député solidaire de Mercier, Amir Khadir.

Il en conclut que «l'entrée en matière» du ministre David Heurtel dans ses nouvelles fonctions est «catastrophique».

Dans un bref communiqué, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a réagi en prenant «acte» de la décision du gouvernement de procéder à «un changement majeur d'orientation». Elle veut analyser l'annonce plus en détail avant de commenter davantage.

L'opposition péquiste et l'opposition caquiste, qui réclamaient toutes deux l'abolition de la consultation, se sont réjouies de la tournure des événements.

Dans un communiqué, les jeunes libéraux ont applaudi la décision du ministre Heurtel pour son changement de cap.