POLITIQUE

Le ton monte au sujet de l'indépendance du grand patron de l'UPAC

Peut-il enquêter sur la corruption même s'il a été nommé par les libéraux?

19/10/2017 14:46 EDT | Actualisé 19/10/2017 19:03 EDT

QUÉBEC – Le commissaire de l'Unité permanente anticorruption, Robert Lafrenière, se dit « totalement indépendant » pour enquêter sur les frasques de certains proches des libéraux, et ce, même s'il a été nommé et que son mandat a été reconduit par des gouvernements libéraux.

M. Lafrenière a été cuisiné à ce sujet en commission parlementaire pendant l'étude du projet de loi 107 qui ferait de l'UPAC un nouveau corps policier. Il avait d'abord annulé son témoignage, avant de se raviser en voyant le tollé soulevé dans les médias à ce sujet.

Le projet de loi dans sa forme actuelle prévoit que le commissaire sera choisi par un comité de sélection composé du sous-ministre de la Sécurité publique, du secrétaire du Conseil du trésor, d'un avocat recommandé par le Bâtonnier du Québec, d'un directeur de corps de police et d'une personne recommandée par le milieu municipal. Le mandat serait de sept ans et ne pourrait pas être renouvelé.

THE CANADIAN PRESS

Or, les partis d'opposition à Québec souhaitent que le commissaire de l'UPAC soit nommé aux deux tiers de l'Assemblée nationale afin de mieux garantir son indépendance et d'éviter la perception que l'UPAC est en fait une « police politique ».

« Le commissaire de l'UPAC est nommé par le Parti libéral, et l'UPAC enquête sur le Parti libéral, s'est indigné Pascal Bérubé, le porte-parole péquiste en matière de Sécurité publique. Ils veulent conserver ce pouvoir-là. Ça ne peut pas être plus clair que ça : ils veulent s'assurer de contrôler la police. »

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, dit que le projet de loi suit « exactement » la recommandation de la commission Charbonneau à cet effet et accuse l'opposition d'être « dogmatique » dans ses critiques.

« L'opposition, elle a dit que dans le fond, elle souhaiterait que le commissaire ne soit pas indépendant. Nous, ce qu'on veut, c'est l'intégrité dans les enquêtes policières, et c'est l'intégrité dans les institutions de justice, a poursuivi M. Coiteux. C'est ça qu'on défend jusqu'au bout et c'est ça, le projet de loi. »

L'enquête Mâchurer se poursuit

En défendant son bilan, le grand patron de l'UPAC a confirmé que l'enquête Mâchurer, qui concerne entre autres l'ancien premier ministre Jean Charest, suivait son cours. Il promet de rendre une enquête « complète, ficelée et totale ».

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a déploré la « lenteur » de l'opération et l'a accusée de faire preuve « d'inaction » dans les dossiers qui touchent d'ex-membres ou des membres actuels du gouvernement libéral.

« Qu'est-ce que vous avez de besoin, qui soit dans le projet de loi, qui va vous permettre d'épingler le suspect numéro un de la commission Charbonneau, Jean Charest? » a-t-il demandé en commission.

Le ministre Coiteux a dit regretter l'attitude de ses collègues de l'opposition. « Si certains veulent prendre le temps des parlementaires pour faire de la démagogie, je le regrette profondément, mais ça ne vient pas de notre côté. »

L'UPAC a arrêté 179 individus, dont 77 ont été condamnés, depuis sa création en 2011.