POLITIQUE

Des politiciens ont réagi aux allégations formulées contre Gilbert Rozon

«Tolérance zéro.»

19/10/2017 13:26 EDT | Actualisé 19/10/2017 16:00 EDT

"Tolérance zéro", ont martelé des politiciens au sujet du harcèlement et des agressions sexuelles, au lendemain d'une journée mouvementée lors de laquelle deux personnalités fort connues du milieu artistique, le président fondateur du festival Juste pour rire, Gilbert Rozon, et l'animateur Éric Salvail ont fait l'objet d'allégations de nature sexuelle.

On ne peut plus rester immobiles, a lancé la ministre de la Condition féminine, Hélène David.

Compte tenu de l'accumulation de dénonciations publiques d'agressions et d'agresseurs ces derniers temps, elle constate qu'un "changement de culture" est en train de se produire.

Neuf femmes ont formulé des allégations de harcèlement et d'agression sexuelle contre Gilbert Rozon. Leurs témoignages ont été rapportés mercredi soir par le quotidien Le Devoir et la station de radio 98,5 FM. L'homme a annoncé qu'il quittait immédiatement ses fonctions multiples, soit de président du Groupe Juste pour rire, de commissaire aux célébrations du 375e de Montréal et son poste de vice-président de la Chambre de Commerce du Montréal métropolitain.

Commentant le cas de Gilbert Rozon, la ministre David a déclaré qu'en démissionnant de ses multiples fonctions, "il a pris la décision qui s'imposait dans les circonstances".

Le maire de Montréal, Denis Coderre, est du même avis.

La Ville est liée à Gilbert Rozon car l'homme est commissaire aux célébrations du 375e de Montréal. Le maire a d'ailleurs été avisé des allégations par M. Rozon lui-même, qui lui a envoyé un message mercredi soir par téléphone cellulaire.

Jeudi, M. Coderre a dit qu'il ne s'attendait pas du tout à ces allégations contre l'homme qui est aussi le grand patron de Juste pour rire et du festival du même nom.

Il a qualifié les événements rapportés par les femmes de "choquants".

"Pour moi, ce qui est important, c'est tolérance zéro", a dit le maire.

La premier ministre Philippe Couillard a eu le même commentaire en visitant le chantier hydro-électrique de La Romaine jeudi.

"Toute la société doit continuer avec la tolérance zéro", a-t-il dit.

Il faut condamner ces gestes-là, "sans compromis", a ajouté M. Couillard.

Même le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a été invité à commenter la situation jeudi. Il a évité de commenter directement les récents cas qui secouent le Québec.

"J'ai toujours été sans équivoque: le harcèlement, l'intimidation, l'agression sexuelle est inacceptable au travail, à la maison, dans la rue, n'importe où. (...) On peut en parler, on peut dire que non, ça ne va pas, quel que soit le niveau de pouvoir ou d'influence", a-t-il dit.

"Je suis content de voir qu'il y a un début d'éveil qui se fait", a conclu le premier ministre, alors qu'il se trouvait à Roberval.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a tenu à saluer le courage des femmes et des hommes qui parlent, faisant ainsi écho à bien d'autres.

"Il faut que ça provoque un changement de comportement pour les personnes en autorité", a-t-il poursuivi jeudi.

De son côté, Simon Jolin-Barrette, député de la Coalition avenir Québec et porte-parole en matière de justice, a déploré les événements.

"Ça s'explique pas ce genre de comportement-là. Il faut que les individus qui sont en position d'autorité et qui commettent ce genre de gestes-là paient pour ce qu'ils ont fait", a-t-il dit.

L'Association des professionnels de l'industrie de l'humour (APIH) a aussi réagi aux allégations à l'encontre de Gilbert Rozon, une figure de proue de l'industrie.

"L'APIH condamne toute forme d'intimidation et de harcèlement et s'engage à faire ce qui est en son pouvoir pour procurer un environnement de travail sain aux femmes et aux hommes qui oeuvrent dans l'industrie de l'humour", a fait savoir l'association par communiqué.

Impact commercial

Alors que certaines entreprises de télédiffusion et de production ont pris leurs distances par rapport à M. Rozon et même suspendu la diffusion d'émissions, le Groupe Juste pour rire s'est voulu rassurant.

Il a annoncé son intention de poursuivre tous ses projets en cours et futurs, tant au Québec qu'à l'international. Par communiqué, on parle de la formation d'un conseil d'administration indépendant à la suite de la démission de M. Rozon.

La présidence sera assurée par Guylaine Lalonde.

"Je rassure tous nos partenaires financiers et commanditaires que nous continuerons d'honorer tous nos partenariats et entendons livrer, tel que prévu, les prochaines éditions de nos différents événements", a-t-elle précisé.

L'entreprise emploie plus une centaine d'employés permanents et près d'un millier de contractuels et temporaires.

Par contre, la chaîne française M6 a annoncé jeudi qu'elle suspend la diffusion de la 12e saison de l'émission "La France a un incroyable talent", en réaction aux allégations qui éclaboussent Gilbert Rozon. La diffusion devait débuter le 26 octobre.

M. Rozon était membre du jury de cette émission. La direction de M6 a expliqué par voie de communiqué avoir pris cette décision "sans préjuger de la véracité" des allégations.

Radio-Canada a fait savoir sur son compte Twitter que le retour de sa populaire émission "Dans l'oeil du dragon" n'est pas encore confirmé, mais que si c'est le cas, Gilbert Rozon n'en fera pas partie en tant que dragon.

Compte tenu des circonstances, la direction de TVA a aussi indiqué suspendre la diffusion du Gala Juste pour rire qui devait être diffusé jeudi soir à 20h sur ses ondes.