DIVERTISSEMENT

«Hypersensoriel»: Messmer, ou le jour de la marmotte

L'hypnotiseur a le sens du spectacle, mais sa proposition devient un peu redondante.

18/10/2017 06:30 EDT | Actualisé 18/10/2017 06:30 EDT
Paméla Lajeunesse

Si vous n'avez pas encore fait d'indigestion de Messmer après le banquet d'émissions le mettant en vedette que nous sert TVA depuis quelques années – L'expérience Messmer, Messmer fascine les stars, Lâchés lousses, on ne les compte plus -, vous serez peut-être tentés d'aller zieuter les nouvelles prouesses de l'hypnotiseur le plus célèbre du Québec dans son nouveau spectacle, Hypersensoriel, dont la première montréalaise occupait l'une des salles du Théâtre St-Denis, mardi.

Depuis Fascinateur, son premier «one man show», qu'il a joué de 2007 à 2012, Messmer n'a à peu près jamais ralenti la cadence. Il a rapidement enchaîné avec la tournée Intemporel, entre 2012 et 2016. En janvier 2012, il battait un record en «endormant» 422 personnes au Centre Bell ; au début 2017, il en obnubilait 854 au Centre Vidéotron. Puis, il a établi sa marque en France, où il est désormais une étoile consacrée.

Son équipe, le Groupe Entourage, fait d'ailleurs grand cas de son succès international, à Messmer. Peut-être pour faire le contrepoids aux critiques qui remettent en cause l'authenticité ou l'éthique de sa pratique. Plusieurs n'y croient pas, d'autres décrient le fait que son procédé peut être, ou pourrait devenir, dangereux.

Or, le personnage fascine, dans tous les sens du terme : outre-Atlantique, Messmer cause aussi un tabac. Il y poursuit actuellement l'aventure Intemporel, entamera celle d'Hypersensoriel en mai prochain, et il rallie toujours cinq millions de téléspectateurs devant le rendez-vous Stars sous hypnose, à TF1. En carrière, notre chic moineau a écoulé plus d'un million de billets pour ses différents projets.

Faut dire qu'il a le sens du spectacle. Il a le contact facile avec les gens. Ses mises en scène ont beau ne pas voler nécessairement haut, elles divertissent allègrement une foule de tous âges, qui en redemande. Messmer joue sur un principe vieux comme le monde, celui de vulnérabiliser des êtres consentants pour les placer en position de loufoquerie. À partir de là, dans un état second, ses braves collaborateurs sont soi-disant capables d'à peu près tout, allant d'aptitudes jusque-là insoupçonnées à la bonne vieille glissade sur une pelure de banane.

«Hypersensoriel» de Messmer

Redondant

Ceci dit, la proposition de Messmer commence à être redondante. Pour peu qu'on ait déjà regardé ce qu'il fait au petit écran ou qu'on l'ait déjà applaudi sur les planches, on éprouve rapidement l'impression très nette d'avoir vu et compris de quoi il est capable. Et, sincèrement, si on n'embarque pas dans son univers bon enfant, ses tableaux burlesques, parfois dignes desTannants, peuvent s'avérer très vides et sans grande magie.

En revanche, si on l'admire réellement, si on croit à son art aveuglément, si on apprécie ce type d'humour qui commande qu'on se tourne notre «cerveau à off», comme on dit, on passera deux très belles heures en sa compagnie. Comme quoi la notion de réceptivité ne s'applique pas qu'à l'hypnose. Hier, en ce soir de rentrée médiatique, ça s'esclaffait beaucoup au parterre.

Dans Hypersensoriel, l'amuseur part des cinq sens (vue, toucher, ouïe, odorat, goût) pour justifier ses interactions avec les spectateurs. Après que leurs mains se soient collées ensemble dans la salle lors du test de réceptivité de notre hôte, les «cobayes» montent sur scène et, le temps de quelques pitreries, «appartiennent» à Messmer.

Dans un interminable moment, notre magnétiseur mystifie ses participants, qui s'effondrent par terre ; après quoi, ils «échangeront de l'amour» (des câlins), chanteront (et fausseront!) My Heart Will Go On au micro, riront à gorge déployée, identifieront des odeurs nauséabondes, danseront, s'imprégneront de l'atmosphère de New York dans un voyage (évidemment) fictif décrit par leur guide, apercevront même Donald Trump et se glisseront en douce dans la loge des membres du groupe Kiss. Ce dernier numéro se déploie en réalité virtuelle, ce qui en rehausse un peu l'interactivité.

En deuxième partie, Messmer débitera – trop vite! – un petit laïus sur le pouvoir de l'hypnose et le subconscient, et réitérera son manège avec d'autres candidats recrutés dans l'assistance, nombreux à vouloir vivre l'expérience. Dans ce deuxième lot de courageux, la comédienne Anick Lemay, mardi, a exprimé à la blague son envie d'être ailleurs.

Messmer simule ensuite un jeu-questionnaire de connaissances générales, emmène sa bande au spa et, enfin, dans une boîte de nuit, où chacun remplit le «rôle» qui lui a été attribué et se trémousse avec énergie.

Bref, pas beaucoup de réinvention ici. Le costaud gaillard a visiblement du mal à pousser son concept plus loin au fil des ans, à le peaufiner, à le faire évoluer. Prétendument sous l'emprise de son envoûtement, ses sujets font des folies, se ridiculisent gentiment, posent des gestes inoffensifs qu'ils ne tenteraient pas en temps normal. La base est là.

Mais après? Ça ressemble encore à ce que Messmer exécutait dans ses présentations d'avant, et celles d'avant, et ce qui sera probablement dans celles d'après aussi. De bon ou de mauvais goût, ça reste léger, facile, sans grande recherche.

L'intérêt de la production réside dans le pouvoir qu'Éric Normandin, de son vrai nom, détient sur ses partenaires d'un soir ; pourrait-il éventuellement les amener à se dépasser autrement qu'en utilisant leurs chaussures comme masque à gaz ou en leur faisant épeler «kiwi»?

Mardi, à l'entracte, l'expression «mauvais théâtre d'été» a été entendue. À nouveau, on remettait en cause la véracité de ce cirque parfois sans queue ni tête, qui n'a toutefois, rassurons-nous, rien de bien méchant ou dérangeant.

À l'autre bout du spectre, d'autres avaient le sourire fendu jusqu'aux oreilles et s'extasiaient devant le talent de Messmer. Que l'homme se rassure, qu'on y croie ou pas, qu'on soit adepte ou pas, un large public est encore friand de ses exploits. Son principal étant probablement de vendre une forme de rêve, qu'il soit vrai ou faux.

Messmer présentera Hypersensoriel en tournée partout au Québec dans la prochaine année. Toutes les dates sont disponibles sur son site officiel.