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À Téhéran, leçon de géographie maritime pour président américain «ignorant»

Les caricatures se paient la tête de Donald Trump et c'est très drôle!

18/10/2017 12:01 EDT | Actualisé 18/10/2017 12:01 EDT
AFP/Getty Images

Des poissons qui se tordent de rire ou un Donald Trump menacé par un tsunami: à Téhéran, une exposition de dessins s'en prend à la dernière saillie du président américain ayant qualifié d'"arabique" un golfe qui, vu d'Iran, ne saurait être que persique.

Après la déferlante de mots-dièse #PersianGulf (#GolfePersique) sur Twitter ayant accueilli vendredi le virulent discours de M. Trump sur l'Iran, le centre culturel Hozeh-yé Honari de Téhéran poursuit la riposte iranienne.

L'exposition "Le Golfe persique est éternel" a été rapidement installée dans un passage de cette institution rattachée à l'Organisation iranienne de la propagande islamique.

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Massoud Shojaï Tabatabaï, l'organisateur, s'en excuse, mais les deux principales pièces du centre pouvant accueillir ce genre d'événement sont actuellement occupées par l'exposition "Rohingyas": collection d'affiches dénonçant le "génocide" de ces musulmans victimes de violences massives en Birmanie depuis septembre.

"Les Iraniens ont un grand sens de l'humour et [...] ils l'ont montré à des millions de reprises sur les réseaux sociaux dans leurs réactions à ce discours et à la question du Golfe persique", dit ce directeur de la Maison des dessinateurs d'Iran.

"Cela a eu un écho considérable et, en temps que dessinateurs, nous avons décidé de monter rapidement quelque chose. En deux jours, les dessinateurs ont remis leurs travaux et maintenant, 55 oeuvres sont exposées."

Les dessins sont présentés sur des chevalets noirs alignés de part et d'autre de l'allée, cachant, dans un coin, une sculpture montrant une figure humaine détruisant à la hache une étoile de David, ou devant des bustes de figures intellectuelles ou artistiques iraniennes du XXe siècle.

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Pétrodollars et Bédouins

D'un manière générale les caricatures dénoncent une collusion entre les États-Unis et les monarchies de la péninsule arabique sur fond de pétrodollars.

L'une d'elles montre un émir assis sur un petit tabouret tenant d'une main une grosse sucette destinée à un bébé Trump en couche-culotte, prié d'apprendre à répéter "Golfe arabique".

Dans son discours présentant la nouvelle "stratégie" des États-Unis vis-à-vis de l'Iran, M. Trump a affirmé vendredi que l'Iran harcelait "les navires américains et [menaçait] la liberté de navigation dans le Golfe arabique et la mer Rouge".

Sur plusieurs dessins, le locataire de la Maison Blanche est croqué dans une situation désespérée, qu'il soit le seul passager d'une frêle embarcation baptisée "Golfe arabique" menacée de sombrer, ou poursuivi par une vague géante.

Les sujets de la péninsule arabique en prennent aussi pour leur grade. Un "strip" montre une mer farceuse se jouant d'un bédouin écrivant sur le sable "al-Khalij al-Arabi" ("Golfe arabique" en arabe): la marée montante l'éclabousse et se retire en laissant apparaître sur la plage "Khalij-é Fars" ("Golfe persique" en persan).

Documentariste disant avoir apprécié cette exposition où l'on ne se bousculait pas mercredi, Arghavan Tajalimanesh, note que même dans des films américains avec "Tom Cruise, vous voyez apparaître Golfe persique dans les dialogues".

"Quand M. Trump baptise effrontément Golfe arabique ce lieu si important, connu de tous, il est du devoir de tous les Iraniens, et des artistes en particulier, de réagir", dit-elle.

Jointe par téléphone, la dessinatrice Mahnaz Yazdani, habitant à Ispahan (centre de l'Iran) ne souhaite pas s'étendre sur la rémunération perçue pour les planches qu'elle a présentées.

Sur un dessin, "j'ai voulu montrer l'ignorance de Trump", dit cette femme de 37 ans. Dans l'autre, il s'agit de montrer que "Trump est payé pour faire des choses". "Il est payé par l'Arabie saoudite pour appeler Golfe arabique le Golfe persique", assure-t-elle.

Si elle souhaite que le président américain puisse voir ses oeuvres, elle dit en riant que sa réaction sera certainement de l'interdire d'entrer aux États-Unis, elle, ses "ancêtres et tous [ses] descendants".

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