DIVERTISSEMENT

Roger Waters replonge avec brio dans l’univers Pink Floyd

Le musicien-chanteur de 74 ans n’a rien négligé pour ce splendide concert, tant sur le plan sonore que visuel.

17/10/2017 06:18 EDT | Actualisé 17/10/2017 06:21 EDT
Paméla Lajeunesse

L'ancien membre fondateur du cultissime groupe britannique Pink Floyd, Roger Waters, a livré lundi soir la première offrande d'une série de trois concerts au Centre Bell de Montréal. Figure incontournable du rock, il est toujours extrêmement apprécié à Montréal.

Roger Waters, souvent considéré comme l'âme créatrice de Pink Floyd, est investi dans une immense tournée internationale intitulée Us + Them, titre qui se trouve sur l'album Dark Side of the Moon. Un choix éloquent pour ce nouveau spectacle qui renferme une grande quantité de chansons tirées de ce mythique album paru en 1973. Certes, quelques pièces jouées lundi soir provenaient aussi de son récent album, Is This the Life We Really Want?, sorti en juin. Mentionnons Déjà Vu, The Last Refugee et Picture That. Il ne faut pas oublier non plus les albums Animals et The Wall.

Nous devons souligner la magnificence de ce concert, tant sur le plan sonore que visuel. Le musicien-chanteur de 74 ans n'a rien négligé à propos des installations techniques pour cette tournée.

Roger Waters au Centre Bell (16 octobre 2017)

L'homme

Avant que tout commence, une image presque statique est projetée sur un gigantesque écran qui se dresse sur toute la largeur de la scène. Un homme, assis au milieu de l'ammophile, observe une vaste étendue de sable. La marée est basse. On entend les sons (sortant de haut-parleurs placés à divers endroits dans l'aréna) des vagues, le cri des goélands ou encore la sirène de bateaux. C'est peut-être un paysage de Grande-Bretagne. Belle ambiance.

À 20h20, le ciel devient rouge; ce monde paisible de bord de mer s'évanouit soudain dans un tourbillon d'images et de sons. On s'éloigne rapidement de la Terre, qui flotte finalement dans l'espace, sur la musique de Speak to Me...

En lever de rideau, le musicien-chanteur Roger Waters et sa bande de dix musiciens/chanteurs (dont Jonathan Wilson et Dave Kilminster à la guitare et à la voix, Joey Waronker à la batterie et aux percussions, puis Holly Laessig et Jesse Wolfe aux choeurs) proposent Breathe, de l'album The Dark Side of the Moon. Roulements de tambours, basse dynamique, harmonies vocales planantes et guitares grinçantes qui déchirent le monde. Une inquiétante voix hors-champ balance les mots One of These Days (de l'album Meddle, paru 1971)... Tout s'accélère. Bam! Effet bœuf.

Aux sons des cliquetis et des alarmes, des images d'horloges défilent ensuite à l'écran. Time, un autre succès de Dark Side of the Moon, est interprété de manière semblable à l'originale. Quoique la guitare est pesante. Les chœurs féminins, quant à eux, sont sensuels et justes. D'ailleurs, Holly Laessig et Jesse Wolfe sont très class avec leur robe noire scintillante et leur perruque blonde-blanche coupée au carré. On peut justement les voir de près quand elles livrent juste après une série d'ad libs vocaux sur The Great Gig in the Sky, avec en arrière-plan des milliers d'étoiles sur fond noir. Superbe.

Les machines

À la suite, de ce passage d'une tendre beauté, le morceau Welcome to the Machine remet les pendules à l'heure. Le monde est déshumanisé avec un rock progressif rageur et un brin apocalyptique. Ici, les crescendos dramatiques des claviers futuristes (qui ont tant inspiré l'une des esthétiques sonores des années 1980) accompagnent le cri de la plèbe qui voit son monde inondé de sang (des animations à l'écran). L'effet surround produit par les petits haut-parleurs disposés dans le Centre Bell est convaincant.

C'est alors que Roger Waters propose la nouvelle chanson Déjà Vu, avec des arrangements de violon, de guitare acoustique et de chants éthérés. «If I Had Been God», chante-t-il. Le ton est résolument distinct de la première demi-heure.

Après The Last Refugee et Picture That deux autres nouveaux morceaux de Roger Waters –, la mélodie de Wish You We Here, qui est jouée à la guitare acoustique, résonne dans l'amphithéâtre comme un hymne à la nostalgique. Du bonbon.

À la suite d'un clin d'oeil au morceau The Happiest Days of Our Lives, on entend un riff de guitare qui mène au succès monstre Another Brick In the Wall (Part II).

«We don't need no education

We don't need no thought control

No dark sarcasm in the classroom

Teachers leave them kids alone

Hey! Teachers! Leave them kids alone

All in all it's just another brick in the wall

All in all you're just another brick in the wall»

Au-devant de la scène, une douzaine d'enfants opprimés finissent par déchirer leur veste pour danser et exhiber leur chandail noir sur lequel est écrit RESIST en blanc. Mignon. À la fin de la pièce, les spectateurs sont hystériques.

Les animaux

Au retour d'une pause d'une vingtaine de minutes, les sons sont tonitruants : sirènes, averses de pluie, fracas métalliques et tonnerre annoncent le retour de la troupe de Roger Waters. Pendant qu'ils commencent à joueur de leurs instruments, une usine de brique aux quatre cheminées blanches apparait au cœur du Centre Bell. Cette projection est rendue possible grâce à l'utilisation de multiples toiles soutenues au plafond. C'est le fameux complexe industriel de l'album Animals, paru en 1977. Sur une façade de l'édifice apparaîtra la phrase :

PLEASE HELP WE ARE TRAPPED IN A DYSTOPIAN NIGHTMARE

Le symbole de l'ère capitaliste dans toute sa splendeur.

Après cette pièce qui s'étire en ambiances angoissantes, l'équipe de Roger Waters diffusera plusieurs portraits peu flatteurs du président américain Donald Trump. Au même moment, le Britannique chante les paroles de la chanson Pigs :

«Big man, pig man

Ha, ha, charade you are

You well heeled big wheel

Ha, ha, charade you are

And when your hand is on your heart

You're nearly a good laugh

Almost a joker»

C'est ici qu'un énorme cochon gonflable vole dans l'amphithéâtre aux sons des guitares stridentes. Il est écrit PIGGY BANK OF WAR sur ses flancs.

Quoi de plus à propos que la chanson Money pour continuer ce pamphlet musical à l'endroit de la cupidité et de la mégalomanie ? Visiblement, Roger Waters ne porte pas Donald Trump dans son cœur.

L'âme

Durant la lyrique mais dramatique Us and Them, des images de manifestants, de policiers, de murs envahissent les écrans géants. Les lignes mélodiques du saxophone de Ian Ritchie dédramatisent quelque peu les images d'explosions guerrières et de gigantesques dépotoirs qui nous sont proposées. Mais, c'est quand même lourd. Bon, il y aura ce bien quatuor de gamins souriants qui illuminera un moment le Centre Bell, en format géant.

Ensuite arrive la nouvelle chanson Smell the Rose. Présenté vers la fin du deuxième acte, ce morceau (fort réussi sur scène) a engendré une énorme ovation. Très ému, Roger Waters a dû prendre une longue pause afin de laisser la foule calmer sa passion.

Mother, qui donne presque l'impression d'être une berceuse, est ravissante quand elle arrive une minute plus tard. La chanson s'agence bien avec la pyramide de faisceaux laser bleus en trois dimensions. En finale, Comfortably Numb est un choix judicieux afin d'égayer les âmes ébranlées des 14 350 spectateurs. En fait, ce n'est pas difficile à digérer comme proposition générale, c'est juste que les sombres constats faits dans plusieurs chansons de Pink Floyd peuvent miner le moral.

Une excellente production

À partir du moment où l'on apprécie l'œuvre colossale de Pink Floyd, et son rock progressif un tantinet dramatique, force est d'admettre que le concert de Roger Waters va enchanter la très grande majorité des centaines de milliers de fans de partout dans le monde qui vont assister à ce concert titanesque de Us + Them.

D'autant plus que de nombreuses pièces du joyau The Dark Side of the Moon, qui est sans contredit la part la plus riche de l'œuvre de Pink Floyk, sont proposées dans ce marathon musical d'environ 140 minutes.

Il reste des billets pour le troisième concert prévu au Centre Bell, le 19 octobre.

Voici les chansons offertes par Roger Waters

1er acte

Speak to Me

Breathe

One of These Days

Time

Breathe (Reprise)

The Great Gig in the Sky

Welcome to the Machine

Déjà Vu

The Last Refugee

Picture That

Wish You Were Here

The Happiest Days of Our Lives

Another Brick in the Wall Part 2

2e acte

Dogs

Pigs (Three Different Ones)

Money

Us and Them

Smell the Roses

Brain Damage

Rappel

Mother

Comfortably Numb

Déjà publié: