POLITIQUE

Laval: comment se défaire de l’héritage de Gilles Vaillancourt?

À l'aube d'un nouvel appel aux urnes, Marc Demers peut-il dire «mission accomplie»?

17/10/2017 16:52 EDT | Actualisé 17/10/2017 17:06 EDT
Olivier Robichaud

Quatre ans, est-ce assez pour se débarrasser de l'héritage de l'ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt, qui a démissionné puis a été emprisonné pour corruption? C'est la lourde tâche accordée à Marc Demers à la suite des élections de 2013. À l'aube d'un nouvel appel aux urnes, M. Demers peut-il dire «mission accomplie»?

NDLR: Le HuffPost Québec a dressé le bilan des promesses phares des maires des cinq plus grandes villes du Québec : Montréal, Québec, Laval, Gatineau et Longueuil. Les entrevues seront diffusées au cours des prochains jours.

Après plus de 20 ans à la mairie de Laval, Gilles Vaillancourt a laissé une importante tache sur la réputation de la ville. Arrêté par l'Unité permanente anticollusion en 2013, il a admis avoir participé à un système de partage des contrats publics entre 1996 et 2010. Il a écopé d'une peine de six ans de prison.

Une large part des promesses effectuées en 2013 étaient en réponse aux allégations qui visaient M. Vaillancourt, ou encore à des dossiers pour lesquels l'ex-maire était vertement critiqué, comme la Place Bell.

M. Demers estime avoir réussi à remettre sa ville sur la bonne voie.

«Nous avons établi une crédibilité qui n'existait pas en 2013. Je suis fier de mon bilan et je n'ai pas de problème à le défendre», affirme-t-il en entrevue au HuffPost Québec.

Le BIEL, à défaut d'un BIG

En 2013, Marc Demers a promis d'obliger les employés de la Ville à dénoncer toute situation laissant croire qu'un acte criminel pourrait être commis. À la suite de Montréal, qui a mis sur pied le Bureau de l'inspecteur général (BIG), Laval a créé le Bureau de l'intégrité et de l'éthique de Laval (BIEL) pour recueillir ces dénonciations.

Le bureau relève de la police municipale. Il n'a toutefois pas les mêmes pouvoirs que le BIG, qui peut résilier unilatéralement un contrat grâce à une loi accordant ce privilège uniquement à Montréal.

Selon M. Demers, le BIEL est une réussite. Ses enquêtes ont notamment mené à la résiliation de deux contrats de déneigement par le conseil municipal.

«Nous avons envoyé nos policiers voir l'UPAC pour savoir ce qu'eux ne font pas, et on couvre ces aspects-là. C'est complémentaire», explique le maire, qui se réjoui de voir des villes comme Saint-Jérôme adopter des mesures semblables.

Plus de soumissionnaires? Non

M. Demers a aussi promis plus de flexibilité dans les critères des appels d'offres afin de recevoir un nombre accru de soumissions. Selon M. Demers, les critères ont été assouplis «lorsque la loi le permet et que le type de contrat s'y prête», notamment pour le déneigement et les ordures.

Vérification faite, les changements n'ont pas permis d'attirer plus de soumissionnaires. Au contraire, en 2014, 2015 et 2016, les appels d'offres ont reçu en moyenne entre quatre et cinq soumissions chacun. C'est presque identique – même légèrement en-deçà – des résultats obtenus lors des deux dernières années de l'ère Vaillancourt.

Le décompte a été fait à partir du Système électronique d'appels d'offres du gouvernement du Québec (SEAO).

Que faire de la Place Bell?

M. Demers a également hérité d'un projet qui menaçait de devenir un éléphant blanc: la Place Bell, un aréna et amphithéâtre accueillant le club-école du Canadien, le Rocket de Laval.

Le site initialement choisi par la Ville était une ancienne carrière remblayée. Les sols étaient contaminés et instables, forçant l'administration Vaillancourt à opter pour un terrain adjacent au métro Montmorency. C'est alors l'absence de places de stationnement – seulement une centaine pour un amphithéâtre de 10 000 personnes – qui faisait sourciller.

Et le coût a explosé, passant de 150 M$ à 200 M$, dont 122 M$ payés par la Ville.

«À notre arrivée, le projet était mal attaché. Il y avait des choses qui étaient pour se faire construire alors que les finances n'étaient pas là. Il manquait de places de stationnement, contraire à nos règlements», énumère M. Demers.

Le constructeur a ajouté 600 places de stationnement. La Ville a aussi changé la réglementation pour que les automobilistes puissent utiliser les stationnements des nombreux commerces environnants. Une navette à partir de l'hôtel de ville a aussi été mise en place.

L'amphithéâtre a reçu plusieurs éloges lors de l'inauguration. Cerise sur le sundae: le Rocket performe plutôt bien, remportant trois de ses quatre premiers matchs.

Nouveau schéma d'aménagement

Puis, il fallait s'attaquer au «Far West» du développement immobilier. Laval n'avait pas adopté un nouveau schéma d'aménagement en 30 ans et Gilles Vaillancourt était connu pour les énormes tours d'habitation implantées au détriment du voisinage.

Cet été, l'administration Demers a finalement adopté un nouveau plan limitant le nombre d'étages presque partout, sauf au centre-ville afin de créer un pôle de densification.

«Une des pièces maîtresses de notre bilan est sans doute la production du schéma d'aménagement du territoire. Développé en collaboration avec les citoyens, ce document fondamental encadre le développement de Laval pour les années à venir», affirme le maire.

L'affaire ne s'est toutefois pas faite sans heurts. Avant d'adopter son nouveau schéma, l'administration Demers a permis la construction d'une tour de 26 étages sur le boulevard Lévesque, au grand dam des riverains de la rivière des Prairies.

Gel de taxes, mais encore

M. Demers avait aussi promis de geler les taxes pour l'année financière 2014. Ce qui fut fait... mais elles ont explosé l'année suivante. La vérificatrice générale de la Ville a d'ailleurs souligné que rien du tout ne justifiait la hausse de 3,2% imposée en 2015.

N'empêche, les taxes ont augmenté de seulement 1,63% en moyenne pendant les quatre années de Marc Demers.

«Les faibles hausses de taxes contribuent aux facteurs qui expliquent la santé économique de Laval», affirme le maire.

M. Demers affrontera quatre rivaux le 5 novembre 2017, dont l'ex-député Jean-Claude Gobé et le chef du Parti Laval, Michel Trottier, qui a recruté deux anciens collègues de M. Demers.

Un autre ex-collègue, Alain Lecompte, a fondé l'Alliance des conseillers autonomes. Sonia Baudelot se présente quant à elle pour Avenir Laval.