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Québec a «fait sa part» dans l'aéronautique, selon la ministre de l'Économie

Bombardier ne pourra vraisemblablement pas compter sur les gouvernements Couillard et Trudeau si l'avionneur québécois est bel et bien à la recherche d'investisseurs pour ses activités aéronautiques.

16/10/2017 13:10 EDT | Actualisé 16/10/2017 15:04 EDT
Bloomberg via Getty Images

Bombardier (TSX:BBD.B) ne pourra vraisemblablement pas compter sur les gouvernements Couillard et Trudeau si l'avionneur québécois est bel et bien à la recherche d'investisseurs pour ses activités aéronautiques.

"Bien franchement, je crois que dans l'industrie aéronautique, le gouvernement du Québec a fait sa part, a affirmé lundi la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, en marge d'une annonce économique à Montréal. Nous avons fait notre part."

Celle-ci réagissait à la publication d'un article par Bloomberg suggérant que Bombardier pourrait aller jusqu'à se délester de ses activités de construction des jets régionaux CRJ - qui sont assemblés à Mirabel - ainsi que des avions à hélices Q400, dont l'assemblage est effectué à Toronto.

Le géant Airbus figurerait parmi les acquéreurs potentiels, selon l'agence américaine, qui cite des sources anonymes.

Après avoir injecté 1 milliard $ US dans la CSeries, "il n'y a rien sur la table en ce moment" à Québec en ce qui a trait à un possible investissement dans les programmes du CRJ ou du Q400, a affirmé Mme Anglade.

"Si (Bombardier) cherche à établir un partenariat avec d'autres entreprises, ils savent très bien où loge le gouvernement, a-t-elle dit. Pour nous, l'important, c'est de nous assurer du maintien des emplois."

À ses côtés, le ministre fédéral de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, s'est montré plus prudent, refusant de commenter sur le résultat des scénarios qui seraient analysés par Bombardier.

"De notre point de vue, nous avons toujours dit que tout partenariat (pour une aide financière) visait à augmenter les investissements en recherche et développement", a-t-il indiqué.

Le prêt de 372,5 millions $ consenti à l'avionneur par Ottawa plus tôt cette concernait principalement la recherche et développement puisqu'il devait aider l'avionneur à poursuivre le développement de la CSeries ainsi que de l'avion d'affaires Global 7000.

En ce qui a trait aux avions CRJ, Bombardier envisage un nouvel aménagement de la cabine, tandis que pour les Q400, on propose une configuration élargie à 90 places.

Le coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale (AIMTA), David Chartrand, n'a pas voulu commenter les informations de l'agence financière américaine, disant ne pas détenir suffisamment d'informations.

Au cours d'un entretien téléphonique, il a toutefois déploré de voir que cette situation puisse préoccuper des employés déjà inquiets pour leur gagne-pain.

Mur américain

Les options qui auraient été envisagées par Bombardier surviennent à la suite de deux décisions préliminaires récentes du département américain du Commerce qui se traduisent par l'imposition de droits compensatoires d'environ 300 pour cent sur les CSeries envoyés aux États-Unis.

Ces mesures décrétées par Washington viennent accroître la pression sur les liquidités de l'entreprise.

Néanmoins, des observateurs de l'industrie aéronautique ont exprimé certaines réserves quant à la possibilité que Bombardier puisse décider de se départir de ses jets régionaux ou de ses turbopropulseurs Q400.

"Cela semble assez improbable pour le moment", fait valoir l'analyste Seth Seifman, de la banque américaine J.P. Morgan, dans une note envoyée par courriel.

À son avis, c'est la société d'État chinoise Comac - qui aurait déjà envisagé d'investir dans la CSeries dans le passé - qui pourrait être intéressée par certaines parties de la division aéronautique de Bombardier.

M. Seifman écrit que la société chinoise pourrait être tentée d'acquérir des actifs de propriété intellectuelle ainsi que des relations d'affaires établies avec des clients existants.

Celui-ci doute également qu'Airbus soit impliquée sérieusement dans les discussions. Le géant européen est déjà actionnaire de l'entreprise ATR, qui construit des avions qui rivalisent avec le Q400 de Bombardier.

Le directeur du groupe d'études en management des entreprises en aéronautique à l'UQAM, Mehran Ebrahimi, s'est quant à lui demandé pourquoi l'avionneur québécois voudrait laisser aller les programmes du CRJ et du Q400.

"Ce sont des vaches à lait et des chaînes logistiques que l'entreprise maîtrise bien, a-t-il expliqué. Pourquoi s'en départir alors que les carnets de commandes sont en bon état?"

Dans son rapport annuel de l'exercice 2016, Bombardier indique avoir 52 commandes fermes de CRJ et 31 autres pour son avion à hélices.

À la fin septembre, la multinationale avait annoncé ce qui pourrait être sa plus importante commande d'avions Q400 dans le cadre d'un contrat avec SpiceJet pour 25 appareils assorti d'une option pour 25 avions supplémentaires.

D'après les prix courants, la valeur totale de la commande atteindrait 1,7 milliard $ US.

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