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Airbus achète la CSeries

L'avionneur européen Airbus et Bombardier deviendront partenaires sur le programme d'appareils de la CSeries

16/10/2017 18:40 EDT | Actualisé 17/10/2017 06:20 EDT

Deux ans après des discussions qui ont avorté, le géant européen Airbus prend le contrôle de la CSeries de Bombardier en devenant l'actionnaire majoritaire de ce programme.

Les deux avionneurs ont annoncé une entente de principe, lundi soir, quelques jours après que les États-Unis eurent imposé des tarifs punitifs préliminaires d'environ 300 pour cent sur la CSeries à la suite d'une plainte de Boeing - le rival d'Airbus.

Si le siège social de la société en commandite de la CSeries demeurera au Québec, c'est toutefois dans l'État américain de l'Alabama que sera implantée la deuxième ligne d'assemblage de l'avion pouvant transporter de 100 à 150 passagers.

Actuellement, l'assemblage final de cette famille d'avions s'effectue dans les installations de la multinationale québécoise situées à Mirabel, dans les Laurentides.

Ce partenariat devrait contribuer à faire diminuer significativement les coûts de production de la CSeries en bénéficiant de l'expertise de la société européenne, font valoir les deux entreprises.

"Cela permettra à la CSeries d'accéder à un autre niveau, a commenté le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, au cours d'une conférence téléphonique. C'est le partenariat parfait pour nous, le Québec et le Canada."

Le grand patron de l'avionneur a affirmé que la nouvelle ligne d'assemblage aux États-Unis n'allait pas faire disparaître des emplois à Mirabel.

"Notre rythme de production est encore faible et il doit augmenter, a dit M. Bellemare. Airbus va accélérer l'élan au chapitre des ventes. Nous croyons pouvoir décrocher plus de commandes sous l'égide d'Airbus qu'en continuant seuls."

De son côté, le chef de la direction d'Airbus, Tom Enders, a évoqué une transaction "gagnante" pour tous les joueurs impliqués.

Il a indiqué que les discussions entre les deux parties ont débuté en août, ajoutant que la dispute commerciale entre Bombardier et Boeing n'avait rien à voir avec le rapprochement des deux entreprises.

Selon M. Enders, le partenariat permettra de consolider les activités entourant la CSeries au Canada et au Royaume-Uni en plus de créer de nouveaux emplois aux États-Unis.

Pour sa part, la ministre québécoise de l'Économie, Dominique Anglade, a estimé que l'annonce vient confirmer la pérennité du programme de la CSeries et qu'elle devrait profiter à l'industrie aéronautique québécoise.

"Dans le contexte actuel, ce partenariat avec Airbus est, pour nous, la meilleure solution afin de s'assurer que la création d'emplois puisse continuer", a-t-elle fait savoir par voie de communiqué.

La participation du gouvernement du Québec dans le programme phare de Bombardier, en vertu de son investissement de 1 milliard $ US, passera ainsi de 38 pour cent à 19 pour cent.

À la clôture de la transaction, Airbus doit acquérir une participation de 50,01 pour cent. Bombardier détiendra environ 31 pour cent.

Le ministre fédéral de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, a pour sa part affirmé qu'"à première vue, le nouveau partenariat (...) aiderait à mettre la CSeries sur la voie du succès".

Le ministre fédéral a rappelé que le gouvernement doit évaluer si une entente de cette envergure est dans l'"intérêt national", étant assujettie à la Loi sur Investissement Canada.

En vertu de cette loi qui est de son ressort, M. Bains a indiqué qu'il évaluera "dans quelle mesure (l'entente) profitera aux Canadiens, viendra soutenir notre secteur de l'aérospatiale et créera de bons emplois".

"La CSeries s'impose à la tête de l'industrie sur le plan de la conception, du rendement et des normes environnementales. C'est la référence en matière d'excellence dans la catégorie des avions à fuselage étroit, et une innovation canadienne de pointe. Il n'est pas étonnant que la CSeries suscite de l'intérêt de toutes parts", a déclaré le ministre par communiqué.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a réagit positivement à la nouvelle lundi.

«Cette entente de partenariat entre Airbus y Bombardier pour le programme de la CSeries est une bonne nouvelle pour la région montréalaise. [...] Ce partenariat ouvre de nouveaux horizons pour la CSeries tout en permettant de conserver, à Mirabel, dans la religion métropolitaine, la ligne d'assemblage principale et le siège social du programme, qui compte 2000 employés», a-t-il déclaré.

Chronologie de la CSeries

2004: Bombardier met à contribution une équipe dédiée pour évaluer la faisabilité et entamer le développement d'une nouvelle génération d'avions commerciaux.

31 janvier 2006: considérant que les conditions du marché ne sont pas assez favorables pour justifier le lancement de la CSeries, Bombardier décide de mettre son projet sur la glace.

31 janvier 2007: Bombardier recommence à travailler sur la CSeries et estime que l'entrée en service de ce nouvel avion commercial pourrait se faire en 2013.

2008: après plusieurs années d'attentes et de tergiversations, lancement du programme de la CSeries; le transporteur allemand Lufthansa signe une lettre d'intention pouvant aller jusqu'à 60 appareils.

11 mars 2009: Lufthansa convertit sa lettre d'intention en commande ferme de 30 appareils. L'entente prévoit également des options pour 30 autres avions.

2010: les retards répétés qu'accuse le développement du programme de la CSeries commencent à inquiéter les investisseurs.

16 septembre 2013: premier vol d'essai d'un appareil de la CSeries effectué aux installations de Bombardier de Mirabel, dans les Laurentides, avec un modèle CS100, le plus petit de la famille.

16 janvier 2014: l'entrée en service de la CSeries est repoussée à la "deuxième moitié de l'année 2015", confirme Bombardier, en annonçant une commande ferme de 16 appareils CS300 de la part d'Al Qahtani Aviation.

29 mai 2014: un incident survenu lors de tests effectués au sol avec le moteur d'un appareil d'essai force l'entreprise à suspendre ses essais en vol pendant plus de trois mois. Le constructeur du moteur, Pratt & Whitney, est mis à contribution dans l'enquête visant à faire la lumière sur l'incident.

27 février 2015: baptême de l'air du CS300, l'appareil dont la configuration peut accueillir plus de passagers. Le président et chef de la direction de l'entreprise, Alain Bellemare, commence du même coup à évoquer une entrée en service de l'appareil pour 2016.

7 mai 2015: Bombardier confirme que Swiss sera le premier transporteur aérien à prendre livraison de la CSeries au cours de la "première moitié" de 2016.

29 octobre 2015: le gouvernement de Philippe Couillard annonce qu'il injectera 1,3 milliard $ dans Bombardier afin de l'aider à compléter la CSeries en échange d'une participation de 49,5 pour cent dans le programme.

18 décembre 2015: au terme de 3000 heures de vol d'essais d'autres résultats, le CS100 obtient sa certification de Transports Canada.

28 avril 2016: Bombardier annonce que Delta Air Lines pourrait acheter jusqu'à 125 appareils de la CSeries dans ce qui représente la plus importante commande de ce programme.

29 juin 2016 : Bombardier livre son tout premier appareil CSeries à son client de lancement, le transporteur Swiss International Air Lines, dans le cadre d'une cérémonie à Mirabel.

15 juillet 2016 : La CSeries effectue son premier vol commercial avec des passagers en effectuant la liaison Zurich-Paris.

6 septembre 2016 : Bombardier annonce qu'elle livrera deux fois moins de CSeries cette année - sept au lieu de 15 - puisque le constructeur du moteur, Pratt & Whitney, connaît des pépins avec sa cadence de production.

28 novembre 2016 : Bombardier livre au transporteur letton airBaltic le premier CS300, qui peut transporter jusqu'à 160 passagers.

27 avril 2017: Boeing demande au département américain du Commerce et à la Commission du commerce international des États-Unis (ITC) d'agir contre les pratiques d'affaires de Bombardier.

26 septembre 2017: Le département américain du Commerce impose des droits compensatoires préliminaires d'environ 220 pour cent sur la CSeries, soit presque trois fois plus que ce qui était demandé par Boeing dans sa plainte.

5 octobre 2017: Des droits antidumping d'environ 80 pour cent visant la CSeries sont annoncés par Washington.

16 octobre 2017: Bombardier annonce une entente avec Airbus prévoyant que le géant européen devienne l'actionnaire majoritaire du programme de la CSeries.