POLITIQUE

Commerces: qui est le champion, qui est le cancre?

Le maire de Montréal accuse ses opposants d'étouffer les commerces du Plateau-Mont-Royal.

13/10/2017 18:16 EDT | Actualisé 13/10/2017 18:16 EDT
Olivier Robichaud

Le maire de Montréal accuse ses opposants d'étouffer les commerces du Plateau-Mont-Royal. Projet Montréal réplique que les taux d'inoccupation des locaux ont drastiquement chuté depuis les crises des dernières années. Qui, de Denis Coderre ou Luc Ferrandez, attire le mieux les commerçants? Qui les fait fuir?

Vendredi, le maire Coderre a convoqué les médias devant un local vide de la rue Saint-Denis, durement affectée par des travaux l'an dernier. Il accuse les élus de Projet Montréal – seul parti aux commandes de l'arrondissement depuis 2009 – de négliger l'artère.

«Regardez la rue Saint-Denis: aucune action de l'administration de Projet Montréal n'est venue régler les enjeux que vit cette importante artère commerciale», lance-t-il, flanqué entre autres de son candidat à la mairie, le jeune entrepreneur Zack Macklovitch.

En déambulant sur la rue, on voit de nombreuses affiches «À louer». Le HuffPost Québec en a dénombré 42 entre Sherbrooke et Gilford. Selon la Société de développement commercial (SDC) Rue Saint-Denis, le taux d'inoccupation atteint 15,5%.

Dans le Quartier Latin, au cœur de l'arrondissement Ville-Marie où règne Denis Coderre, ce taux varie entre 7 et 8%.

Qui blâmer?

M. Coderre voit là un «effet Ferrandez». Or, Luc Ferrandez, maire du Plateau, peut-il être blâmé pour les locaux vides? Non, répond la directrice générale de la SDC, Caroline Tessier. Le taux d'inoccupation est d'ailleurs en baisse depuis la fin des travaux de réfection des infrastructures souterraines, après un sommet de plus de 27% l'an dernier.

«Un des facteurs qui expliquent le retour des commerçants, c'est la fin des travaux. Il n'y a plus de chantiers sur Saint-Denis et les entrepreneurs sont certains de ne pas revivre ce qui s'est passé l'an dernier», affirme Mme Tessier.

Ces travaux ont été commandés par la ville-centre et non par l'arrondissement. Les commerçants avaient réclamé une réduction du taux de taxes pendant la durée du chantier, mais le maire Coderre a répondu que la loi ne lui permettait pas d'appliquer une telle mesure.

La donne a changé avec le statut de métropole et M. Coderre a promis de compenser les pertes financières dues aux grands travaux.

Selon Mme Tessier, le taux de taxation est d'ailleurs le plus grand obstacle des commerçants. Ces taxes sont principalement contrôlées par la ville-centre.

M. Ferrandez ne s'en tire pas indemne pour autant. Selon Mme Tessier, la rue Saint-Denis souffre de règles qui ne s'appliquent pas aux autres artères.

«Les autres artères du Plateau n'ont pas des règles aussi restrictives pour les permis d'alcool. Sur Saint-Denis, on ne peut qu'avoir un permis par 150 mètres. Sur Mont-Royal et Saint-Laurent, c'est un permis par 50 mètres», déplore-t-elle.

Valérie Plante, chef de Projet Montréal, réplique que toutes les artères de tous les arrondissements ont des règles distinctes selon leur vocation, leur histoire, leur architecture, etc.

Mieux sur le Plateau ou dans Ville-Marie?

Ailleurs sur le Plateau, les choses vont plutôt bien, souligne Mme Plante. Sur le boulevard Saint-Laurent, le taux d'inoccupation est de 7% après avoir vécu des années d'enfer, encore une fois à cause de travaux d'infrastructure successifs. Sur l'avenue du Mont-Royal, c'est 6%.

Sur la toute petite rue Prince-Arthur, désertée par les restaurants grecs au cours des dernières années, un début de relance est entamé. On y compte plusieurs bars et restaurants ouverts depuis moins d'un an.

«Allez voir les locaux inoccupés sur Saint-Laurent au nord et au sud de Sherbrooke», lance Mme Plante en conférence de presse.

Vérification faite, c'est moins les locaux vides que les trous béants laissés par les travaux de construction ou de rénovation qui marquent le boulevard Saint-Laurent dans Ville-Marie.

Ailleurs dans Ville-Marie, la situation est difficile à évaluer. La SDC du Village n'a pas rappelé le HuffPost Québec et Destination Centre-Ville, qui gère plusieurs artères dont la rue Sainte-Catherine, a refusé de répondre à nos questions.

Un rapport produit en 2014 par la firme CBRE note que la rue Sainte-Catherine avait des taux d'inoccupation allant de 5% entre Guy et University (aujourd'hui Robert-Bourassa) à 13% ou même 17% dans les tronçons situés immédiatement à l'ouest et à l'est. À la même époque, les artères commerciales du Plateau affichaient entre 4% (Saint-Laurent et Mont-Royal) et 10% (Saint-Denis).

Dans le Quartier latin, où le taux est demeuré bas au fil des années sauf pendant la grève étudiante de 2012, on affirme bénéficier d'une situation particulière à cause de la présence continue d'étudiants l'hiver et de festivals l'été. La flexibilité de la réglementation serait aussi un atout.