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«Un monde un peu meilleur», Lapinot n’a pas dit son dernier mot

«Je suis un artiste et je suis un citoyen. J'ai un tout petit pouvoir, celui de donner mon avis.»

12/10/2017 16:18 EDT | Actualisé 13/10/2017 09:08 EDT
L'Association

Souvenez-vous. En 2004, Lapinot mourrait tragiquement dans les pages de l'album La vie comme elle vient. Treize ans plus tard, son génial créateur, Lewis Trondheim, a décidé de ressusciter son célèbre personnage via une aventure abracadabrante pleine de vie et d'intelligence. À l'occasion de la sortie de son nouvel opus, Un monde un peu meilleur, le bédéiste a répondu aux questions du HuffPost Québec,

Lapinot a succombé à un terrible accident de voiture. On le croyait mort et enterré. Pourquoi cette résurrection?

Ce n'est pas une résurrection. Lapinot est bien mort en 2004. Mais comme il vit des aventures dans des univers parallèles, western, cape et d'épée, etc., il peut très bien être là dans un univers contemporain où il ne serait pas mort.

On a envie d'ajouter : pourquoi maintenant et pas plus tôt?

J'avais envie de raconter quelque chose sur notre époque, et je ne me sentais pas de créer de toute pièce de nouveaux personnages. De plus, il y a tellement de reprise de personnages de BD après la mort de leur créateur, que je me demandais comment quelqu'un pourrait faire revivre Lapinot un jour. Et c'est là que j'ai eu l'idée des univers parallèles... Mais en fait, on s'en fiche. Cette question est évacuée en trois cases au début de l'album.

Treize ans depuis sa création, qu'est-ce que le retour de Lapinot signifie pour vous?

Je remets des chaussons confortables. C'est comme si les personnages ne m'avaient pas quittés.

Dans quel état mental avez-vous travaillé pour ce nouvel album?

J'ai juste relu comment Lapinot s'était séparé de Nadia et hop, c'était parti... Pas de stress du tout. Au contraire, plutôt une excitation.

Au fil des années, comment Lapinot a-t-il évolué graphiquement? Comment le voyez-vous plus tard?

Je le vois avec une ligne tremblotante et de la bave qui noie le trait parce que j'aurai plein de maladies quand je serai vieux.

Une aventure rocambolesque dans laquelle Lapinot est confronté aux aléas de la vie. Pensez-vous comme le titre de l'album le suggère qu'on peut rendre le monde meilleur?

Bien sûr. Mais comme le dit le titre : un monde «un peu» meilleur. On ne peut pas le chambouler fondamentalement. Mais sur soi-même, on peut faire des efforts, et autour de nous, avec nos proches. Arrêter les guerres, ce n'est pas vraiment de notre ressort.

À travers les 48 pages couleur de ce nouvel album, vous lancer quelques piques, notamment en direction des chaînes d'information continue, assoiffées de faits divers croustillants... est-ce la vision que vous portez sur le journalisme d'aujourd'hui?

Absolument. L'homme vit mieux maintenant qu'il y a 50 ans, 100 ans 300 ans, etc... Mais les chaines d'info continue sont une plaie béante dans le désir morbide des gens. Il y a plein d'associations, de gens qui font le bien autour d'eux, mais on n'en parle pas autant que des assassins. Pourtant, les gens bien sont plus nombreux. Je pense aussi que les médias devraient être condamnés pour complicité de terrorisme. Ils jouent le jeu des terroristes et on le sait depuis septembre 2001, pourtant, rien ne change.

On a vu Lapinot se démener dans divers univers et plusieurs époques différentes. Cette fois, vous avez décidé de plonger le héros dans une période très contemporaine. Pour quelles raisons?

Je suis un artiste et je suis un citoyen. J'ai un tout petit pouvoir, celui de donner mon avis. Quand un contre pouvoir comme le journalisme ne fait pas bien son boulot, qui va faire bouger les lignes? Si ce n'est pas le gouvernement, la justice, il ne reste que la société civile.

Dans sa nouvelle existence, Lapinot fait la rencontre de Gaspard, un personnage naïf et attachant, mais victime des expériences d'un laboratoire pharmaceutique. Une idée inspirée de faits réels?

Pas du tout. J'aime toujours mettre des éléments un peu fantastiques dans mes histoires. Ici, un pauvre gars est cobaye pour deux laboratoires, ça lui permet de survivre. Mais le mélange va lui donner la possibilité de voir l'aura des gens, de savoir s'ils sont bons ou non, s'il disent la vérité ou non... Et là-dessus, ça me permet de voir si une société où le mensonge serait banni serait viable.

Vous montrez également l'omniprésence des nouvelles technologies dans notre quotidien hyperbranché. Quel regard portez-vous sur la société actuelle?

Nous avons plein d'outils à notre disposition pour être heureux. Mais tellement de sollicitation de la part de notre société de consommation, je ne pense pas que l'école nous prépare à ça, et pas toujours notre famille non plus. Il faut parvenir à combattre des désirs d'achat non fondamentaux et vivre le plus simplement possible. Utilisons les outils à disposition mais n'en soyons pas esclave. Mais j'essaie aussi de rire de tout ceci dans mes bandes dessinées, je ne suis pas moralisateur. Je pointe du doigt des éléments, mais je ne fais pas de prosélytisme, chacun en tirera la morale qu'il voudra. Et ayant passé, je le souhaite, un bon moment de lecture.

On a peur de vous poser la question qui tue, mais Lapinot pourrait-il mourir une seconde fois?

Bien sûr que oui. Tout est possible.

Un monde un peu meilleur – Les nouvelles aventures de Lapinot – Lewis Trondheim – L'Association – 46 pages.

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