DIVERTISSEMENT

Sophie Cadieux sur tous les fronts

On peut voir la comédienne autant au théâtre qu'au cinéma et à la télévision.

11/10/2017 13:42 EDT | Actualisé 11/10/2017 13:52 EDT
Maude Chauvin

Un mois après avoir gagné le Gémeau de la Meilleur actrice dans une comédie pour son rôle dans Lâcher prise, Sophie Cadieux revient sur les planches pour une reprise du bijou théâtral Des Arbres, elle apparaît au grand écran dans Les rois mongols et voit le fruit de son travail de dramaturge prendre forme à la Salle Fred-Barry dans La femme la plus dangereuse du Québec.

Qu'est-ce que ça t'a fait de gagner un Gémeau, 13 ans après celui remporté pour ton rôle dans Watatawow?

C'est comme une grande boucle. La première fois, le prix était comme une tape dans le dos, alors que j'étais une nouveauté. Et là, c'est plus une forme de félicitations qui dit «t'es encore là». Mon métier est dans l'œil du public et de mes pairs. Ce sont mes collègues qui décident si je continue à travailler et le public qui aime me voir ou non. Je ne fais pas mon métier pour les prix. Mais avec un rôle comme celui de Valérie, qui est vraiment magnifique à défendre et pour lequel j'ai travaillé si fort pour bien rendre les aspects comiques et dramatiques, la consécration ne pouvait pas mieux tomber. Je le prends, cet amour.

Quelles sont les grandes lignes de la deuxième saison de Lâcher Prise, qui sera diffusée dès janvier?

Valérie continue d'essayer de prendre du poil de la bête, mais chaque pas en avant est un potentiel pas en arrière. Elle ne prend pas nécessairement les bonnes décisions. Et cette année, on va découvrir un pan de sa vie émotive et sexuelle qu'elle n'avait jamais vraiment exploré. L'auteure Isabelle Langlois a aussi donné plus d'importance aux autres personnages. Madeleine (Sylvie Léonard) continue à faire des siennes en voulant sortir de sa retraite forcée. Éric et Kévin (Simon Lacroix, Éric Paulhus) auront leur propre quête également. Ils vont, entre autres, aller en thérapie, et comme Valérie est la mère de l'enfant, elle y sera invitée pour explorer la dynamique familiale. Ça crée des moments savoureux.

Au cinéma, tu joues une intervenante de la DPJ dans Les rois mongols. Que retiens-tu de ton expérience?

J'ai trouvé ça beau de voir à quel point le réalisateur Luc Picard a fait sienne l'histoire de Nicole Bélanger, en portant attention à tous les détails et en mettant beaucoup d'énergie pour que la chimie opère entre les quatre enfants. C'était vraiment incroyable. Moi-même, je n'ai pas trop parlé au petit garçon qui joue Mimi pour qu'il ait vraiment peur de moi et que je sois la méchante quand il m'attaque avec la carabine. Luc a tout fait pour préserver une grande pureté du jeu et de l'enfance. Et de mon côté, j'avais une toute petite partition à jouer, mais j'ai aimé travailler avec Luc, qui m'a amenée à créer ce personnage avec un accent des années 70 très loin de moi. Je lui ai fait confiance.

Courtoisie
Des arbres

Tu es de retour à La Licorne jusqu'au 27 octobre pour jouer Des arbres. Qu'est-ce qui explique que la pièce a été un si beau succès?

C'est un très beau texte, drôle et touchant, sur comment la vie passe. Mais au-delà de ça, les gens nous disaient l'an dernier qu'ils avaient l'impression d'être avec nous, en suivant les personnages un peu partout. Il y avait une grande proximité.

En plus de tous ces projets, tu as participé à l'écriture d'une pièce avec Dany Boudreault et Maxime Carbonneau. Qu'est-ce que la dramaturgie t'apporte?

D'abord, l'écriture solitaire n'est pas quelque chose qui me colle à la peau. Je suis une fille de gang. Je trouve ça exaltant de me lancer dans les projets de création. C'est un poumon dans ma vie. Ça me permet d'être en communion avec les gens. Ça me stimule.

Courtoisie
La femme la plus dangereuse du Québec

Comment es-tu entrée en contact avec l'œuvre de la «poète maudite» Josée Hivon, le sujet de la pièce?

À la fin de mon adolescence, j'ai lu son poème La Chienne de l'hôtel Tropicana dans l'Anthologie de la poésie québécoise. C'est ben trash. Je trouvais ça plus impressionnant que ça m'interpellait. Puis, quand je me suis mise à la lire davantage, j'ai réalisé qu'au-delà de cette image extrêmement trash, j'avais accès à quelqu'un qui vivait sa radicalité et sa marginalité dans sa vie et dans son écriture, et qui était l'une des premières à donner la parole à des gens qui n'étaient pas poésie. Quand on analyse son œuvre avec notre grille d'analyse d'aujourd'hui, on sent qu'elle faisait le portrait d'un pan de féminisme de la fin des années 70, d'une époque un peu rock des années 80 et qu'elle a beaucoup été dans l'ombre de son compagnon Denis Vanier. Et même si elle était en couple avec un homme, elle a lutté pour les droits des femmes lesbiennes, des trans et des travailleuses du sexe.

Quelle dimension votre pièce ajoute-t-elle à l'œuvre de Josée Hivon?

On part des 24 boîtes d'archives qu'elle a laissées à la Bibliothèque nationale : papiers, correspondances, listes, bouts de réflexion, entrevues, essais sur la création, photos. On a fouillé là-dedans pour présenter la femme et son travail. On voulait éviter le biopic traditionnel. Ceux qui connaissent bien son écriture pourront découvrir son monde plus intime, et on espère que ceux qui ignorent qui elle est vont avoir envie de découvrir ses poèmes après avoir découvert son univers personnel.

» La femme la plus dangereuse du Québec sera présentée à la Salle Fred-Barry du 10 au 28 octobre.

» Des arbres sera présentée à La Licorne jusqu'au 27 octobre.

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