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L'Espagne demande au président catalan de clarifier s'il a déclaré l'indépendance

Au lendemain d'une séance parlementaire confuse en Catalogne.

11/10/2017 07:26 EDT | Actualisé 11/10/2017 09:17 EDT

Le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a annoncé mercredi avoir formellement demandé au président régional catalan Carles Puigdemont de confirmer s'il a déclaré l'indépendance, après une séance confuse au parlement catalan mardi.

"Le Conseil des ministres est convenu ce matin d'envoyer une réquisition formelle au gouvernement de la Generalitat (exécutif catalan) afin qu'il confirme s'il a déclaré l'indépendance de la Catalogne", a déclaré M. Rajoy lors d'une brève allocution télévisée. Il a précisé que cette demande se faisait dans le cadre de l'article 155 de la Constitution, la procédure qui permet de suspendre l'autonomie d'une région.

Le gouvernement espagnol s'est réuni en urgence mercredi pour décider d'une réponse à l'annonce d'une déclaration d'indépendance de la Catalogne suspendue pour donner une chance d'un dialogue avec Madrid, qui a souligné que "toutes les options" étaient possibles.

Mardi, M. Puigdemont a estimé que sa région vivait un "moment historique", s'appuyant sur la victoire du "oui" à l'indépendance à 90% des voix avec 43% de participation, lors du référendum - interdit et contesté - qui s'est tenu le 1er octobre.

Mais dans les minutes qui ont suivi, le président catalan a immédiatement proposé de "suspendre les effets de la déclaration d'indépendance".

Soufflant le chaud et le froid, il a ensuite signé avec les membres du gouvernement et les élus de la majorité séparatiste une déclaration d'indépendance, après la séance parlementaire.

Mais ce texte, sans effet juridique, était "une déclaration symbolique", a souligné mercredi le porte-parole du gouvernement catalan Jordi Turull.

Le référendum, dont les résultats sont invérifiables faute de commission électorale indépendante, a ouvert la crise politique la plus grave en Espagne depuis son retour à la démocratie en 1977.

République suspendue

En vertu des résultats, M. Puigdemont a estimé que la Catalogne devait désormais "devenir un Etat indépendant sous forme de République".

Les applaudissements ont fusé dans son camp, tandis qu'à l'extérieur, des indépendantistes venus écouter le discours sur un écran géant s'étreignaient.

Mais il a décidé de laisser "un temps mort" pour des négociations, a expliqué mercredi matin le porte-parole du gouvernement catalan Jordi Turull.

Cette pause, avait expliqué M. Puigdemont, doit permettre "d'entamer un dialogue, sans lequel il est impossible de parvenir à une solution négociée".

"Le président a dit qu'il suspendait les effets de l'indépendance, de la loi de transition (vers l'indépendance) pour pouvoir nous asseoir, écouter, dialoguer, voir s'il y a un moyen de trouver un accord", a expliqué M. Turull.

"La déclaration d'indépendance doit être faite par le parlement de Catalogne", a-t-il ajouté.

Peu après le discours de Carles Puigdemont, la vice-présidente du gouvernement conservateur, Soraya Saenz de Santamaria, avait dénoncé indignée "le discours de quelqu'un qui ne sait pas où il est, ni où il va, ni où il veut aller".

Dans son édition de mercredi, le quotidien El Pais, le plus lu du pays, évoque un "piège", estimant que l'exécutif catalan ne cherche à négocier rien d'autre que l'indépendance et a prévu dans l'intervalle de "déstabiliser économiquement et politiquement" l'Espagne.

Le quotidien catalan La Vanguardia préfère insister sur une tentative "d'apaiser la tension".

La maire de Barcelone, Ada Colau, a salué sur Twitter l'opportunité laissée au "dialogue et (à) la médiation", estimant que "la balle est désormais dans le camp de M. Rajoy".

Après le Conseil des ministres, le chef du gouvernement a prévu de s'exprimer devant les députés, en fin d'après-midi.

Appels de l'étranger

Hormis la suspension d'autonomie, le gouvernement a plusieurs instruments à sa disposition.

Il a déjà pris le contrôle des finances de la région en septembre. Et il peut aussi instaurer un état d'urgence allégé lui permettant d'agir par décrets.

Une arrestation de Carles Puigdemont et son entourage dans le cadre d'une enquête judiciaire déjà ouverte pour sédition n'est pas exclue.

Toute mesure drastique risque cependant de provoquer des troubles en Catalogne, région de 7,5 millions d'habitants, soit 16% de la population de l'Espagne, pour 19% du PIB du pays.

Les Catalans, divisés presque à parts égales sur l'indépendance, souhaitent en majorité un référendum en bonne et due forme.

Selon une source du gouvernement régional catalan, juste avant l'ouverture de la séance parlementaire, Carles Puigdemont a reçu un ou des appels de l'étranger qui l'ont amené à repousser son allocution, voire à la modifier.