DIVERTISSEMENT

Les révélations sur Weinstein soulèvent des questions sur les gens qui savaient

«De nombreuses personnes au sein des entreprises étaient pleinement au courant de son comportement et le soutenaient, ou détournaient le regard», a écrit le magazine The New Yorker.

11/10/2017 19:42 EDT | Actualisé 11/10/2017 19:42 EDT

Alors que le spectre des allégations de harcèlement sexuel visant le producteur Harvey Weinstein ne cesse de s'élargir, l'attention se tourne vers ceux qui étaient au courant des agissements du magnat du cinéma.

Un volet clé et potentiellement explosif du reportage publié mardi par le magazine «The New Yorker» était celui entourant l'existence d'une «culture de la complicité» qui existait tant chez The Weinstein Company que chez Miramax, le studio qui appartient à Walt Disney. «De nombreuses personnes au sein des entreprises étaient pleinement au courant de son comportement et le soutenaient, ou détournaient le regard», a écrit le magazine.

Certains ont effectué un examen plus approfondi de l'idée voulant que le comportement de M. Weinstein ait été un «secret de polichinelle» à Hollywood. Les regards se sont tournés non seulement vers les environnements de travail dans lesquels a évolué M. Weinstein, mais aussi vers les vedettes qui pourraient avoir eu connaissance des allégations qui pèsent sur le producteur sans sonner l'alarme.

L'acteur Ben Affleck a ainsi été pointé du doigt par Rose McGowan, une victime présumée de M. Weinstein. Dans un message sur Twitter, l'actrice a accusé Ben Affleck d'avoir menti en publiant une déclaration dans laquelle il se disait «attristé et en colère» à cause des révélations sur M. Weinstein. «"NOM DE DIEU! JE LUI AI DIT D'ARRÊTER DE FAIRE ÇA" m'avais-tu dit en me regardant», a écrit Mme McGowan mardi. «Cette conférence de presse à laquelle on m'a dit d'aller après l'agression. Tu mens.»

L'actrice Hilarie Burton a aussi répété une allégation lancée plus tôt, voulant que M. Affleck l'ait touchée sans son consentement pendant une visite à l'émission TRL, qu'elle animait au réseau MTV, en 2003. «Je n'ai pas oublié», a-t-elle affirmé sur Twitter.

Ben Affleck s'est excusé mercredi, lui aussi sur le site de microblogues: «J'ai agi de façon inappropriée avec Mme Burton et je m'en excuse sincèrement.»

«Une surprise» pour le conseil d'administration

Les retombées de l'affaire représentent de potentiels énormes problèmes juridiques pour les entreprises impliquées. The Weinstein Company, qui a congédié dimanche le coprésident de son conseil, élabore des plans pour changer de nom. Dans une déclaration publiée mardi soir, le conseil d'administration de l'entreprise a nié vigoureusement avoir été au courant du comportement de M. Weinstein.

«Ces agissements allégués sont l'antithèse de la décence humaine. Ces allégations sont une surprise complète pour le conseil. Toute suggestion voulant que le conseil ait été conscient de cette conduite est fausse», ont déclaré les quatre membres du conseil dans un communiqué. «Nous nous engageons à contribuer de toutes nos forces à toute enquête criminelle ou autre sur ses agissements allégués, tout en cherchant à ce que justice soit faite pour les victimes et en réalisant notre propre enquête indépendante.»

Le conseil d'administration comprend cependant le frère de M. Weinstein, Bob, l'autre coprésident de l'entreprise. Et plusieurs membres du conseil ont déjà démissionné dans la foulée des allégations initiales de harcèlement sexuel. Ces allégations, révélées jeudi par le «New York Times», faisaient état de règlements allégués dont la valeur totaliserait des centaines de milliers de dollars. On ne sait pas si M. Weinstein a fait ces paiements à titre personnel ou si The Weinstein Company ou Miramax les ont faits.

Des experts juridiques se disent sceptiques en ce qui a trait à la possibilité que The Weinstein Company n'ait pas été au courant, compte tenu de la quantité d'allégations.

«Avec toute l'information qui émerge en ce moment, je trouve hautement improbable que le conseil n'ait pas été au courant», a affirmé Angela Reddock-Wright, une avocate spécialisée en emploi et en droit du travail qui a représenté plusieurs firmes dans des poursuites pour harcèlement. «Il y a simplement trop d'accusations dans ce cas. À moins que les règlements aient été payés par M. Weinstein avec son argent personnel, les règlements supérieurs à une certaine somme d'argent auraient normalement dû être approuvés par le conseil d'administration.»

Des représentants des deux entreprises n'ont pas voulu répondre à des questions.

«Incorrigible tyran»

Mardi, Michael Eisner, qui était chef de la direction de Disney pendant que le passage de Harvey Weinstein à la tête de Miramax, a dit qu'il n'avait «aucune idée qu'il était capable de ces horribles actions». Disney a racheté Miramax en 1993, tandis que les frères Weinstein ont quitté ce studio en 2005 pour créer leur propre entreprise.

«(J'ai) congédié (les frères) Weinstein parce qu'ils étaient irresponsables, et Harvey était un incorrigible tyran», a lancé M. Eisner sur Twitter.

L'actuel chef de la direction de Disney, Bob Iger, a aussi publié une déclaration: «Le comportement allégué de Harvey Weinstein est répugnant et inacceptable, et il n'a pas sa place dans notre société.»

Des représentants de M. Weinstein n'ont pas répondu à des demandes de commentaires.

Trois femmes ont accusé M. Weinstein de les avoir violées, a rapporté mardi le «New Yorker», incluant l'actrice et réalisatrice italienne Asia Argento, et une femme, Lucia Evans, qui était une aspirante actrice au collège lorsqu'il l'aurait agressée sexuellement dans les bureaux de Miramax à Manhattan, en 2004. Le magazine a évoqué une troisième personne, non identifiée.

Un nombre croissant d'actrices, incluant Gwyneth Paltrow et Roseanna Arquette, ont aussi fait des sorties publiques pour évoquer de présumés incidents de harcèlement sexuel. La mannequin et actrice Cara Delevigne s'est jointe à cette liste mercredi en publiant le long récit d'un incident présumé sur son compte Instagram.

Dans son article, le «New Yorker» a cité une représentante de M. Weinstein, Sallie Hofmeister, selon qui «toute allégation de relations sexuelles non consentantes est rejetée sans équivoque par M. Weinstein». Le producteur s'est excusé plus tôt «pour la façon dont (il s'est) comporté avec des collègues par le passé».

VOIR AUSSI: