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Indépendance de la Catalogne: l'heure du choix

Le président séparatiste va-t-il déclarer unilatéralement l'indépendance aujourd'hui?

10/10/2017 07:28 EDT | Actualisé 10/10/2017 07:28 EDT

L'Espagne s'approchait mardi de l'inconnu: une possible déclaration d'indépendance au Parlement de Catalogne, une de ses régions les plus riches, avec un engrenage de rupture vis-à-vis de Madrid aux conséquences incalculables qui inquiètent l'Europe.

Signe de l'attente tendue des événements prévus dans la soirée, le parc aux abords du Parlement à Barcelone était fermé, mardi matin.

La police catalane, les Mossos d'Esquadra, s'est déployée dès l'aube aux alentours du bâtiment pour prévenir tout dérapage de manifestants pro ou anti-indépendance.

Les forces de l'ordre veulent "empêcher toute situation dans laquelle s'exercerait une pression sur l'activité parlementaire", a précisé un porte-parole, tout en rappelant que dimanche, pendant une manifestation contre l'indépendance de la Catalogne, "un groupe de personnes a forcé les accès au parc et jeté des objets contre le Parlement".

"Nous tentons d'éviter ce genre de situations, générées tant par les manifestants unionistes, que par des groupes indépendantistes radicaux", a-t-il souligné.

Les Catalans, partagés presque à parts égales sur une sécession, et le pays entier n'ont plus qu'une question en tête: Carles Puigdemont, le président séparatiste, va-t-il déclarer unilatéralement l'indépendance de sa région comme il menace de le faire, temporiser ou faire machine arrière ?

Cet ancien journaliste de 54 ans, indépendantiste depuis son plus jeune âge, doit répondre à la question lors d'un discours devant le parlement catalan à 18 h (heure locale) au cours duquel il devrait tirer les conséquences du référendum d'autodétermination illégal du 1er octobre.

Selon plusieurs médias espagnols, il l'a écrit et réecrit toute la journée de lundi, tiraillé sans doute entre les partisans d'un départ sans ménagements et ceux qui craignent que le remède, l'indépendance, soit finalement pire que le mal, la tutelle de Madrid.

"Basta!" lui ont aussi dit des centaines de milliers de Catalans opposés à l'indépendance lors d'une grande manifestation dimanche.

Un terme également employé lundi par la principale organisation patronale, Foment del Treball, après que six des sept entreprises catalanes côtées à l'indice des valeurs vedettes de la Bourse ont décidé de transférer leur siège social hors de la région.

Cet exode continuerait en cas de déclaration unilatérale d'indépendance, qui serait "un désastre" pour l'Espagne et pour la Catalogne, a estimé mardi le président de la Chambre de commerce espagnole, José Luis Bonet.

"Ce serait extraordinairement négatif pour l'Espagne, et même pour l'Europe cela supposerait une énorme instabilité", a-t-il déclaré à la radio Cadena Ser.

Mais les séparatistes encouragent M. Puigdemont à persévérer, avec une grande manifestation prévue aux abords du parlement.

L'avenir d'une région grande comme la Belgique, riche de 7,5 millions d'habitants, et au-delà le destin de tout un pays se jouera mardi soir lors de ce discours, sous le regard inquiet du reste de l'Europe, déjà ébranlée par le Brexit de 2016.

La fin de la route

L'ordre du jour officiel de la séance du parlement catalan porte sur la "situation politique" après le "référendum" que les séparatistes catalans affirment avoir remporté avec 90% des voix et un taux de participation de 43%.

"La fin de la route", titre mardi à la une El Periodico de Catalogne, opposé à la sécession. Le journal indépendantiste Ara, de langue catalane, affirme que Puigdemont a l'intention de déclarer l'indépendance parce qu'il "n'y a pas de marge pour faire marche arrière".

Carles Puigdemont pourrait aussi choisir une voie médiane, une "déclaration d'indépendance en différé", ou se contenter d'une proclamation symbolique, évoquant l'urgence d'un dialogue, et enclenchant un processus par étapes, pour ne pas perdre la face.

Mais, à Madrid, le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy a prévenu qu'en cas de déclaration unilatérale d'indépendance, quelle que soit sa forme, il pourrait suspendre l'autonomie de la région, une mesure jamais appliquée dans cette monarchie parlementaire extrêmement décentralisée.

Il a d'autres instruments à sa disposition, puisqu'il a déjà pris le contrôle des finances de la région en septembre. Il peut aussi instaurer un Etat d'urgence allégé lui permettant d'agir par décret.

Fantômes du passé

La justice pourrait elle agir contre Carles Puigdemont et le noyau dur d'indépendantistes qui a organisé le référendum et planifie depuis des mois "l'indépendance".

Mais toute mesure draconienne risque de provoquer des troubles en Catalogne, où huit électeurs sur dix auraient souhaité un référendum en bonne et due forme.

La tension et les émotions y sont déjà fortes, même si la plupart des manifestations sont pacifiques.

Elle l'est également dans toute l'Espagne où les vieux fantômes du passé ressurgissent quand parmi les "patriotes" défendant l'unité de l'Espagne se glissent des nostalgiques de la dictature de Francisco Franco (1939-1975).

Comme pour le référendum écossais en 2014 ou le vote pour le Brexit en 2016, le sujet divise les foyers.

"J'ai un cousin là-bas (en Catalogne), il y a des réunions de famille auxquelles il n'assite plus", pour éviter les discussions, raconte à l'AFP un haut responsable gouvernemental.

De nombreuses questions demeurent aussi sur la réalisation d'une telle indépendance. La région a la main sur l'éducation, la santé, la police.

Mais, outre les finances, le contrôle de l'espace aérien, des infrastructures (ports, aéroports, réseau ferroviaire, télécommunications...) et de l'armée reste entre les mains de l'Etat.

Et l'Union européenne ne reconnaîtrait pas cet Etat, qui en serait immédiatement exclu.