DIVERTISSEMENT

L’acteur français Jean Rochefort est mort

L'un des acteurs les plus illustres du cinéma français des dernières décennies.

09/10/2017 07:22 EDT | Actualisé 09/10/2017 08:58 EDT
Jean-Paul Pelissier / Reuters

Avec sa voix chaude et ses belles moustaches, l'acteur français Jean Rochefort mort dans la nuit de dimanche à lundi à 87 ans, était une figure incontournable, un élément du patrimoine cinématographique français.

Du "Capitaine Fracasse" à "L'Horloger de Saint-Paul", en passant par "Salut l'artiste!", "Un éléphant ça trompe énormément" ou "Nous irons tous au paradis", Jean Rochefort aura été l'un des acteurs les plus populaires du cinéma français, tournant près de 150 films, comédie comme films d'auteurs.

Hospitalisé en août dernier, il est mort dans un établissement parisien, a annoncé à l'AFP sa fille Clémence.

Récompensé par trois César - décernés par la profession - pour "Que la fête commence" (1976) de Bertrand Tavernier et "Le Crabe-Tambour" (1978) de Pierre Schoendoerffer, avant un trophée pour l'ensemble de sa carrière en 1999, Jean Rochefort oeuvrait aussi à la télé, comme dans la série "Boloss des belles lettres" dans laquelle il interprète une oeuvre du patrimoine littéraire en langage de la rue.

L'annonce de sa mort a déclenché une avalanche de tristesse sur Twitter, de célébrités ou d'anonymes, tant le comédien était présent à l'esprit des Français.

"Oh non! Pas Jean. Pas Rochefort. C'est trop à la fin... Quelle tristesse. Et lui, si fin, si drôle, si +cheval-resque+, si british. Salut Jean! A sa manière de scander une simple phrase, on comprenait que la diction de Jean était la plus belle du monde", a réagi sur Twitter Gilles Jacob, l'ancien président du Festival de Cannes.

"Énorme chagrin et souvenir éternel de la plus belle moustache du cinéma français", a twitté La Cinémathèque française.

Élégance à la française

Durant plus d'un demi-siècle, il a promené sa longue silhouette, incarnant l'élégance à la française doublée d'un flegme légendaire et d'un humour pince-sans-rire. Il excellait tout autant dans les rôles dramatiques, avec son timbre de voix unique, grave et pénétrant, immédiatement identifiable.

Libertin cynique dans "Que la fête commence" de Bertrand Tavernier, il a incarné un flegmatique valet anglais ("Les Tribulations d'un chinois en Chine" de Philippe de Broca) comme un père de famille adultérin ("Un Eléphant ça trompe énormément" d'Yves Robert) ou un personnage poignant d'animateur radio solitaire dans "Tandem" de Patrice Leconte.

"Jean c'était la classe, un homme élégant dans sa façon de jouer, d'être, de rire avec vous, de rêver avec vous", a commenté sur France Inter le scénariste Jean-Loup Dabadie, qui a collaboré à trois films d'Yves Robert dont "Salut l'artiste".

"J'appartiens au patrimoine. Il y a le jambon de Bayonne, (Philippe) Noiret, (Jean-Pierre) Marielle et moi", plaisantait l'acteur, père de cinq enfants de trois unions, comédien éclectique, aussi pudique que passionné.

En 2000, le britannique Terry Gilliam l'enrôle pour "Don Quichotte", un rôle taillé sur mesure, mais une violente hernie l'oblige à se faire opérer: le tournage est interrompu et le film ne verra jamais le jour. Un fiasco raconté dans le documentaire "Lost in La Mancha" de Keith Fulton et Louis Pepe.

"Un rêve brisé... Un choc très dur. Je m'étais énormément impliqué dans cette entreprise et un petit nerf de quelques millimètres n'était pas d'accord", a-t-il confié il y a quelques années. Finalement, Terry Gilliam a repris son projet: sans Jean Rochefort, le tournage commencé il y a 17 ans, s'est terminé en juin dernier.

"En fait, je suis un Don Quichotte de la réalité, pas fait pour être un Don Quichotte de fiction", a-t-il dit. "J'ai fait des actes cervantésiens dans mon existence. Beaucoup. Mais il n'y avait pas de caméra !", ajoutait ce grand amoureux du cheval, qui a à plusieurs reprises commenté les épreuves d'équitation à la télévision.

A propos de la mort, Jean Rochefort avait confié en 2015 dans Le Journal du Dimanche qu'"il la sentait venir". "Il y a des moments où je suis content qu'elle arrive. Le corps le demande, et la tête parfois aussi. Mais on n'a pas envie de faire du chagrin aux autres", avait-il ajouté à l'occasion d'un entretien pour l'un de ses derniers films, "Floride" de Philippe Le Guay où il incarne un octogénaire atteint de la maladie d'Alzheimer.

Jean Rochefort a joué dans près de 150 films, dont voici une sélection

- 1961: "Le capitaine Fracasse" (Pierre Gaspard-Huit)

- 1961: "Cartouche" (Philippe de Broca)

- 1962: "Le masque de fer" (Henri Decoin)

- 1963: "Symphonie pour un massacre" (Jacques Deray)

- 1963: "La foire aux cancres" (Louis Daquin)

- 1964: "Angélique marquise des Anges" et "Merveilleuse Angélique" (Bernard Borderie)

- 1965: "Les tribulations d'un Chinois en Chine" (Broca). "Angélique et le Roy" (Borderie)

- 1966: "Qui êtes-vous, Polly Maggoo?" (William Klein)

- 1968: "Le Diable par la queue" (Broca)

- 1970: "Céleste" (Michel Gast)

- 1972: "Le grand blond avec une chaussure noire" (Yves Robert)

- 1973: "Salut l'artiste" (Robert) - "L'horloger de Saint-Paul" (Bertrand Tavernier) - "Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard" (Michel Audiard)

- 1974: "Le retour du grand blond" (Robert) - "Les Innocents aux mains sales" (Claude Chabrol) - "Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas!" (Luigi Comencini)- "Le fantôme de la liberté" (Luis Bunuel)

- 1975: "Que la fête commence" (Tavernier) - "Les magiciens" (Chabrol) - "Calmos" (Bertrand Blier) - "Les vécés étaient fermés de l'intérieur" (Patrice Leconte)

- 1976 : "Un éléphant, ça trompe énormément" (Robert)

- 1977: "Le crabe-tambour" (Pierre Schoendoerffer) - "Nous irons tous au paradis" (Robert)

- 1978: "Le cavaleur" (Broca)

- 1980: "Un étrange voyage" (Alain Cavalier)

- 1981: "Il faut tuer Birgit Haas" (Laurent (Heynemann)

- 1983: "L'ami de Vincent" (Pierre Granier-Deferre)

- 1984: "Réveillon chez Bob" (Granier-Deferre) - "Frankenstein 90" (Alain Jessua)

- 1987: "Tandem" (Leconte)

- 1990: "Le mari de la coiffeuse" (Leconte) - "Le château de ma mère" (Robert)

- 1993: "Cible émouvante" (Pierre Salvadori) - "Tango" (Leconte)

- 1994: "Prêt-à-porter" (Robert Altman)

- 1996: "Ridicule" (Leconte)

- 2001: "Le placard" (Francis Veber)

- 2002: "L'Homme du train" (Leconte)

- 2004: "RRRrrrr!!!" d'Alain Chabat

- 2006: "Ne le dis à personne" (Guillaume Cantet)

- 2007: "La Clef" (Guillaume Nicloux)

- 2008: "J'ai toujours rêvé d'être un gangster" (Samuel Benchetrit)

- 2012: "Astérix et Obélix : Au service de sa majesté" (Laurent Tirard)