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Kamala Harris, une ancienne élève d'une école secondaire de Westmount, pourrait affronter Trump en 2020

Mais elle n'a pas que des amis au sein de la gauche américaine.

09/10/2017 09:35 EDT | Actualisé 09/10/2017 09:38 EDT

Une ancienne élève de l'école secondaire Westmount pourrait bien empêcher Donald Trump de se succéder à lui-même en 2020. Kamala Harris, sénatrice de la Californie, est considérée par plusieurs comme l'une des candidates potentielles pouvant faire la lutte à l'actuel président. Portrait d'une étoile montante.

À l'heure où le Parti démocrate se cherche une nouvelle identité, certains sites Internet de paris la placent même en tête en vue de l'investiture démocrate. «Mother Jones», un magazine d'actualité situé à gauche du spectre politique, avançait récemment qu'elle est «l'une des démocrates qui pourraient battre Trump aux présidentielles de 2020». En 2015, elle était apparue sur l'écran radar du Washington Post qui se demandait alors si elle était «la prochaine Barack Obama».

Très peu de gens savent que la nouvelle coqueluche d'une partie de la gauche américaine a fait ses études secondaires tout près du centre-ville.

Wanda Kagan, aujourd'hui coordonnatrice à la division de médecine interne à Hôpital général juif de Montréal, se souvient fort bien de celle qu'elle considérait comme sa meilleure amie. Toutes deux avaient d'ailleurs fondé une troupe de six danseuses baptisée «Midnight Magic». Comme l'avait alors écrit la future politicienne dans l'album de finissants de l'année 1981 de l'école secondaire Westmount, son passe-temps préféré était de danser au sein de la troupe.

«On se produisait dans des centres communautaires devant des personnes âgées, ou alors on dansait lors de collectes de fonds. En dehors des études, la danse occupait beaucoup de notre temps», a confié Wanda Kagan en entrevue à La Presse canadienne.

Après avoir obtenu son diplôme d'études secondaires, Kamala Harris est retournée vivre aux États-Unis. Wanda Kagan n'a pas revu son amie pendant plusieurs années. En 2009, elle a reçu un appel d'une amie qui lui dit de regarder l'émission d'Oprah Winfrey. La surprise est totale: la grande dame de la télévision américaine s'entretient avec son amie d'enfance devenue procureure du district de San Francisco et qui venait de publier un livre.

«N'importe qui serait surpris de voir son amie avoir du succès et être interviewée par Oprah. Mais en réalité, je ne suis pas surprise de ce qu'elle a accompli, car elle est une battante. Elle est forte, indépendante et s'est toujours battue pour les droits des autres.»

Ce désir de lutter pour la justice sociale remonte à loin.

À l'âge de 13 ans, Kamala Harris a organisé une manifestation devant l'immeuble où elle vivait à Montréal, selon ce qu'a dit sa sœur Maya dans une entrevue accordée au San Francisco Gate en 2012. Furieuse de voir le propriétaire interdire aux enfants de jouer sur la pelouse, l'adolescente a alors convaincu d'autres jeunes de manifester devant l'immeuble. Elle et ses amis sont parvenus à faire changer d'idée le propriétaire.

L'anecdote ne surprend pas le Montréalais Trevor Williams, qui a bien connu les deux sœurs. Il a d'ailleurs été le petit ami de Maya Harris pendant deux ans lorsqu'ils étaient adolescents.

Il décrit les sœurs Harris comme studieuses et populaires auprès des autres élèves.

«Elles avaient toujours les meilleures notes de leur classe, tout paraissait si facile pour elles, se souvient-il. Elles réussissaient parce qu'elles travaillaient fort, leur mère était très stricte. Très souvent, alors que le reste de la bande sortait au cinéma, les deux sœurs devaient rester à la maison pour étudier.»

Une quarantaine d'années plus tard, c'est au Congrès que Kamala Harris mène ses combats. Élue sénatrice en 2016, elle siège au comité du renseignement qui doit faire la lumière sur les ingérences russes pendant la campagne électorale. Elle a le vent dans les voiles, surtout depuis qu'elle a ébranlé en juin le ministre de la Justice Jeff Sessions lors de son interrogatoire devant le comité. Poussé dans ses derniers retranchements par les questions incessantes de l'élue, M. Sessions déclara: «cela me rend nerveux d'être ainsi pressé de questions». Depuis cet échange corsé, elle ne cesse d'attirer l'attention.

Appui d'Obama

Fille d'un père d'origine jamaïcaine, professeur d'économie et d'une mère d'origine indienne, chercheuse spécialisée dans la lutte contre le cancer du sein, Kamala Harris est née en 1964, à Oakland en Californie.

Au milieu des années 1970, sa mère, Shyamala Gopalan, est embauchée à titre de professeure à l'Université McGill et de chercheuse à l'Hôpital général juif de Montréal. Séparée de son mari, elle déménage au Québec et inscrit ses deux filles à l'école secondaire Westmount.

Kamala Harris poursuit ensuite ses études aux États-Unis. Elle obtient un diplôme en économie et en sciences politiques à l'Université Howard de Washington avant de compléter un doctorat à l'Université de Californie. Elle est élue procureure générale de San Francisco en 2003, poste qu'elle occupe jusqu'à son élection à titre de procureure générale de la Californie en 2011.

Barack Obama attira les projecteurs sur elle, mais pour les mauvaises raisons, lorsqu'il fit des remarques maladroites sur son apparence physique lors d'une collecte de fonds à San Francisco en 2013. Le président l'avait encensée, la dépeignant comme une personne coriace, dévouée et brillante. Il avait toutefois ajouté qu'elle était aussi «de loin la personne la plus jolie à occuper le poste de ministre de la Justice du pays». Des propos jugés sexistes par certains médias, anodins par d'autres, mais pour une rare fois pendant sa présidence, Barack Obama avait dû présenter ses excuses.

En 2016, il l'appuya lors de la campagne sénatoriale en la Californie qu'elle remporte en obtenant 62 pour cent des voix.

L'appui que lui ont donné, non seulement M. Obama, mais aussi certains ténors du Parti démocrate comme le vice-président Joe Biden et l'influente représentante Nancy Pelosi et son opposition farouche à Donald Trump n'ont fait que nourrir les rumeurs d'une candidature présidentielle.

Christophe Cloutier-Roy, chercheur à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, dit qu'il serait surpris si Kamala Harris ne se présente pas en 2020. «Depuis son entrée au sénat, elle s'est positionnée contre Donald Trump, elle a voté contre la plupart de ses projets de loi et contre ses nominations. Elle participe aussi à plusieurs campagnes de financement et amasse beaucoup d'argent. Ce sont des indices qui laissent croire qu'elle pourrait se présenter contre Donald Trump en 2020.»

Non seulement Mme Harris a une très bonne chance d'obtenir l'investiture démocrate, elle a, selon M. Cloutier-Roy, le bon profil pour unifier un parti politique très divisé depuis la dernière campagne électorale.

«Elle est proche de l'establishment, mais elle a aussi un bon bagage sur des enjeux qui sont chers à la base démocrate. Par exemple, elle a beaucoup défendu le droit des migrants lorsqu'elle était procureure. Elle a aussi défendu les réformes carcérales, les droits des LGBTQ. L'appui qu'elle vient de donner au projet de loi de Bernie Sanders sur l'aide médicale pour tous la positionne à gauche sur les enjeux sociaux.»

Kamala Harris n'a pas que des amis au sein de la gauche américaine. Winnie Wong, cofondatrice du mouvement en appui à Bernie Sanders «People for Bernie», l'a décrite, dans un article publié sur le site internet MIC.com, très prisé les millénaux, comme «la candidate préférée des gens très riches et des démocrates déconnectés».

Selon Ginette Chénard, coprésidente de l'Observatoire sur les États-Unis de l'UQAM, certains facteurs jouent contre une éventuelle candidature de Kamala Harris.

«Le parti démocrate n'a pas été capable de bien percevoir la colère de la classe ouvrière, les pertes d'emplois, la délocalisation. C'est un parti qui a abandonné les régions, dit-elle. La classe ouvrière blanche, est-ce qu'elle arrivera à la convaincre? Kamala Harris fait, avec succès, des collectes de fonds à New York, mais ce n'est pas là qu'il faut qu'elle s'implique, elle devrait faire davantage ce que fait Bernie Sanders, qui est en croisade à travers le pays de manière très active. Présentement, je ne la vois pas faire ça.»

Le prochain candidat démocrate à la présidence des États-Unis devra réussir à unifier les centristes et les progressistes, et pour battre le parti républicain, l'aspirant président ou l'aspirante présidente devra aussi réussir à recréer la grande coalition constituée de jeunes adultes, de salariés éduqués, de minorités ethniques et de cols bleus qui avait porté Barack Obama au pouvoir.

Kamala Harris a encore du temps devant elle afin de mettre en place une stratégie, si bien sûr, elle compte briguer la présidence.

À l'animateur de MSNBC Lawrence O'Donnell qui la questionnait sur ses intentions en 2020, elle a répondu avant d'éclater de rire: «Lawrence, je ne sais même pas ce que je mangerai pour souper».

Rien, pour faire taire les rumeurs.

La Presse canadienne a tenté de parler avec la sénatrice, mais son entourage n'a pas répondu à nos demandes d'entrevue.

Fierté montréalaise

Qu'elle se présente ou non à la présidentielle de 2020, Kamala Harris demeurera une grande fierté pour l'école secondaire qui l'a vue grandir.

Sabrina Jafralie, enseignante à l'école secondaire Westmount, s'est donné une mission: convaincre la sénatrice de rencontrer ses élèves à l'occasion de la remise des diplômes, l'an prochain. «Je veux leur apprendre à voir au-delà des murs de l'école, je veux qu'ils comprennent qu'ils ont le potentiel d'accomplir n'importe quoi. Tout est à leur portée. J'aimerais que Kamala Harris vienne leur donner un mot d'encouragement, je veux qu'ils comprennent que ceux qui fréquentent cette école peuvent avoir un impact sur le monde.»

Karen Allen, conseillère en orientation, partage le même enthousiasme. «Je suis vraiment impressionnée et emballée parce que je vis dans les couloirs de cette école depuis longtemps et je suis vraiment fière de voir que cette femme noire, ancienne élève de cette école, est rendue là où elle est.»

«Pour nos étudiants, le fait d'avoir ce genre de modèle est une inspiration, de sentir que tu peux partir des corridors de cette école jusqu'à la position la plus importante au monde, c'est très excitant, a-t-elle ajouté. De pouvoir offrir ce genre de modèle aux étudiants, va au-delà de nos espérances.»

Le jour où La Presse canadienne a visité l'école secondaire Westmount, le site de pari politique predictit.org plaçait Kamala Harris en première position parmi 10 candidats potentiels pour l'investiture démocrate de 2020, suivie de près par Elizabeth Warren et Bernie Sanders.

En regardant le classement des candidats, Mme Jafralie a lancé d'un ton fier: «elle est l'une des nôtres, elle nous appartient en quelque sorte. Ce n'est qu'un site de pari, mais ça indique certainement une tendance».