POLITIQUE

Déchirer l'ALÉNA coûterait cher aux Canada et aux États-Unis, dit Jean Chrétien

«S'ils font des niaiseries, on va être obligés de vivre avec ça, mais on va payer. Et eux aussi ils vont payer énormément»

05/10/2017 05:46 EDT | Actualisé 05/10/2017 05:50 EDT

L'ex-président des États-Unis Bill Clinton a fait l'éloge de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) mercredi à Montréal, tout comme l'ancien premier ministre Jean Chrétien, qui a lancé que si les Américains déchiraient cette entente, elle allait coûter cher aux Canadiens — mais à eux aussi.

Les deux hommes prenaient part à une conversation portant sur les relations canado-américaines, dans un événement présenté par le Conseil des affaires canadiennes-américaines, au palais des congrès de la métropole.

Questionné sur un sujet chaud, soit si le Canada devait prendre au sérieux la menace de Donald Trump de déchirer l'accord, lors d'une brève mêlée de presse après l'événement, M. Chrétien est resté de marbre.

«Bah... Pas trop», juge-t-il.

Il a rappelé à quel point les économies des trois pays sont intégrées depuis 23 ans.

«Tu ne peux pas refaire une omelette», a illustré l'ancien premier ministre canadien avec l'une de ses habituelles expressions colorées.

Lors de la conversation entre les deux ex-dirigeants, M. Clinton avait fait valoir d'emblée que l'ALÉNA a eu un effet positif pour les économies des pays concernés ainsi que pour leurs liens politiques.

L'accord est sous les feux de la rampe actuellement, alors que le président américain Donald Trump l'a d'abord vertement critiqué, a menacé de le déchirer pour bien marquer son aversion envers celui-ci — le jugeant défavorable aux États-Unis — puis a déclenché un processus de renégociation.

Mais cet accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique était la bonne chose à faire à l'époque, a répété M. Clinton. Si l'impact de l'ALÉNA sur le nombre d'emplois a été modeste selon plusieurs études, a souligné l'ex-président, il a été bénéfique sur la qualité de ceux-ci.

Jean Chrétien est du même avis.

Et il prévient que de le réduire en miettes serait néfaste.

«S'ils font des niaiseries (les Américains), on va être obligés de vivre avec ça, mais on va payer. Et eux aussi ils vont payer énormément», a-t-il commenté devant quelques journalistes.

«Il y a 35 États américains pour qui leur plus gros client, c'est le Canada. Alors ces gens-là sont inquiets».

Jean Chrétien ne s'inquiète pas trop des énormes réticences manifestées par les Américains envers le commerce avec le Canada — dont l'ALÉNA — et l'imposition récente de tarifs sur le bois d'oeuvre canadien et de droits compensatoires sur les avions CSeries de Bombardier.

«Ces choses-là se règlent souvent à la dernière minute alors il ne faut pas s'énerver plus qu'il faut», a dit le vétéran de la politique, qui a avoué préférer la discrétion en matière de négociation commerciale.

Le libéral Jean Chrétien a été premier ministre du Canada de 1993 à 2003, tandis que le démocrate Bill Clinton a été président des États-Unis de 1993 à 2001.

L'ALÉNA est entré en vigueur en 1994, mais avait été négocié par les prédécesseurs des deux dirigeants.

Fédéralisme et référendum

L'ex-président américain a avoué avoir été fasciné par la question du référendum au Québec en 1995.

Faisant miroiter les avantages du fédéralisme, il a souligné qu'il met en place des systèmes permettant aux gens de coopérer «sans renoncer à leur identité».

«Je crois que les gens du Québec ont fait une grande chose en décidant de rester (au sein du Canada)», a dit M. Clinton.

«Tout le monde vous regarde maintenant (le Québec et le Canada) parce qu'ils pensent que vous êtes les adultes dans la maison. (...) parce que vous avez trouvé une façon d'avoir le meilleur des deux mondes et de chérir vos différences».

Allant plus loin, insistant sur le fait que les questions d'identité sont maintenant plus cruciales que jamais, il a dit qu'il était important pour les peuples de conserver leur spécificité «sans nier l'humanité fondamentale des autres». Il a ainsi dénoncé le tribalisme qu'il voit surgir partout dans le monde.

«Des groupes diversifiés prennent de meilleures décisions, a-t-il plaidé. Cela nous rend plus forts».

«C'est l'être humain qui est important», a opiné M. Chrétien. Pas la religion des gens ni la façon dont ils s'habillent.

Avant de discuter des questions économiques, les deux hommes ont passé un certain temps sur scène à se remémorer de bons moments passés ensemble et à relater des anecdotes familiales, au plus grand plaisir de leur auditoire. Bill Clinton a raconté le jour où Aline Chrétien a emmené sa femme Hillary patiner — une activité qui n'existait pas alors en Arkansas, où ils résidaient. «Je croyais qu'elle n'allait pas revenir», a blagué M. Clinton.

Ils ont relaté dans la bonne humeur les liens d'amitié qu'ils ont tissés au cours des années. Bill Clinton a dit qu'il avait fait confiance à Jean Chrétien dès qu'il l'avait rencontré.

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