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Le Louvre retire une sculpture «explicite» de deux bâtiments qui s'amusent

L'artiste dit que c'est «de l'hypocrisie totale.»

04/10/2017 16:47 EDT | Actualisé 04/10/2017 16:48 EDT

Les musées sont des sanctuaires pour la liberté d'expression, où des sujets qui peuvent être tabous ailleurs ont leur place. Ceci dit, ces institutions sont parfois plus conservatrices qu'on pourrait le croire.

En effet, une sculpture intitulée «Domestikator» par le collectif Atelier Van Lieshout a été retirée d'une exposition à venir au Louvre à Paris parce qu'elle était trop «sexuellement explicite», selon le New York Times.

La sculpture, qui devait être installée au Jardin des Tuileries dans le cadre d'un programme d'art public, est une structure de 40 pieds d'un bâtiment orange géométrique chevauchant un autre bâtiment orange géométrique de derrière. Une déclaration décrivant l'œuvre explique que le bâtiment du bas est une forme animale abstraite, rendant l'acte sexuel entre les deux bâtiments un acte de bestialité. C'est sexuel, bien sûr, mais c'est aussi figuratif.

Joep van Lieshout, le fondateur de l'Atelier van Lieshout, était perplexe quant à la décision du musée. «La pièce en tant que telle n'est pas très explicite», a-t-il expliqué au Times. «C'est une forme très abstraite. Il n'y a pas d'organes génitaux; c'est innocent.»

ATELIER VAN LIESHOUT
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La sculpture, qui a initialement été installée à Bochum, en Allemagne, et ce, sans grande controverse, aborde des thèmes de pouvoir, d'amour, de dystopie, et de reproduction. Plus précisément, la sculpture symbolise la façon dont l'humanité a domestiqué l'environnement naturel, dépassant les limites de la décence dans le processus.

« ''The Domestikator'' est à propos de l'hypocrisie de notre société envers notre environnement naturel », explique Joep van Lieshout au HuffPost. « Plusieurs visiteurs en font partie. C'est donc vital qu'ils soient confrontés à l'impact de leurs actions pour être capables de changer la situation, pour eux-mêmes et pour le futur de leurs enfants », dit-il.

Van Lieshout est inquiet à propos des conséquences de la censure d'art par les musées importants en 2017. « Je pense que les artistes et les musées devraient se positionner pour la liberté d'expression », explique-t-il. « La liberté d'expression est une des raisons principales pour lesquelles l'art existe. Si on limite les artistes en censurant leur travail, on laisse la peur gagner et on laisse tomber nos standards culturels et les valeurs centrales du monde civilisé. »

Jean-Luc Martinez, le président du Louvre, a expliqué son raisonnement dans une lettre publiée en partie par le journal français Le Monde.

« La pièce risque d'être mal interprétée par les visiteurs des jardins », a écrit Martinez, ajoutant que la proximité de la pièce et du terrain de jeux des enfants inquiétait.

« C'est de l'hypocrisie totale », a répondu Lieshout à la lettre de Martinez. « À Bochum, des classes de jeunes sont venues voir le ''Domestikator''. Les gens l'ont vu de façon humoristique mais pas dégénérée. Et si les enfants voient quelque chose de sexuel, c'est qu'ils sont assez vieux pour le voir. »

La décision du Louvre a été rendue publique seulement une semaine après que le Guggenheim ait décidé de retirer trois pièces controversées — toutes accusées de maltraiter les animaux — d'une exposition à venir sur l'art conceptuel chinois. Le musée aurait reçu des menaces violentes liées aux pièces controversées. Il a publié une déclaration expliquant que la décision a été prise « par préoccupation pour la sécurité de nos employés, visiteurs et artistes participants. »

À une époque où les limites de la liberté d'expression sont examinées d'un œil critique dans les universités et sur les terrains de football, il est intéressant de noter que les musées penchent du côté du conservatisme plutôt que de la controverse.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit et adapté de l'anglais.

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