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L'Union européenne presse Madrid de mettre fin à la crise sans précédent avec la Catalogne

«La violence ne peut jamais être un instrument en politique»

02/10/2017 07:34 EDT | Actualisé 02/10/2017 12:31 EDT

L'Europe a pressé lundi Madrid de trouver une solution à la crise en Catalogne, dont le président régional menace de déclarer unilatéralement l'indépendance, au lendemain du référendum marqué par des violences policières qui ont choqué l'opinion.

"Nous appelons tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue", a déclaré le porte-parole de la commission européenne Margaritis Schinas lors d'un point presse à Bruxelles.

"La violence ne peut jamais être un instrument en politique", a-t-il ajouté, alors que l'Espagne fait face à l'une des pires crises vécues par le pays depuis le coup d'Etat militaire avorté de 1981.

Dimanche, des dizaines de policiers et de gardes civils sont intervenus dans au moins une centaine de bureaux de vote destinés à l'organisation d'un référendum interdit pour saisir les urnes.

Face aux manifestants pacifiques qui tentaient de leur barrer la route, ils ont distribué les coups de matraque et ont parfois fait usage de balles en caoutchouc. Les victimes, parmi lesquelles des personnes âgées, s'affichaient lundi à la Une de toute la presse européenne.

Après cette journée de désordres, le président de la Catalogne Carles Puigdemont a affirmé dimanche soir que les habitants de sa région avaient gagné "le droit d'avoir un Etat indépendant qui prenne la forme d'une République".

Par ailleurs, les principaux syndicats de la région ont annoncé une grève générale pour protester mardi dans la région, qui représente 19% du PIB.

Le gouvernement espagnol s'est lui dit décidé à empêcher les dirigeants séparatistes de Catalogne à déclarer unilatéralement l'indépendance.

"Si quelqu'un prétend déclarer l'indépendance d'une partie du territoire par rapport à l'Espagne (...) il faudra faire tout ce que permet la loi pour que ce ne soit pas ainsi", a déclaré le ministre de la Justice Rafael Catala, dans la première réaction du gouvernement.

Le ministre était interrogé sur la possibilité d'un recours à un article de la Constitution, qui permet de suspendre l'autonomie de la région, actuellement très large.

Le chef du petit parti Ciudadanos, Albert Rivera, qui soutient pourtant M. Rajoy au parlement, a accusé lundi le gouvernement "d'irresponsabilité" pour ne pas avoir utilisé cet article pour empêcher la tenue du référendum au lieu d'envoyer la police.

Images dramatiques

Référendum en Catalogne: heurts entre policiers et manifestants

M. Rajoy "n'a pas pu empêcher que des images dramatiques fassent le tour du monde", critiquait même le journal conservateur El Mundo dans un éditorial.

M. Puigdemont devait faire une déclaration à la mi-journée après avoir réuni son gouvernement. Il avait annoncé qu'il soumettrait dans les prochains jours le résultat du référendum au parlement régional.

A midi, des centaines de personnes ont quitté leurs bureaux à Barcelone pour protester contre les violences et sont restés debout dans la rue, en silence, avec gravité. Une autre manifestation était attendue à proximité de la mairie, à laquelle devaient assister le président régional catalan et la maire de Barcelone Carles Puigdemont et Ada Colau.

Selon le gouvernement régional, les charges policières ont amené 844 personnes à solliciter une assistance médicale. Deux ont été blessées grièvement: un homme de 70 ans victime d'un infarctus et un blessé à l'oeil.

Le ministère de l'Intérieur a de son côté annoncé qu'au moins 33 policiers avaient été blessés.

Selon l'exécutif catalan, le oui à un "Etat indépendant sous forme de République" l'a emporté à 90%, avec 2,26 millions de voix et un taux de participation de 42,3%.

Cette consultation, jugée illégale par le Cour constitutionnelle, n'était assortie d'aucune des garanties nécessaires: aucune commission électorale n'a supervisé l'organisation, le recensement n'était pas transparent, le vote n'était pas secret.

Des sanctions judiciaires pourraient tomber. M. Puigdemont et l'ensemble de l'exécutif catalan sont déjà visés par une enquête pénale pour "désobeissance, prévarication et détournement de fonds publics", en lien avec l'organisation du référendum.

Le 25 septembre, le procureur général espagnol avait suggéré que l'arrestation de Carles Puigdemont restait une possibilité, même si elle n'était pas envisagée dans l'immédiat.

L'indépendantisme n'a cessé de grandir en Catalogne depuis le début des années 2010, alimenté par la crise économique et l'annulation partielle d'un statut qui conférait à la région de très larges compétences.

Mais pour la maire de gauche de Barcelone, Ada Colau qui, comme 80% des catalans, était pour un référendum d'autodétermination, les séparatistes ne pourront pas proclamer "tout seuls" une indépendance que personne ne leur reconnaîtrait. Elle a voté blanc.