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Référendum en Catalogne: le gouvernement régional crie victoire

Madrid et le gouvernement catalan se livraient à un dialogue de sourds dimanche.

01/10/2017 18:07 EDT | Actualisé 01/10/2017 18:07 EDT
Susana Vera / Reuters

Madrid et le gouvernement catalan se livraient à un dialogue de sourds dimanche, au soir du référendum interdit sur l'indépendance de la Catalogne, marqué par des violences policières qui ont fait plus de 90 blessés, chaque camp revendiquant la victoire.

À coups de matraques et de balles de caoutchouc, la police espagnole a tout fait pour tenter d'empêcher ce scrutin interdit par la justice espagnole dans une région qui est un des principaux poumons économiques de l'Espagne.

Vers 20H00, juste après l'heure annoncée de la fermeture des bureaux de vote, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy s'est félicité de ce que "l'Etat de droit restait en vigueur avec toute sa force".

"Aujourd'hui, il n'y a pas eu de référendum d'autodétermination en Catalogne", a-t-il dit, alors que le dépouillement commençait.

Les forces de sécurité "ont fait leur devoir" en Catalogne et "respecté le mandat de la justice" qui avait interdit le référendum d'autodétermination organisé par les dirigeants séparatistes, a-t-il ajouté en parlant d'une "farce".

Mais avec les "millions" de personnes qui sont allées voter, "nous avons gagné le droit d'avoir un État indépendant qui prenne la forme d'une République", a clamé le président régional catalan Carles Puigdemont.

Il a appelé l'Union européenne à s'impliquer directement dans le conflit qui l'oppose à l'État espagnol et à ne "plus regarder ailleurs".

Face à l'impasse et à l'attitude de Madrid, une quarantaine d'organisations syndicales, politiques et sociales de Catalogne ont lancé un appel à la grève générale dans la région pour mardi.

'Nous l'avons fait'

Dans un bureau de vote du quartier Gracia, considéré comme un fief indépendantiste à Barcelone, des centaines de personnes s'étaient réunies vers 20H00 locales pour assister au dépouillement.

"Nous l'avons fait. Maintenant nous fermons le bureau de vote mais nous devons tous rester. Ne nous abandonnez pas", criait une femme sur son mégaphone. La foule lui répond: "Tu n'es pas seule, tu n'es pas seule", et "nous avons voté, nous avons voté".

Le gouvernement espagnol "a tout fait pour nous rendre la tâche difficile mais finalement nous avons réussi à voter. Les gens sont déterminés et ils ne devraient pas nous sous-estimer", a déclaré un professeur de 50 ans, Meritxell Casademont.

Dès l'heure d'ouverture des bureaux de vote, la police et les unités anti-émeutes de la Garde civile étaient intervenues pour saisir les urnes dans des bureaux de vote à Barcelone et à Gérone, la ville de Carles Puigdemont.

A plusieurs reprises, des policiers casqués ont défoncé les portes des bureaux devant des militants qui entonnaient des chants indépendantistes lors de ce scrutin qui constituait, selon le quotidien El Pais, le "plus grand défi" de l'Etat espagnol depuis la mort de Franco en 1975.

Les affrontements ont fait au moins 92 blessés, dont deux graves, un homme de 70 ans victime d'un infarctus et un blessé à l'oeil, sur les 844 personnes qui ont sollicité une assistance sanitaire "en relation avec les charges des forces de police de l'Etat", selon le gouvernement régional.

Trente trois policiers ont été blessés, selon le ministère de l'Intérieur, qui affirme que certains ont essuyé des jets de pierre.

A Barcelone, la police a chargé des centaines de manifestants qui lui barraient la route alors qu'elle emportait des urnes confisquées, et tiré des balles en caoutchouc, selon des témoins.

La télévision régionale catalane TV3 a passé en boucle toute la journée les images d'affrontements entre policiers et manifestants à proximité des bureaux de vote, qui ont circulé également sur les réseaux sociaux et les grandes chaînes de télévision internationales.

Des milliers de Catalans ont pu voter

M. Puigdemont a dénoncé une "violence injustifiée", tandis que le gouvernement répondait que lui et son équipe étaient "seuls responsables" des événements de la journée.

Les électeurs ont parfois voté avec des bulletins de vote imprimés à la maison ou sans enveloppe, ont constaté les journalistes de l'AFP.

"Personne ne peut me voler mon vote et la satisfaction d'avoir voté, quoi qu'il arrive. J'ai même pleuré parce que cela fait des années que nous nous battons pour cela, et j'ai vu devant moi une femme de 90 ans qui votait en fauteuil roulant", a raconté à l'AFP dans le petit village de Llado Pilar Lopez, 54 ans.

Dans le quartier barcelonais de Nou Barris, Enrique Calvo, un retraité de 67 ans originaire d'une région voisine, lui n'a pas voté parce qu'il ne voulait pas donner de "légitimité" au scrutin. "C'est mal géré, tant par le gouvernement catalan que par le gouvernement central de Madrid", a-t-il dit.

Signe du caractère exceptionnel de la situation dans un pays passionné de football, le FC Barcelone a joué à huis clos son match contre Las Palmas, la Ligue de football ayant refusé de reporter le match.

Une sécession de la Catalogne, une région de 7,5 millions d'habitants pesant près de 19% du PIB, serait un saut dans l'inconnu, comparable à celui du Brexit déclenché par un référendum en juin 2016.

Les habitants de la région, où l'indépendantisme gagne du terrain depuis le début des années 2010, sont divisés presque à parts égales sur l'indépendance. Mais les Catalans souhaitent majoritairement, à plus de 80%, un référendum d'autodétermination légal, selon les derniers sondages.

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