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Les attaques acoustiques contre des diplomates canadiens et américains restent une énigme

Un scénario digne d'un roman d'espionnage.

27/09/2017 06:58 EDT | Actualisé 27/09/2017 07:00 EDT
-zlaki- via Getty Images
black silhouette of the detectives

L'obscure affaire des "attaques acoustiques" contre des diplomates américains à Cuba, qui empoisonne depuis plus de neuf mois les relations bilatérales, semble encore loin d'un dénouement tant les différentes pistes explorées mènent à des impasses.

Agressions ciblées, sabotage, accident? Une trentaine de diplomates américains, mais aussi canadiens, ainsi que leurs familles ont ressenti d'inquiétants symptômes d'origine inconnue sur la même période.

Un scénario digne d'un roman d'espionnage qui nourrit les rumeurs et ravive le souvenir des complots les plus extravagants de la Guerre froide.

Les faits

Les premiers faits suspects ont été signalés fin 2016, mais le gouvernement américain a attendu août 2017 pour évoquer de mystérieux "symptômes physiques" constatés chez plusieurs salariés de l'ambassade.

Certains ont souffert de "migraines, nausées", mais aussi "de légères lésions cérébrales d'origine traumatique et d'une perte définitive d'audition", révélait ensuite le syndicat de la diplomatie américaine.

Au 14 septembre, le nombre d'employés touchés était de 21, avec un dernier "incident" constaté en août, selon Washington.

Côté canadien, une source proche de l'ambassade précise sous couvert d'anonymat que plus de cinq familles ont été touchées, dont plusieurs enfants, mais qu'"aucun cas grave" n'est pour l'instant répertorié.

Des responsables américains ont dit à des journalistes soupçonner l'utilisation d'appareils acoustiques visant à porter atteinte à "l'intégrité physique" des diplomates. La Havane a formellement démenti toute implication et lancé une enquête.

Dès le 23 mai, sans attendre d'y voir plus clair, les Etats-Unis ont mené une première riposte en expulsant discrètement deux diplomates cubains. Washington ne considère pas Cuba coupable, mais responsable en tant que pays hôte.

Le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a lui évoqué une possible fermeture de l'ambassade à Cuba. En réponse, La Havane prévient contre toute "politisation" de l'affaire.

Mardi, M. Tillerson a reçu son homologue cubain Bruno Rodriguez pour une discussion "ferme et franche" sur le sujet, a indiqué le département d'Etat sans fournir plus de détails.

Des ondes néfastes?

L'enquête n'a encore rien donné officiellement, mais "tant de familles touchées en même temps, ce n'est pas banal. Ca ne peut pas être un hasard", affirme une source proche de l'ambassade canadienne.

Evoquée à Washington, l'émission ciblée d'ondes nocives à partir d'un dispositif non repérable est "tout à fait plausible d'un point de vue technique", assure à l'AFP Denis Bedat, spécialiste en bio-électromagnétique.

"Des ondes ultra-soniques, qui se situent au-delà de la capacité acoustique de l'être humain, peuvent être diffusées avec un amplificateur. Le dispositif n'a pas besoin d'être de grande taille et peut être disposé à l'intérieur ou à l'extérieur d'une maison", explique l'expert français.

Il cite en exemple l'Active Denial System (ADS), canon à rayons anti-émeute créé aux Etats-Unis. Il envoie des ondes électromagnétiques qui dispersent les personnes visées en leur causant une sensation de chaleur insupportable.

Enquête et rumeurs

Selon des sources américaines citées par des médias locaux, le président cubain Raul Castro a fait part au chef de la mission américaine de sa perplexité face à l'affaire, et - fait rarissime - a autorisé le FBI et la police canadienne à venir enquêter à La Havane.

De nombreux observateurs doutent de l'opportunité pour Cuba de se risquer à de telles manoeuvres fin 2016, quand les relations entre les ex-ennemis de la Guerre froide étaient encore en plein réchauffement. Elles se sont ensuite dégradées avec l'arrivée de Donald Trump.

Même chose vis-à-vis du Canada, premier pourvoyeur de touristes sur l'île avec qui les relations sont notoirement très bonnes. Selon des diplomates canadiens, les hauts responsables cubains ne seraient pas soupçonnés par Ottawa.

Dès lors, les spéculations vont bon train des deux côtés du détroit de Floride. Certains évoquent une initiative d'agents cubains en rupture de ban, d'autres des manoeuvres d'un pays tiers soucieux de nuire aux relations entre Cuba et les Nord-Américains, comme la Russie ou la Corée du Nord.

Mais l'hypothèse la plus relayée est celle de possibles incidences d'un système d'écoutes défectueux ou mal maîtrisé, une option renforcée par la réputation des "grandes oreilles" cubaines.

Elle est toutefois battue en brèche par plusieurs experts, qui soulignent qu'un système d'écoutes n'est pas fait pour émettre. Et selon les médias américains, les enquêteurs du FBI ont fait chou blanc lors de fouilles minutieuses aux domiciles des victimes.

"Nous n'avons pas de réponse définitive sur l'origine ou la cause des incidents", a reconnu mardi un responsable du département d'Etat, tandis que La Havane a annoncé avoir pris des "mesures additionnelles de protection des diplomates américains et de leurs familles".

Toutefois, déplore la source proche de l'ambassade canadienne, "la question est qu'il y a des gens qui ne vont pas bien, et qu'on ne sait toujours pas pourquoi".