DIVERTISSEMENT

«Showtime»: dans le nombril de Joël Legendre

C'était la première montréalaise de son nouveau spectacle!

26/09/2017 07:56 EDT | Actualisé 26/09/2017 07:57 EDT
Paméla Lajeunesse

En juillet 2016, Joël Legendre offrait un one man show d'un soir seulement à Zoofest, Laissez-moi encore chanter... danser, imiter, jouer, animer, doubler, diriger, rire de moé. Notre critique de la soirée se titrait alors «Joël Legendre s'amuse comme un petit fou».

Un peu plus d'un an plus tard, l'homme aux mille talents réitère l'expérience, cette fois à beaucoup plus grande échelle, dans Showtime, une production plus longue, plus achevée, propulsée par Juste pour rire et assurée d'une tournée qui durera au moins jusqu'au début de l'été 2018. Une succession de tableaux mis en scène par Patrick Rozon et Legendre lui-même, rehaussés avec décors, perruques, projections et autres joujoux servant la comédie.

Après la première montréalaise de ce nouveau solo, qui avait lieu lundi, au Théâtre St-Denis, on pourrait utiliser la même coiffure qu'il y a 14 mois pour notre article. Joël Legendre s'éclate encore dans Showtime. Il se gâte, s'amuse et se fait plaisir. Il pense à lui, parle de lui, se complaît dans ses propres bonheurs. Lundi, la salle semblait abonder dans le même sens et s'esclaffait de bon cœur.

Ceci dit, il y a dans Showtime un grand problème, qui est aussi, paradoxalement, sa plus grande qualité: l'omniprésence de Joël Legendre.

Le tapis rouge du spectacle «Showtime» de Joël Legendre

Trop long

Dans Showtime – un titre-hommage à son idole, Dominique Michel, et Showtime, Dominique, Showtime – Joël Legendre exploite son goût et ses aptitudes pour le chant, la danse, les imitations (beaucoup), le jeu, le doublage et le stand-up. Il galope du coq à l'âne, entremêlant les segments de parodies de diverses personnalités – un art qu'il semble adorer, et dans lequel il est très à l'aise – et les récits de vie tout en humour. La blague est gentille, le ton taquin, jamais méchant.

Notre humble serviteur a repiqué ici et là du matériel de sa prestation à Zoofest, en le peaufinant et le complétant, mais la proposition n'est pas la même, sinon qu'elle part et revient constamment au même épicentre, c'est-à-dire le nombril de Joël Legendre.

Entendons-nous: ce n'est pas catastrophique. Ce n'est pas mauvais. C'est même souvent divertissant, Legendre affichant une réelle douance pour les arts de la scène. Ça, on ne le lui enlèvera jamais. Il faut l'entendre réinventer les voix d'André Sauvé, d'Anne-France Goldwater, de Cœur de pirate, de Diane Dufresne ou de Marina Orsini pour constater qu'il est un amuseur dans l'âme.

Par contre, on ne peut s'empêcher de songer que le format de 60 minutes de 2016 seyait mieux à Joël Legendre, une personnalité publique hautement médiatisée, dont quiconque a déjà lu un exemplaire du 7 Jours connaît la vie à peu près par cœur. En une heure, ses folies étaient condensées, défilaient rapidement et conservaient leur lustre.

Dans Showtime, c'est plus long, on s'étire, les forces de Legendre s'en trouvent éparpillées, diluées, et perdent de leur mordant. Jusqu'à ce que ça en devienne par instants complètement vide.

L'ex-timonier d'Occupation double et de Paquet voleur a toujours été un livre ouvert. Depuis le début de sa carrière, il est près des gens, accessible et authentique. Puis, par le biais des Bye Bye et autres rendez-vous du genre, on l'a vu et entendu imiter, avec énormément de doigté, la colonie artistique pratiquement au complet. Si on en sait le moindrement sur l'artiste, on ne sera pas renversé de l'entendre pasticher Céline Dion ou badiner sur sa famille non conventionnelle. On sait qui est Joël Legendre et de quoi il est capable. Showtime ne nous apprend rien.

Newfie et steak haché

En première partie, ça va. Une chanson résumant son parcours professionnel, un épisode de sa jeunesse dans les scouts, un monologue sur ses enfants, quelques pitreries dans la peau de personnages célèbres: tout défile à la vitesse grand V, avec l'appui de photos et de vidéos, et on se dit qu'il s'agit là d'une mise en bouche légère et agréable pour une suite plus costaude après l'entracte. On félicite silencieusement Legendre d'avoir bien retenu les leçons enseignées par sa grande amie Denise Filiatrault qui, on le sait, carbure aux punchs.

Mais la sauce tourne en seconde période, avec des numéros qui s'éternisent et qui tombent à plat. On avait déjà eu un intéressant cours de «Joël Legendre 101» dans la première heure, mais voilà qu'on retombe sur la même planète quelques minutes plus tard. Un extrait de Joël Legendre à la Soirée canadienne. Une autre portion biographique. D'autres «apparitions» de Céline Dion. Quelques moqueries sur Enfanforme. Un coup de chapeau à sa grand-maman.

Rendu au faux doublage de Titanic, ça commence à devenir redondant. Puis, arrive ce montage de comédies musicales, où on chante Pet pis Répète sur l'air du Temps des cathédrales et Newfie sur Ziggy. On a même droit à un délire autour du steak haché. Il reste pourtant deux autres numéros ensuite, mais trop tard, on a déjà décroché.

Il manque cruellement à Showtime un propos consistant, un effet de surprise, une réflexion, un rayonnement qui irait au-delà de la petite personne de Joël Legendre. Oui, celui-ci réalise un rêve avec ce one man show, mais on persiste et signe: l'ensemble aurait pu creuser plus loin. Même les humoristes qui dérident les foules ne le font pas seulement en se concentrant sur eux-mêmes.

Laissons aux psychologues le soin de discourir sur la vague narcissique qui transporte le 21e siècle, concrètement et virtuellement, et qui se propage maintenant jusque sur les planches des théâtres montréalais. Pour peu qu'on soit connu, désormais, on mérite son one man show ou sa biographie, et ce ne sont pas nos jérémiades qui y changeront grand-chose.

Répétons seulement qu'on aurait aimé accéder, avec Showtime, à un peu plus de matière. Bien sûr que Juste pour rire peut offrir à Joël Legendre le luxe des plus prestigieuses planches de la province, pour donner à celui-ci l'opportunité de satisfaire son imaginaire et de démontrer son savoir-faire sans limites.

Ceci dit, soyons-en avertis: même les plus grands admirateurs du principal intéressé trouveront peut-être parfois le temps long. Aucune grande révélation ne jaillit de ce tour de scène de près de deux heures, qui ne s'avère ni décapant, ni caustique, ni audacieux, ni original. Le vernis ne craque nulle part, on n'entend pas d'opinions controversées, on ne se gratte pas le coco, et on aura probablement tout oublié dans quelques jours.

Showtime, c'est le Joël Legendre auquel on est habitués, le Joël Legendre qu'on aime. Mais on ne l'aimera pas nécessairement plus à la tombée du rideau, parce qu'on ne découvre rien qu'on ne savait pas déjà.

Pour toutes les dates de représentations de Showtime, consultez le www.hahaha.com.