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Catalogne: Madrid vise le coeur du dispositif du référendum

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy, attendu à Washington, cherche des soutiens internationaux.

26/09/2017 13:47 EDT | Actualisé 26/09/2017 14:09 EDT

Les forces de l'ordre espagnoles devaient tenter mardi de "neutraliser" les bureaux de vote prévus pour le référendum d'autodétermination interdit en Catalogne, coeur du dispositif, alors que le chef du gouvernement Mariano Rajoy, attendu à Washington, cherche des soutiens internationaux.

A J-5, le bras de fer entre Madrid et les dirigeants séparatistes de la Catalogne s'est poursuivi sur deux terrains fondamentaux: la logistique pour l'organisation du vote d'une part, attaquée sur tous les fronts par la justice, et d'autre part le terrain politique, avec l'enjeu fondamental de l'opinion publique étrangère.

Le parquet de Catalogne, région profondément divisée entre indépendantistes et partisans d'un maintien en Espagne, a ordonné à la police régionale de procéder à l'identification des responsables des bureaux de vote qui devraient servir au référendum de dimanche.

Le procureur a demandé "à ce qu'ils soient entendus comme témoins pour qu'ils remettent la documentation qu'ils possèdent en rapport avec les faits, et afin d'être avertis concernant leur obligation de ne pas céder les centres pour la célébration du référendum".

En s'attaquant aux bureaux de vote, le parquet semble poursuivre la mise en oeuvre d'un plan visant tous les mécanismes du référendum.

Manifestation pour l'indépendance de la Catalogne

Depuis la mi-septembre, il a menacé de poursuites les maires qui prêteraient des locaux et désormais aussi les responsables d'autres institutions: écoles, centres de santé....

La commission électorale a dû démissionner en bloc, la Cour constitutionnelle ayant menacé ses membres d'amendes journalières de 12.000 euros. L'équipe organisatrice est par ailleurs déjà mise en examen.

La police et la Garde civile ont aussi saisi près de 10 millions de bulletins de vote et quelque 45.000 convocations d'assesseurs. Et déjà 59 sites internet de promotion ou d'information sur le référendum ont été fermés.

Face à ces actions, les autorités séparatistes au pouvoir dans cette région de 7,5 millions d'habitants dénoncent des méthodes "répressives".

"Le site de la fondation Franco (l'ancien dictateur, ndlr) est toujours opérationnel", mais pas ces sites, s'est plaint mardi le porte-parole du gouvernement régional catalan Jordi Turull.

Bataille de communication

Les séparatistes se félicitent aussi de la parution dans plusieurs médias étrangers, y compris conservateurs, d'éditoriaux favorables à un référendum légal ou à davantage de flexibilité de la part du gouvernement de Mariano Rajoy, alors que la Catalogne s'enfonce dans une division qui déchire même certaines familles.

De source diplomatique espagnole, on indique "avoir conscience de cette affirmation selon laquelle nous serions en train de perdre la bataille de la communication. Mais il est plus difficile de raconter la vérité que des mensonges".

Le gouvernement assure qu'il ne fait qu'appliquer la Constitution qui n'autorise pas ce type de consultation, comme en France ou en Italie.

Et souligne que les séparatistes ont adopté la loi convoquant le référendum sans laisser à l'opposition l'option d'en débattre en profondeur, avec un vote à la majorité simple alors que pour des réformes moins fondamentales, la législation locale exige un vote des deux-tiers des élus.

La Catalogne n'est pas officiellement au menu des discussions à Washington entre Mariano Rajoy et le président américain Donald Trump mardi soir, mais un geste de soutien est sans doute souhaité.

Mariano Rajoy, qui devait participer à un sommet informel des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE vendredi à Tallinn, en Estonie, a préféré annuler.

"Il a été considéré qu'il était préférable qu'il soit là, pour le Conseil des ministres vendredi et en raison de la question catalane", a déclaré à l'AFP une source gouvernementale.

Le gouvernement a en outre aussi reporté l'adoption en conseil des ministres, attendue vendredi, du projet de loi sur le budget de 2018.

'On va se les faire'

Une tension palpable envahit l'Espagne.

En Andalousie (sud) et ailleurs, notamment à Santander (nord) des détachements de la Garde civile en partance pour la Catalogne ont été salués par des habitants agitant des drapeaux espagnols. "On va se les faire!", a scandé lundi la foule dans la ville de Huelva (sud-ouest).

"C'est indigne d'une société civilisée", s'est scandalisé Carles Campuzano, un élu du PDeCAT, parti indépendiste et conservateur catalan.

De leur côté, des Catalans offraient spontanément des oeillets rouges à la police régionale à Barcelone.

Selon El Pais, le gouvernement espagnol a mobilisé les deux tiers des policiers anti-émeutes espagnols, soit quelque 2000 agents, tous dépêchés en Catalogne. Au total, plus de 10 000 membres des forces de l'ordre y seront déployés dnas la perspective du référendum.

"Quelles que soient les ardeurs guerrières... le 1er octobre aura bien lieu", a prévenu le porte-parole du gouvernement catalan, lançant aux opposants au référendum: "ils perdent leur temps".