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ALÉNA, le Canada veut des normes du travail plus progressistes

Les propositions canadiennes réclament aussi la disparition des syndicats mexicains contrôlés par les patrons.

26/09/2017 15:32 EDT | Actualisé 26/09/2017 15:32 EDT
PAUL J. RICHARDS via Getty Images
Chrystia Freeland

Le Canada souhaite profiter de la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) pour y inclure des normes du travail plus progressistes, dont le respect serait obligatoire, dans le but de contraindre le Mexique à hausser ses salaires et de faire disparaître ces syndicats «bidon» qui défendent davantage les patrons que les employés.

Les propositions canadiennes concernant les normes du travail réclament aussi l'abolition des lois en vigueur dans 28 États américains qui permettent aux employés de refuser d'être membres d'un syndicat ou de verser leurs cotisations syndicales, tout en profitant des avantages d'un milieu de travail syndiqué.

Les syndicalistes prétendent que ces lois visent à affaiblir les syndicats et à les empêcher de défendre leurs membres.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a affirmé lundi que le Canada avait «proposé les normes du travail les plus progressistes et les plus robustes jamais présentées par des négociateurs commerciaux canadiens».

Et les leaders syndicaux qui ont été consultés quant à ces propositions assurent qu'elle n'exagère pas.

«Elle a absolument raison, a dit en entrevue le président du syndicat Unifor, Jerry Dias. Les propositions canadiennes sont très audacieuses et progressistes.»

Le Canada et les États-Unis s'inquiètent tous les deux de l'exode des emplois de qualité et des investissements, surtout dans le secteur automobile, à destination du Mexique, où le salaire minimum est de moins de 1 $ l'heure.

Les propositions canadiennes n'évoquent aucun salaire minimum, a dit M. Dias. Elles se concentrent plutôt sur des principes généraux comme l'amélioration des conditions de travail, des salaires équitables, l'égalité des sexes et le droit à la négociation collective.

Normes internationales

L'économiste principale du Congrès du travail du Canada, Angela MacEwen, estime que ces propositions reflètent la déclaration de l'Organisation internationale du travail concernant les principes fondamentaux et les droits en milieu de travail.

«Il n'y a pas de salaire minimum accepté internationalement, mais il y a des normes internationales concernant la discrimination des travailleurs, les heures de travail, la santé et la sécurité — et il faut au moins en tenir compte, que les travailleurs aient droit à une certaine protection», a-t-elle dit.

Et même si aucun salaire minimum n'est suggéré, poursuit Mme MacEwen, «en général, nous pensons que si on relève les normes du travail, et s'il s'agit de normes dont le respect est obligatoire, alors cela donnera aux employés plus de pouvoir pour négocier, et cela mènera à une hausse des salaires au Mexique».

Les propositions canadiennes réclament aussi la disparition des syndicats mexicains contrôlés par les patrons, ce qui correspond, selon Mme MacEwen, a «une subvention illégale aux entreprises» qui les aide à garder leurs salaires bas.

Cela est non seulement mauvais pour les travailleurs mexicains, a-t-elle dit, «mais c'est aussi mauvais pour les travailleurs du Canada et des États-Unis, puisque nous rivalisons avec des salaires injustement faibles».

Les normes du travail doivent être discutées mardi et mercredi lors de la troisième ronde de négociations sur l'ALÉNA, qui a commencé samedi à Ottawa.

Les négociateurs canadiens témoignent par ailleurs d'un optimisme prudent face à un assouplissement éventuel de la circulation des travailleurs entre les trois pays. La version actuelle de l'ALÉNA ne concerne que 60 professions (médecin, dentiste, avocat, comptable et autres), mais le Canada souhaite allonger cette liste pour y inclure les métiers des technologies de l'information qui n'existaient pas quand l'ALÉNA a été conclu il y a 23 ans.

Plusieurs experts croyaient que cette idée serait rapidement rejetée par les représentants américains en raison des positions protectionnistes de l'administration Trump, mais les Américains ont plutôt demandé davantage d'informations à ce sujet.