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La victoire d'Angela Merkel assombrie par un «séisme» nationaliste

Le parti de Merkel se retrouve affaibli par le succès historique de la droite nationaliste et la difficulté de trouver des partenaires pour gouverner.

24/09/2017 16:12 EDT | Actualisé 24/09/2017 16:29 EDT

Angela Merkel et les conservateurs allemands ont remporté les législatives de dimanche, mais ils se retrouvent affaiblis par le succès historique de la droite nationaliste et la difficulté de trouver des partenaires pour gouverner.

"Séisme électoral", résume le quotidien populaire Bild sur son site internet notant que la CDU-CSU de la chancelière avec 32,9% des voix fait "son plus mauvais score depuis 1949" et la naissance de la République fédérale, que les sociaux-démocrates du SPD (20,8%) "ont obtenu leur plus mauvais résultat de tous les temps", tandis que les nationalistes et populistes de l'AfD (13%) s'imposent comme "troisième force politique" du pays.

Mme Merkel, au pouvoir depuis 12 ans et trois mandats, a reconnu qu'elle avait espéré "un meilleur résultat" et a qualifié l'entrée de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) de "nouveau défi".

Il reviendra à la chancelière pour la quatrième fois de chercher des partenaires pour former le prochain gouvernement. Mais cette quête de majorité a été compliquée dès dimanche soir par le SPD, qui en pleine crise existentielle a décidé de se ressourcer dans l'opposition après quatre ans au gouvernement d'Angela Merkel.

Le grand perdant Martin Schulz, tête de liste du SPD, a regretté une "journée difficile et amère pour la social-démocratie".

La répartition des 600 à 700 sièges de députés doit encore s'affiner en raison de la complexité du mode de scrutin allemand, mais une chose est sure, la seule majorité que peut espérer Mme Merkel passe par une alliance avec les libéraux du FDP et les Verts.

Problème: ces deux partis s'opposent sur bien des dossiers, comme l'immigration ou le diesel, et ont aussi des désaccords de fond avec les conservateurs.

Les négociations pourraient prendre des mois. Depuis les premières élections d'après-guerre en 1949, le parti vainqueur a toujours réussi à former une majorité. Et Mme Merkel a exclu un gouvernement minoritaire s'appuyant sur des majorités changeantes.

Manifestations anti-AfD

Ce n'est qu'après l'officialisation d'une nouvelle coalition que Mme Merkel sera formellement désignée chancelière une quatrième fois.

La victoire des conservateurs est assombrie aussi par le très bon résultat de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), un choc profond pour un pays dont l'identité d'après-guerre repose sur la lutte contre les extrêmes et la repentance pour les crimes du IIIe Reich.

L'AfD fait donc une entrée en force à la chambre des députés, une première depuis 1945 pour un parti qui tient des discours anti-immigrants, anti-islam, anti-euro et révisionnistes de l'histoire.

"Nous allons changer ce pays (...) Nous allons faire la chasse à Madame Merkel. Nous allons récupérer notre pays", a jubilé Alexander Gauland, co-tête de liste de l'AfD qui a récemment appelé à être "fier" des soldats allemands de 1939-1945.

Des manifestations spontanées anti-AfD se sont organisées dans plusieurs villes allemandes, Berlin en tête où des centaines de personnes se pressaient devant le local de la fête électorale du parti, tenues en respect par la police.

Alors que cette formation avait échoué aux portes du Bundestag en 2013, elle devance désormais la gauche radicale Die Linke, les libéraux du FDP et les Verts, tous aux alentours de 9-10%.

Dans les régions de l'ex-Allemagne de l'Est, les nationalistes s'imposent même à la deuxième place avec 22,8% des voix, derrière les 28,6% de la CDU.

La communauté juive inquiète

La communauté juive a dénoncé le programme "infâme" de l'AfD, qui veut mettre fin à la repentance allemande pour les crimes nazis. "Les fantômes du passé reviennent", s'inquiète de son côté l'hebdomadaire de référence Der Spiegel.

Le mouvement a fait campagne en tirant à boulets rouges sur Mme Merkel, tout en prenant pour modèle le président américain Donald Trump et les partisans de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Thème de prédilection de cette droite dure: accuser la chancelière de "trahison" pour avoir ouvert le pays en 2015 à des centaines de milliers de demandeurs d'asile majoritairement musulmans. Et ces derniers sont généralement qualifiés de terroristes ou de criminels en puissance.

Dans ce contexte, Mme Merkel va devoir s'expliquer devant les siens, ses alliés bavarois de la CSU et la frange la plus conservatrice de la CDU l'ayant appelée à maintes reprises à écouter ses électeurs les plus à droite, excédés par son cap jugé trop centriste.

"Nous avons délaissé notre flanc droit et il nous appartient à présent de combler le vide avec des positions tranchées", a lâché le chef de la CSU, Horst Seehofer.

L'AfD "est une concurrence pour l'union (chrétienne-démocrate) et la famille conservatrice en général (...) c'est une période très difficile qui s'ouvre pour la chancelière", résume Lothar Probst, politologue de l'Université de Brême.