POLITIQUE

Catalogne: Philippe Couillard se dit «plus que préoccupé»

La situation se détériore depuis que le gouvernement central espagnol a décidé de réprimer par la force le mouvement indépendantiste catalan.

21/09/2017 12:28 EDT | Actualisé 21/09/2017 15:58 EDT

Le premier ministre Philippe Couillard est "plus que préoccupé" par la situation en Catalogne et offre l'aide du Québec.

Il a lu une déclaration en Chambre jeudi dans laquelle il a rappelé que la Catalogne est l'amie du Québec. Devant l'insistance de l'opposition, il est cependant allé plus loin que sa ministre Christine St-Pierre la veille, qui avait regretté du bout des lèvres les événements qui frappent cette région espagnole.

Rappelons que la situation se détériore depuis que le gouvernement central espagnol a décidé de réprimer par la force le mouvement indépendantiste catalan, afin de bloquer la tenue d'un référendum sur l'indépendance le 1er octobre.

En réponse à une question du chef péquiste Jean-François Lisée, M. Couillard a lu un texte rappelant les "liens d'amitié profonds qui unissent le Québec et la Catalogne", mais aussi "notre amitié avec l'Espagne, qui n'est plus l'Espagne franquiste, qui est un grand pays d'Europe démocratique, ami du Canada et du Québec".

L'aide du Québec

Le premier ministre a énoncé qu'il était préoccupé par les événements récents, notamment l'arrestation d'élus municipaux, en appelant l'Espagne et la Catalogne à reprendre le dialogue politique et démocratique, "seule manière de résoudre les tensions qui les éloignent".

Il a même offert aux deux parties l'aide du Québec, de partager son expérience, cette "conciliation délicate" d'un sentiment national fort et de l'appartenance à un plus grand ensemble "qui accepte et comprend l'expression de ce sentiment".

Questionné par Québec solidaire, M. Couillard a plus tard renchéri. "Nous sommes plus que préoccupés (...) par les incidents teintés de violence, les arrestations d'élus municipaux. Il n'y a personne qui banalise la situation."

Le leader du gouvernement en Chambre, Jean-Marc Fournier, a pour sa part ajouté que "nous sommes préoccupés parce que nous réprouvons le chemin des arrestations et de la judiciarisation".

Droit à l'autodétermination

L'opposition officielle réclamait du gouvernement qu'il aille bien plus loin par solidarité avec ce partenaire du Québec. Jean-François Lisée exige du premier ministre qu'il demande à l'Espagne de respecter le droit à l'autodétermination des peuples.

"Il ne s'agit pas d'être préoccupé, il s'agit de condamner une tentative d'un État démocratique d'empêcher la démocratie", a lancé le chef péquiste.

Le débat a bien sûr dérivé vers la question nationale au Québec. M. Couillard a mis en garde son adversaire contre l'extension de la notion de droit à l'autodétermination des peuples.

"Que se produirait-il donc (...) dans le cadre de la séparation du Québec de la fédération canadienne, si l'ensemble des Premières Nations, au moins la moitié du Québec, décidaient d'exercer leur autodétermination et ne pas suivre le Québec séparé?"

M. Lisée a rétorqué que "le premier ministre s'enfonce", en remettant ainsi en question le droit du peuple québécois à décider de son avenir, mais aussi l'intégrité territoriale du Québec.

"Il vient de faire reculer la position traditionnelle de son propre parti sur l'intégrité territoriale du Québec en cas d'indépendance. Je n'en reviens pas."

Le député Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, a quant à lui proposé au premier ministre de signer une lettre avec tous les partis en Chambre adressée au gouvernement espagnol pour lui signifier leur préoccupation, une offre à laquelle M. Couillard n'a pas donné suite.

Le Québec et la Catalogne entretiennent des relations bilatérales. Les deux gouvernements ont signé une entente de coopération en 1996 qui s'étend à plusieurs domaines, dont la culture et l'éducation. Le Québec a un bureau à Barcelone, en quelque sorte une ambassade.

Trudeau ne condamne pas les arrestations mais espère un retour au calme

Justin Trudeau refuse de condamner explicitement l'arrestation de dirigeants catalans, mais espère que la situation s'apaisera en Catalogne et que "la règle de droit va être suivie".

C'est ce qu'a offert le premier ministre du Canada en conférence de presse à l'issue du discours qu'il a livré devant l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, jeudi.

Il n'a pas voulu se mouiller davantage, disant avoir comme "principe assez ferme que les autres pays ne devraient pas se mêler de questions identitaires ou de souveraineté".

Les tensions sont de plus en plus vives en Espagne, alors que le gouvernement central de Madrid fait tout pour empêcher la tenue du référendum sur l'indépendance catalane prévu le 1er octobre.

Des milliers de personnes ont investi les rues, jeudi, à Barcelone, après l'arrestation d'au moins 12 personnes, surtout des dirigeants catalans soupçonnés de participer à l'organisation du scrutin.

Agissant sur les ordres d'un juge, les autorités policières ont également saisi dix millions de bulletins de vote afin de contrecarrer les plans référendaires du Parlement de Catalogne.

En conférence de presse à Ottawa, mardi dernier, le premier ministre Trudeau avait décliné de commenter les événements qui se jouent en Catalogne.

Il s'était dit "convaincu" de l'importance du droit des peuples

à l'autodétermination, mais avait du même souffle refusé de critiquer Madrid, qui fait tout pour empêcher les Catalans de l'exercer.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, avait pour sa part affirmé la veille en Chambre que le Canada "apprécie ses relations amicales avec une Espagne démocratique et unie".

"Pour le Canada, la question de la Catalogne relève des affaires internes de l'Espagne", avait-elle fait valoir en réponse à une demande de condamnation en provenance des banquettes bloquistes.

"Nous souhaitons qu'une solution aux débats internes du pays soit trouvée dans l'harmonie et le respect de son cadre constitutionnel", avait conclu la diplomate en chef du Canada.

Manifestation pour l'indépendance de la Catalogne