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«La chaleur des mammifères», Biz livre un plaidoyer envers la jeunesse

«Si tu n'as plus confiance en la jeunesse, à ceux qui te suivent, le reste de ta vie va être long.»

20/09/2017 16:07 EDT | Actualisé 20/09/2017 16:10 EDT
Jean-Yves Fréchette

René McKay est récemment divorcé, il a du mal à connecter avec son fils, il est chaque jour déçu par les travaux minables de ses étudiants et frustré par le carcan de son environnement de travail. Mais quand la grève étudiante du printemps 2012 se met en branle, quelque chose en lui se réveille. Il est ébloui par les jeunes et décide de lutter à leurs côtés, un peu comme le rappeur et écrivain Biz, qui publie ici son cinquième roman, La chaleur des mammifères.

Jusqu'où peut-on aller dans l'expression du cynisme d'un personnage?

Il faut que ça reste confrontant, dérangeant, mais surtout vrai et que ça s'explique. René a accumulé beaucoup de frustrations. Il est amer par rapport aux femmes. Son père est mort durant la première journée de sa retraite. Quand il est entré à l'université en 1980, avec grands idéaux sociaux et révolutionnaires, ce n'était plus le temps pour ça. Et en tant qu'enseignant, il est un peu blasé par rapport à ses étudiants. Je me dis que si on comprend pourquoi il est comme ça, il n'est pas moins désagréable, mais on peut l'excuser.

Dirais-tu que c'est plus facile pour lui de juger que de régler ses problèmes?

C'est sûr que son cynisme est une sorte de moyen de défense. C'est beaucoup plus facile de chialer et de dire que tout le monde est cave, sauf moi. Mais quand il fait son profil sur le site de l'agence de rencontres, il est sans concession envers lui-même. Il dénigre les femmes, mais il sait de quoi il a l'air et il est très lucide sur ce qu'il offre. Par contre, il ne fait rien pour changer sa vie. C'est lorsque la grève débute qu'il commence à bouger. Ça le décoince.

Comment décrirais-tu sa vision des étudiants, avant la grève?

Sa vision est malheureusement celle que plusieurs professeurs ont à quelques années de leur retraite. Mon père était prof et pendant un bout de temps, il trouvait que ses élèves n'étaient pas bons. Il était déçu d'eux, en comparant avec les 20 dernières années, en se disant que les étudiants étaient meilleurs et plus curieux avant. Mais juste avant de prendre sa retraite, il a modifié sa pédagogie en faisant intervenir les nouveaux médias, et il est parti avec l'idée qu'il n'avait jamais eu d'aussi bons étudiants. Il était allé les chercher dans leur univers 2.0. Au fond, peut-être que les étudiants sont poches parce qu'un prof est plate. S'il change son regard par rapport à eux, ils vont devenir bons.

René critique ses étudiants, ses collègues, les femmes et les humains en général. Il croit même qu'il va finir sa vie seul, au début de l'histoire. Est-il bien avec cette idée?

Je pense qu'il a fait son deuil et qu'il essaie de le justifier. Il se dit qu'il va se ramasser seul et que c'est aussi bien parce que le couple, c'est de la merde. Il se sert d'une pseudo recherche sur le taux de monogamie des primates pour justifier le fait que, de toute façon, il va être tout seul. Mais vers la fin, il a encore besoin de la chaleur des mammifères. Tous ses échafaudages théoriques servent à justifier qu'il est un peu malheureux.

Ironiquement, c'est l'Autre, les étudiants, leur solidarité et leur esprit de communauté qui vont le rallumer.

C'est quand les mammifères sont ensemble qu'ils produisent de la chaleur. De là la page couverture avec les chevaux dans la neige qui se tiennent les coudes serrés, un peu comme dans les manifestations, on se serre les coudes et on avance ensemble. Il se considère comme un vieux reptile solitaire, mais les mammifères en général sont grégaires, et par ça qu'ils produisent de la vie.

Au début du mouvement étudiant, il ne croyait pas à la détermination des étudiants. Qu'est-ce qui l'a finalement convaincu?

Quand il revient d'un voyage en Suède, il voit le français partout dans la ville sur les banderoles. Les slogans étaient brillants, intelligents, à double sens. J'en ai cité plein que je trouvais absolument brillants. À ce moment-là, René a compris que les jeunes sont capables d'être bons, même s'ils ne le sont pas dans ses cours. Quand ça compte pour vrai, ils les corrigent leurs hosties de fautes! Durant cette grève-là, le français était une langue de combat. Les jeunes ont porté leurs idéaux avec une langue qui est au cœur de la passion et de la profession de René, et c'est venu le happer. On pense qu'on ne leur a rien appris à ces jeunes-là, mais tout d'un coup, ils nous renvoient en pleine face tout ce qu'on leur a appris et même plus.

Dirais-tu que ton roman est un plaidoyer envers la jeunesse?

Oui, malgré ce que ça comporte de risques de faire ça à mon âge. J'ai longtemps été associé à cette jeunesse contestataire. Mais à 40 ans, j'ai beau mettre une tuque ou des calottes, je ne suis plus un jeune. Je dois en tenir compte. Mais s'il y avait un message à retenir du livre, c'est que ça vaut la peine d'avoir confiance aux jeunes. On le doit. Parce que si tu n'as plus confiance en la jeunesse, à ceux qui te suivent, le reste de ta vie va être long. Tu vas vieillir très lentement et seul à toujours croire que c'était mieux dans ton temps.

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Lancement de «La chaleur des mammifères» de Biz