POLITIQUE

Justin Trudeau n'a pas de conseils à donner aux fumeurs de pot canadiens qui voyagent aux États-Unis

C'est une zone grise...

20/09/2017 13:30 EDT | Actualisé 20/09/2017 13:30 EDT
MARTIN BERNETTI via Getty Images

Le premier ministre n'a donné aucun conseil aux Canadiens mardi sur ce qu'ils devraient répondre aux douaniers américains s'ils demandent: «avez-vous déjà fumé du cannabis?»

La question, précédée d'une discussion sur l'utilisation passée de cannabis du premier ministre Justin Trudeau, a fait rire les reporters réunis à l'Amphithéâtre national de la presse à Ottawa.

«Nous avons un système que nous appliquons aux gens qui arrivent dans notre pays, et nous ne prendrons pas d'ordres de quiconque à propos de qui nous laissons entrer. Ainsi, je ne dirai pas aux Américains comment prendre des décisions par rapport à qui ils laissent entrer dans leur pays non plus», a indiqué le premier ministre.

Voyez l'extrait vidéo (en anglais):

Les rapports disent que l'honnêteté n'est pas nécessairement une bonne idée

Le commentaire de Trudeau arrive alors que des Canadiens ont rapporté avoir été refusés à la frontière des États-Unis à cause de leur historique d'utilisation de marijuana et de la démarche du Canada pour légaliser la drogue.

Le résident de la Colombie-Britannique Matthew Harvey a été touché par une interdiction à vie d'entrer aux États-Unis après qu'il eut donné une réponse honnête à un agent du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis qui le questionnait sur son utilisation de marijuana en 2014.

«Bien sûr que j'ai déjà fumé de la marijuana. Le Canada n'avait pas de programme à ce moment-là. J'ai fumé de la marijuana de façon récréative. Je pense que j'aurais dû mentir, parce que maintenant je suis inadmissible de façon permanente», a-t-il expliqué à CBC News l'an passé.

À ce moment-là, Harvey conduisait de Vancouver à Seattle, un état qui a légalisé l'utilisation récréative de la marijuana en 2012.

Malgré le fait que le pot est légal aussi au Colorado et en Oregon, son utilisation est toujours considérée une infraction fédérale aux États-Unis.

L'histoire d'Harvey est un avertissement pour les voyageurs allant aux États-Unis (est-ce que vous répondez honnêtement, ou donnez-vous un «fait alternatif»?) au moment où les lois fédérales seront modifiées au Canada l'an prochain.

Mulcair craint un double standard

La semaine dernière, le NPD a pressé les libéraux de conclure un accord avec le gouvernement américain pour s'assurer que les Canadiens ne risqueront pas une interdiction d'entrée s'ils admettent aux agents des services frontaliers qu'ils ont fumé de la marijuana.

«Franchement, je suis perplexe que les libéraux n'ont pas eu la clairvoyance d'anticiper ce problème et qu'ils commencent à s'occuper de ça maintenant», a dit le député Don Davies dans une conférence de presse.

Les libéraux ont introduit leur législation sur la marijuana en avril, proposant la légalisation de la drogue pour ceux âgés de 18 ans et plus. La loi devrait prendre effet en juillet 2018.

Un porte-parole de l'ambassade américaine avait auparavant offert l'assurance que la relation entre les deux pays ne devrait pas changer à la lumière de la légalisation de la marijuana au Canada.

Mais, comme Trudeau, le représentant rappelle aux Canadiens que le pot est toujours considéré dangereux et illégal au sud de la frontière.

Le sujet a été soulevé par le leader du NPD Thomas Mulcair dans une période de questions mardi, incitant le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile du Canada à le rassurer que des représentants canadiens avaient abordé la question avec leurs homologues américains.

«Quand ils approchent la frontière des États-Unis, les Canadiens devraient s'attendre à être traités de façon constante, juste et respectueuse», a fait valoir Ralph Goodale, ajoutant que les États-Unis et le Canada sont des pays souverains qui sont libres d'écrire leurs propres lois.

Mulcair a aussi fait référence à des commentaires du premier ministre tenus plus tôt dans la journée à propos des avantages que son passeport diplomatique lui apporte à la frontière américaine. Trudeau a déjà admis au HuffPost Canada qu'il a déjà fumé du pot en tant que membre du Parlement.

«Nous voulons seulement être certains que la même loi s'applique à tous les Canadiens,» a lancé Mulcair.

Parlant aux reporters après la période de question, Goodale a conseillé à ceux qui ont déjà fumé de la marijuana d'être honnêtes avec les agents frontaliers, autant américains que canadiens.

«C'est évidemment critique de respecter les règlements de frontière de l'autre pays», a-t-il noté.

Les réponses de Goodale ne répondent toujours pas à la question de Thomas Mulcair. Les Canadiens qui ont déjà fumé de la marijuana ne savent donc toujours pas quoi répondre par rapport à leur consommation.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit et adapté de l'anglais.

La légalisation de la marijuana en bref