DIVERTISSEMENT

« Ici, ailleurs » : le retour attendu de Matthieu Simard à la littérature

Un nouveau romain publié six ans après La tendresse attendra.

18/09/2017 18:00 EDT | Actualisé 19/09/2017 06:44 EDT
Idra Labrie

Effrités par l'amour et par le temps, Marie et Simon déménagent dans un village en décrépitude, espérant raviver la flamme et accueillir un troisième membre dans leur clan. Cependant, leurs efforts pour se retrouver sont aussi sincères que leurs mensonges sont fréquents, et ils sont vite confrontés aux effets pas tout à fait surnaturels du village sur les habitants : Alice la sourde-muette, Fisher le garagiste taponneux, Madeleine la serveuse cheap et la famille Lavoie, une ode à la perfection forcée.

Peu à peu, le drame qu'ils croyaient avoir laissé derrière eux finira par raisonner entre les murs de leur nouvelle maison trop grande et les obligera à se révéler, à eux-mêmes et aux autres. Cette histoire, à la fois grave et lumineuse, universelle et unique, étrange, mais profondément humaine, a été imaginée par Matthieu Simard, qui publie un nouveau roman, six ans après La tendresse attendra.

Matthieu Simard

Après ces années consacrées à la scénarisation du film Ça sent la coupe, qu'as-tu ressenti en revenant à l'écriture d'un roman?

Ça a été un réel plaisir! J'ai eu l'idée de base d'Ici, ailleurs pendant que j'écrivais La tendresse attendra et j'ai passé des années à vouloir l'écrire. J'avais très hâte d'entrer dans ce roman et d'avoir six mois pour travailler juste là-dessus. J'ai aimé scénariser et c'est quelque chose que je vais refaire, mais quand je suis retourné devant mon ordinateur pour écrire le roman, ça m'a fait du bien!

Tu écris souvent à partir des peurs qui t'habitent. Est-ce que cette histoire est née de l'une d'elles?

Je voulais d'abord faire quelque chose qui se passait dans un village qui meurt, et dont les problèmes ressortent, à mesure que l'endroit se vide. J'avais aussi envie de faire quelque chose sur la perte d'un être cher. Ça fait partie de mes peurs réelles. Au cours des dernières années, j'ai accompagné mon père dans la maladie et je l'ai perdu. Ça a été très marquant pour moi. Ça teinte l'esprit de l'histoire et de mon écriture. Il y a un poids plus sérieux, plus grave. C'est un roman très dur, mais en même temps, je voulais illustrer la quête d'un espoir.

Avant les événements tragiques, dirais-tu que Simon et Marie forment un couple comme les autres?

Oui, ce sont des gens ordinaires à la base. C'est un couple qui s'aime beaucoup et qui mène une vie trépidante. Et quand le drame survient, ils auraient dû se séparer, mais comme ils ne le font pas, ils sont obligés de passer au travers, même s'ils ne sont pas heureux ensemble. Ils ne peuvent pas se laisser pour une niaiserie, après avoir passé à travers ça. Je voulais explorer le chemin qu'ils font au village et aller au bout de leur histoire.

Quel climat voulais-tu installer dans ce petit village?

Un univers un peu mystérieux, sans que ce soit du gros fantastique. J'ai l'impression que dans un village qui se vide, les gens qui restent sont probablement ceux qui ont le plus d'histoires à raconter. Je voulais créer des personnages attachants dans leur étrangeté, tout croches, parfois violents et pas fins, mais attendrissants dans leurs défauts. J'aimais le choc entre les citadins qui fuient leurs problèmes et l'endroit où ils arrivent qui a les siens.

Que voulais-tu générer en faisant de Marie et de Simon des narrateurs qui se succèdent d'un passage à l'autre?

J'avais envie de suivre l'histoire des deux points de vue et montrer que même s'ils sont ensemble, chacun a sa propre ligne, sa propre vie au village, ses propres rencontres et sa façon de gérer ce qui leur arrive. Je trouvais ça l'fun d'aller chercher le dernier moment d'une scène et de switcher à l'autre narrateur. Ça me permettait de montrer ce que l'un sait et que l'autre ignore, alors que les lecteurs savent tout et les observent interagir.

On a accès à leurs pensées et à certaines prédictions fatalistes. Se sentent-ils condamnés dès leur arrivée?

C'est en eux. Au début, quand on annonce qu'ils vont mourir à la fin de l'été, j'ai écrit qu'ils ne le savent pas encore, mais peut-être qu'au fond, ils le savent, mais qu'ils cherchent juste l'endroit et le moment. Avec la double narration, on découvre que chacun le sait au fond de lui, mais comme l'autre a l'air de vouloir y croire encore, ils n'ont pas le choix de ne pas en parler. Ils avancent en parallèle, tout en étant très similaires. Ils vivent leur drame dans le même mensonge. Mais au fond d'eux, ils savent qu'ils ne s'en sortiront pas.

As-tu l'impression de toucher à un nouveau genre littéraire?

J'essaie de garder ma voix, tout en continuant de changer. Ce serait facile de garder la même recette, parce que ça fonctionne et parce que j'ai un lectorat super fidèle. Mais ce ne serait pas challengeant de suivre des recettes que j'ai faites dans le passé, surtout six ans plus tard. Je n'avais pas la volonté de réinventer un genre, mais j'avais besoin de me réinventer moi-même et de me remettre en question. C'est pour ça que j'ai fait un film. Ça m'a appris bien des choses sur la structure narrative. Et je n'aurais pas pu écrire Ici, ailleurs aussi bien si je ne l'avais pas fait avant.

Est-ce aussi pour cette raison que tu as changé d'éditeur en passant de Stanké à Alto?

J'adore l'équipe de Stanké, mais j'avais besoin de travailler avec quelqu'un qui ne me connaissait pas bien, qui me posait beaucoup de questions et qui me disait ce qu'il n'aimait pas pour continuer de m'améliorer. Comme je suis de nature très fidèle, c'était difficile à annoncer aux gens chez Stanké. J'avais l'impression de tromper quelqu'un. Mais pour ce projet-là, j'avais besoin d'autre chose.

*Le roman sera en librairies dès le 19 septembre.