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Un ami décrit l'homme qui a mis tout le Québec à ses trousses

Il soutient que la relation entre le suspect et sa conjointe était insoutenable.

16/09/2017 16:13 EDT | Actualisé 16/09/2017 16:13 EDT
Getty Images/iStockphoto

L'homme de Saint-Eustache qui a mobilisé tout le Québec pendant près de 24 heures après avoir possiblement assassiné sa conjointe et enlevé son fils est présenté comme un homme empathique et sensible, mais doublé d'une personnalité manipulatrice, par son ami et collaborateur de longue date Stéphan Parent.

Pour celui qui connaissait très bien le couple, rien n'aurait pu laisser présager un tel dénouement même si tout leur entourage souhaitait que cette relation malsaine prenne fin.

La veille du drame, Stéphan Parent a parlé au téléphone avec celui qui a déclenché une alerte Amber et mis tous les corps de police à ses trousses. «Il s'en allait à sa thérapie de couple. Le lendemain, je n'avais pas eu de nouvelles de lui. Quand l'alerte Amber est apparue, j'ai tenté de le joindre, sans succès», révèle celui qui n'aurait jamais cru son ami capable d'une telle chose.

«Je ne l'ai jamais vu frapper son garçon et sa conjointe non plus. Oui, il pouvait être impulsif et gueuler. Il pouvait frapper sur le comptoir, mais de là à commettre un meurtre? Jamais!», lance-t-il se disant estomaqué et dans l'incompréhension totale.

Stéphan Parent soutient cependant que la relation entre le suspect et sa conjointe était insoutenable. «Tout le monde leur disait, que ce soit de son côté ou de celui de sa conjointe, on leur a tous dit de sortir de cette relation-là», allègue l'ami du couple. Selon lui, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) était elle aussi mêlée aux problèmes de la famille.

Le couple aurait connu «au moins cinq ruptures», aux dires de M. Parent. Le père de famille, qui travaillait pour une entreprise d'extermination, aurait même quitté la maison pour être hébergé chez ses parents. Il n'était cependant pas isolé puisqu'il pouvait compter sur ses parents, son frère et son ami pour se confier. Il était aussi suivi par un psychothérapeute.

Aucune fascination morbide

Contrairement à ce qui a été véhiculé dans plusieurs médias, l'homme de 41 ans n'entretenait aucune fascination pour les histoires de meurtres ou d'enlèvement, selon Stéphan Parent. «Ça n'a aucun rapport. Il était fasciné par l'univers du cinéma. Il avait étudié en cinéma et il voulait travailler dans ce milieu-là. Si j'avais fait de la comédie ou de la science-fiction, il serait venu travailler avec moi quand même», assure-t-il.

Le réalisateur explique que le suspect ne pouvait même pas soutenir la lecture d'un rapport d'autopsie ou d'un rapport d'enquête. «Quand on faisait des reconstitutions, c'était des mises en scène, mais il avait les larmes aux yeux. Il disait qu'il ne pouvait pas croire que des gens puissent faire ça et il pleurait», raconte M. Parent qui dit l'avoir aussi vu pleurer avec les familles des victimes lorsqu'elles partageaient leurs témoignages.

C'est pour cette raison que Stéphan Parent se sent profondément trahi à la suite des événements survenus jeudi et vendredi derniers. «Je sens vraiment une trahison au plus profond de mon être. Ça fait des années que je côtoie les familles des victimes, qu'on traque des meurtriers, qu'on dénonce ces choses-là sur la place publique. C'est un doigt d'honneur à moi et à toutes les familles des victimes avec lesquelles on a travaillé. Il est passé de l'autre côté de la clôture, c'est complètement surréaliste», confie celui qui avait accepté de donner un rôle honorifique de producteur à son collaborateur.

Un grand manipulateur

Ce que Stéphan Parent s'explique mal, c'est que l'homme dont la cavale a pris fin en Ontario pouvait être à la fois une personne gentille et serviable et à la fois un être manipulateur. Lui-même avait d'ailleurs commencé à couper les ponts avec son ami de longue date après avoir observé des changements de comportement.

«Quand je regarde le fil des événements, de voir tout ce qu'il a fait subir à son petit gars au lieu de le laisser quelque part. Il ne pense qu'à lui là-dedans, il ne pense qu'à son bien-être à lui. Il essayait toujours de forcer la situation de forcer les gens à faire quelque chose qui le mettait en valeur lui», martèle-t-il.

«J'avais dit à sa conjointe que je la comprenais parce que ce qu'elle vivait avec lui à la maison, moi, je le vivais professionnellement», soutient celui qui a réalisé des documentaires sur l'affaire Cédrika Provencher et la disparition de sept enfants en 1984.

Stéphan Parent ne sait pas s'il va suivre les détails du procès à venir. Il dit s'inquiéter beaucoup pour les enfants impliqués dans le drame. Il affirme aussi remettre tout son travail en question, car il craint de ne plus être capable de traiter des dossiers impliquant des meurtres ou des enlèvements.