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TIFF: «Kings», la frustration dont se nourrissent les émeutes

«Chaque société que je connais a son lot de tragédies et de bas instincts...»

14/09/2017 10:46 EDT | Actualisé 14/09/2017 10:58 EDT
Bliss Media

Après avoir mûri son projet et son scénario pendant près de dix ans, la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Erguven a présenté mercredi soir, au Festival international du film de Toronto, le film Kings sur la colère généralement à l'origine des émeutes urbaines.

Le deuxième long métrage de la réalisatrice se déroule dans un quartier défavorisé de Los Angeles, théâtre en 1992 de violentes émeutes raciales ayant éclaté après l'acquittement de policiers qui avaient battu un automobiliste noir, Rodney King, une scène saisie par les caméras et largement relayée à travers le monde à l'époque.

Avec une bonne dose de romance entre Mollie (Halle Berry), mère célibataire tentant de tenir à l'écart des émeutes ses enfants, et Obie (Daniel Craig), rare blanc dans ce quartier peuplé de Noirs, d'hispaniques et de Coréens, le film est davantage sur la frustration de populations rejetées plutôt que sur les émeutes raciales, explique Deniz Gamze Erguven.

Pour elle, la colère des populations confrontées à l'exclusion ou à l'arbitraire de la police n'a pas de frontières, et ce sont surtout les émeutes des banlieues en France, en 2005, qui ont été l'élément déclencheur de son film.

«Je n'avais pas l'intention de brûler des voitures, mais je voyais ce qui pouvait déclencher la colère de ces jeunes de banlieue», a-t-elle expliqué à l'AFP.

Le fil conducteur du film n'est pas sans rappeler les débordements aux États-Unis suite à des violences policières contre des Noirs, ou encore le mois dernier les manifestations de militants suprémacistes blancs face aux mouvements antiracistes avec la mort d'une jeune femme à Charlottesville, en Virginie.

Un avertissement

Le film ouvre sur la mort d'une jeune noire, tuée par un gérant coréen d'une épicerie la soupçonnant d'avoir volé du jus d'orange. Cet épisode, quelques jours après la sauvagerie des policiers contre Rodney King, sera aussi caractérisé par la clémence des juges, l'épicier écopant d'une simple amende de 500 dollars, décision qui a ravivé les émeutes.

Les scènes un peu plus légères atténuent la violence et le drame des émeutes et Deniz Gamze Erguven explique avoir pris le parti de raconter l'histoire à travers les yeux des enfants. La «race» est l'héritage d'une culture plutôt qu'une réalité biologique, pense la réalisatrice, maintenant installée à Los Angeles après de longues années en France.

«J'ai lu pendant des mois pour tenter de comprendre les racines de ces émeutes jusqu'à m'en imprégner. L'origine du film était plus qu'une simple réponse intellectuelle, c'était physique, j'avais l'adrénaline qui montait en moi, mon coeur battait et mes mains tremblaient», se rappelle la réalisatrice, la sensibilité à fleur de peau.

Elle avoue avoir mis beaucoup d'elle-même dans le personnage interprété par Daniel Craig, quelqu'un «qui n'en a rien à faire de ce que l'on peut appeler la race».

Kings est le fruit d'une longue maturation. L'idée lui est venue à sa sortie de la Fémis, l'Ecole nationale supérieure des métiers de l'image et du son, à Paris, et le projet s'est concrétisé après son premier film Mustang, nommé aux derniers Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger.

Le coeur de Kings est aussi un avertissement face aux populismes de dirigeants politiques, qui élaborent leurs discours sur les travers des sociétés pour mieux mettre en place des politiques restrictives pour les libertés ou la tolérance.

«Chaque société que je connais - européenne, américaine ou turque - a son lot de tragédies et de bas instincts, et c'est très facile de pointer le pire des sociétés à des fins politiques comme le font le président Donald Trump ou son homologue turc Recep Tayyip Erdogan», avance-t-elle.

Le rôle des cinéastes est de «faire des films sur les dérives» et, selon elle, «d'être toujours vigilants» face aux côtés sombres des sociétés.

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