POLITIQUE

Des policiers demandent de ne pas légaliser la culture personnelle de marijuana

Le projet de loi C-45 permet de faire pousser jusqu'à quatre plants de cannabis d'une hauteur maximale de 100 centimètres.

12/09/2017 11:35 EDT | Actualisé 12/09/2017 14:17 EDT
Getty Images

La culture de marijuana à domicile ne devrait pas être permise dès le 1er juillet 2018 même si la substance, elle, deviendra alors légale, ont plaidé mardi des représentants des forces de l'ordre.

La culture de plants à la maison entre en contradiction avec l'un des objectifs principaux de la démarche législative, qui est de tenir le cannabis loin des jeunes, ont fait valoir des policiers.

Le projet de loi C-45, qui est à l'étude au comité permanent de la santé cette semaine, permet de faire pousser jusqu'à quatre plants de cannabis d'une hauteur maximale de 100 centimètres.

En plus d'exposer les enfants au pot, la culture à domicile pose des risques de santé (moisissures) et de sécurité (danger d'incendie), a dit Rick Barnum, de la Police provinciale de l'Ontario (PPO).

Il existe également un risque de "surproduction" pouvant mener

à un trafic parallèle "encore plus prévalent" dans le régime récréatif que celui constaté dans le régime médical, selon lui.

"Santé Canada évalue qu'un plant intérieur produit 28 grammes. Cela ne reflète pas la réalité de la culture de la marijuana, la PPO estimant (...) qu'un plant cultivé à l'intérieur produit en moyenne 60 à 100 grammes", a-t-il soutenu.

"Et la plupart des plants de cannabis cultivés à l'intérieur atteignent une hauteur de quatre pieds (environ 120 centimètres), ce qui dépasse la limite de 100 centimètres", a fait remarquer le sous-commissaire Rick Barnum.

Son collègue de l'Association canadienne des chefs de police, Mike Serr, a abondé dans le même sens et prévenu les élus qui siègent au comité que leurs policiers ne seraient probablement pas prêts à la date butoir du 1er juillet 2018 fixée par le gouvernement.

Car les agents doivent être formés adéquatement pour être préparés à affronter de nouveaux défis _ et ils en ont déjà plein les bras avec la gestion de la crise des opioïdes, a fait valoir le chef adjoint de police devant les élus.

Les forces policières ne sont pas les seules à avoir demandé un sursis au gouvernement fédéral.

Le gouvernement du Québec avait aussi demandé un délai, qui lui a été refusé par le gouvernement de Justin Trudeau, selon ce qu'a récemment affirmé la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois.

En milieu de journée, le député libéral et ancien chef de police de Toronto, Bill Blair, a insisté sur le fait que tous les acteurs devaient être prêts pour la légalisation _ car la prohibition est selon lui une situation devenue absolument intenable.

Le comité permanent de la santé de la Chambre des communes se penche sur la mesure législative C-45 toute la semaine.

Les partis d'opposition ont d'ores et déjà signifié qu'ils présenteraient des amendements sur divers aspects couverts par le projet de loi, qui a été déposé en même temps qu'une autre mesure législative s'attaquant à la conduite avec facultés affaiblies.

Mardi, la députée conservatrice Marilyn Gladu a indiqué que sa formation se rangeait derrière les arguments des forces policières et demanderait d'amender C-45 pour aussi interdire la culture de plants de marijuana à domicile.

Fin des consultations de Québec

De son côté, le gouvernement du Québec a mis un terme mardi, à Gatineau, à ses consultations en vue de l'élaboration d'une loi-cadre qui doit être déposée cet automne à l'Assemblée nationale.

Dans son mot d'ouverture, la ministre Lucie Charlebois a souligné que sa position sur la légalisation avait beaucoup évolué depuis le début de cette démarche l'ayant menée dans plusieurs villes à travers la province.

Elle a rappelé que les trois principaux axes qui guideraient le plan du gouvernement québécois étaient la santé et la sécurité publique ainsi que la lutte au crime organisé.

La ministre a réitéré qu'elle n'avait pas l'intention de lever le voile sur le plan du gouvernement de Philippe Couillard avant la fin de ces consultations, même si on la presse régulièrement de le faire.

VOIR AUSSI: