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Le plus gros cycle de travaux sur le climat de l’histoire prend son envol à Montréal

Le GIEC prépare ses rapports tout en cherchant du financement.

11/09/2017 05:55 EDT | Actualisé 11/09/2017 06:28 EDT
The Washington Post/Getty Images
Passage de l'ouragan Irma à Miami.

Le plus influent regroupement d'experts en environnement du monde a entériné dimanche le cadre de travail qui guidera ses démarches pendant les cinq prochaines années. Le Groupe intergouvernemental d'experts en climat (GIEC) doit toutefois revoir son financement à la lumière des menaces récentes du président américain, Donald Trump.

La tâche s'annonce lourde pour le GIEC, un organisme chapeauté par l'ONU. Le groupe publie, chaque sept ans, un important rapport sur l'état de la recherche sur le climat et le prochain est prévu en 2021. Pour la première fois de l'histoire, le GIEC ajoutera trois rapports spéciaux qui seront publiés en 2018, 2019 et 2020.

«La réunion ici à Montréal est très importante. Elle nous a permis d'écrire les grandes lignes du travail qui sera accompli au cours des cinq prochaines années», annonce le président du GIEC, Hoesung Lee, à l'issue de la rencontre qui s'est déroulée du 6 au 10 septembre.

Le groupe d'experts entend aussi s'entourer d'experts en communication pour mieux diffuser les grandes lignes de leurs rapports dans les milieux non scientifiques.

Retrait américain

Or, le GIEC fait face à une véritable crise financière depuis que le Congrès américain a approuvé, en mai dernier, un budget qui élimine les quelque 2 M$ envoyés annuellement à l'organisme. Les États-Unis étaient le plus gros bailleur de fonds du GIEC, et de loin. Les travaux sont menés avec un budget d'environ 8,8 M$, mais depuis quelques années, les gouvernements et les différentes branches de l'ONU ne le financent qu'à la hauteur de 4,3 M$. Le reste du budget est tiré des surplus accumulés de ses premières années de fonctionnement.

En date du 30 juin 2017, le GIEC avait reçu moins de 1 M$.

Selon le secrétaire du GIEC, Abdalah Mokssit, un groupe de travail a été formé afin de mobiliser de nouvelles sources de revenus.

«Il faut savoir que le GIEC est financé par des contributions volontaires de la part des pays membres, souligne M. Mokssit. À la suite de la mobilisation, plusieurs pays ont offert la possibilité d'augmenter leur contribution. D'autres pays qui n'avaient jamais contribué financièrement jusqu'ici contribuent désormais.»

Samedi, le Canada a annoncé qu'il doublait sa participation au GIEC, portant la contribution du gouvernement fédéral à 300 000$ annuellement jusqu'en 2021. À moins que d'autres pays en fassent autant, le Canada deviendra ainsi le 2e plus important bailleur de fonds du groupe d'experts, tout juste derrière l'Allemagne.

Mis à part cette annonce, M. Mokssit n'était pas en mesure de chiffrer les nouveaux revenus, préférant laisser aux pays membres le soin d'annoncer leurs engagements financiers.

Selon M. Lee, le GIEC sera en mesure de poursuivre ses activités malgré le départ annoncé des États-Unis.

Olivier Robichaud

Haro sur les événements extrêmes

En plus de l'ajout des trois rapports spéciaux, le Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat a annoncé dimanche qu'il portera une plus grande attention sur les enjeux climatiques locaux. Ceci les amènera à se pencher plus longuement sur les événements extrêmes, qui s'annoncent plus fréquents et plus intenses à cause des changements climatiques.

L'annonce a pris une allure solennelle, puisque l'ouragan Irma venait de toucher terre en Floride quelques heures plus tôt.

«Les événements météorologiques extrêmes sont un sujet particulièrement pertinent aujourd'hui, affirme M. Lee. Nous offrons nos condoléances aux victimes de l'ouragan Irma en Floride et dans les Caraïbes, ainsi qu'aux victimes de l'ouragan Harvey qui a frappé il y a si peu de temps.»

Gregory Flato, qui dirige un des groupes de travail du GIEC, rappelle qu'il est impossible de dire qu'un événement donné n'aurait pas eu lieu sans les effets des changements climatiques. Le GIEC se penchera toutefois sur les nouveaux risques et les nouvelles caractéristiques de certaines catastrophes naturelles.

«Les ouragans font partie du système météorologique de la Terre depuis très longtemps et ils le seront toujours à l'avenir. [...] Nous anticipons que ces grands orages verseront plus de pluie. L'intensité des très gros ouragans va aussi augmenter», souligne M. Flato.

Rappelons que l'ouragan Harvey a battu le record des plus importantes précipitations pour un système tropical aux États-Unis. Irma a atteint la catégorie 5, soit la catégorie d'ouragan la plus violente, et y est resté plus longtemps que tout autre ouragan de l'histoire.