DIVERTISSEMENT

«Olivier» : une enfance entre ombre et lumière

De cette série, il se dégage autant d'espoir que de misère.

10/09/2017 09:29 EDT | Actualisé 10/09/2017 09:50 EDT
Éric Myre

Les affiches promotionnelles d'Olivier sont à l'image de la série que présentera Radio-Canada à compter de ce lundi, 11 septembre, à 21h. Un garçonnet, le Olivier du titre (Anthony Bouchard), habillé aux couleurs des années 70, y fixe l'horizon, le regard incertain, les mains serrées sur son fidèle toutou et la valise carrée qui contient ses maigres possessions d'enfant de six ans abandonné à la naissance et balloté d'une famille d'accueil à l'autre.

Il se dégage autant d'espoir que de misère de cette image frappante. Exactement comme l'excellente fiction en huit épisodes d'une heure, poignante et bouleversante, écrite par Serge Boucher, réalisée par Claude Desrosiers et produite par André Dupuy et Josélito Michaud, respectivement des boîtes Amalga et Keep It Simple. «L'espoir malgré tout», c'est d'ailleurs le slogan accolé à ce portrait d'une période pas nécessairement glorieuse du passé du Québec.

Olivier

Le scénario d'Olivier est tiré du roman inspiré de l'enfance de Josélito Michaud, Dans mes yeux à moi, publié aux Éditions Libre Expression en 2011 (une réédition avec une couverture évoquant la série est déjà en vente). Dans le livre, le personnage principal vit ce que Josélito a jadis connu, soit le déracinement, les déménagements, les nouveaux foyers et de nouveaux entourages à apprivoiser régulièrement. Mais Josélito Michaud a aussi intégré des éléments du parcours de petits camarades rencontrés à l'époque à l'histoire de son protagoniste-pivot. Ce qui fait que l'Olivier de son récit est un amalgame d'événements vécus par lui-même et par d'autres. L'homme ne tient pas à départager le vrai du faux lorsqu'on le questionne à cet égard.

En ce qui a trait à Olivier, celui de la télévision, ce sur quoi insiste Josélito Michaud, ce sont les émotions : le communicateur affirme avoir été un jour ou l'autre secoué de tous les sentiments ressentis par Olivier dans son cheminement de gamin confié aux services sociaux. Serge Boucher, pour sa part, a eu l'entière liberté d'adapter à sa guise les mots de Josélito, celui-ci lui ayant accordé toute sa confiance. Non, Olivier ne recèle pas le même suspense qu'Aveux, Apparences ou Feux, les précédentes offrandes de Boucher, mais le résultat n'en est pas moins captivant et magnifique.

Puis, les nostalgiques prendront plaisir à redécouvrir les années 70 et 80 à travers une foule de références culturelles : on regarde Franfreluche, on s'émeut des exploits sur la glace de Ken Dryden, on feuillette des catalogues, les fillettes s'excitent de la présence de Ginette Reno àJeunesse d'aujourd'hui et rêvassent à Steve Fiset et Donald Lautrec, et les pré-adolescents arborent la «coupe René Simard».

Rayons de soleil

Olivier s'ouvre sur une scène qui était malheureusement trop fréquente dans les années de l'ère post-Duplessis, à la fin des années 60 : une fille-mère qui vient d'accoucher se fait enlever son poupon sans aucune forme de cérémonie.

On retrouvera Olivier cinq ans plus tard, alors que le couple aimant qui aurait tant voulu l'adopter, les Bilodeau (Sylvie De Morais et Francis-William Rhéaume), est forcé de laisser aller le petit. Ce sont les Surprenant (Sébastien Ricard et Évelyne Rompré) qui iront chercher le garçon et l'emmèneront sur leur ferme, à sept ou huit heures de Montréal.

Au premier coup d'œil à Monsieur Surprenant, Olivier flairera chez lui une sévérité et s'en méfiera. Avec raison. En père de famille froid, autoritaire, violent et alcoolique, qui roule abondamment ses «r» et dont le seul regard inspire l'inquiétude, Sébastien Ricard en impose.

Chez les Surprenant, c'est la devise «papa a raison» qui prime. On attend l'approbation du patriarche pour tout, on respire en silence, on respecte les 10 commandements, on ne regarde pas la télévision le jour parce que ce dernier est trop pingre. Peu doué pour traire les vaches, Olivier trouvera davantage ses aises à passer le balai et aider Madame Surprenant dans les tâches ménagères, ce qui lui vaudra les railleries de son père et ses frères d'adoption.

«T'es mon esclave, et les esclaves, ça obéit...», crachera M. Surprenant au visage d'Olivier, entre autres «gentillesses». Accueillant Olivier sous son toit davantage par «charité chrétienne» que par bonté pure, le tyran maintiendra que le sage Olivier «est une nuisance plus qu'autre chose». Et l'argent encaissé en échange de son hospitalité? «Ça paie les bonbons...», crânera-t-il.

Soyez-en avertis : plusieurs scènes lourdes et dures s'enchaînent dans les deux premières heures d'Olivier. L'atmosphère est pesante et n'alloue pas beaucoup de répit au petit héros qu'est Olivier, qui traînera ses soucis jusqu'en classe. On compatira également avec la pauvre Jeannine Surprenant, qui souffre un martyr peu commun aux côtés de son homme ; Évelyne Rompré offre une performance digne de mention dans ce rôle. Mais tout n'est pas sombre et sans issue non plus.

Car, dans cette noirceur, il y a des phares qui illumineront les yeux d'Olivier, qui lui permettront de tenir le coup et de se forger une résilience propre aux survivants de sa trempe. Des guides, qui rassureront l'enfant autant que le téléspectateur.

Comme ce coquillage offert par Madame Bilodeau, dont le son de la mer offrira un peu de réconfort à son jeune propriétaire. L'homme engagé des Surprenant, Adrien Lafleur (Simon Pigeon) lui témoignera une attention bienveillante. Un nouvel ami, François Tremblay (Adam Lapointe) invitera Olivier à sa fête d'anniversaire et le fera rêver avec tous ses jouets. Sœur Noëlla (touchante Isabelle Vincent), la directrice de l'école d'Olivier, comprendra vite que quelque chose ne tourne pas rond dans son environnement et, à coups de paparmanes, amadouera son jeune protégé. Même l'image du soleil qui plombe par la fenêtre au retour des pauses publicitaires d'Olivier nous rassurera, nous, témoins impuissants de la douleur du bambin : le chemin sera peut-être ardu, mais il s'ouvrira un jour sur un ciel bleuté.

Puis, pour persévérer, il y a les mensonges enfantins. «La vie est plus belle, on dirait», justifiera Olivier pour expliquer les fantasmes qu'il raconte à ses copains.

Rapidement, Olivier s'accrochera à l'idée d'atteindre ses 18 ans pour partir à Montréal. «Qu'est-ce que tu vas faire à Montréal?», lui demandera-t-on. «Je vais être libre», répondra-t-il de la candeur la plus authentique du monde.

Le mérite de l'enfant

Plus tard, le calvaire d'Olivier prendra fin. Il aboutira chez les Rivard (Kathleen Fortin et Jean-Marc Dalphond), puis les Dubreuil (Catherine Proulx-Lemay, Steve Laplante, France Castel, Émilie Bibeau et Sonia Cordeau), où il effectuera son passage de l'enfance à l'adolescence. Thomas Derasp incarne Olivier à l'âge de 16 ans, dans les quatre derniers épisodes. Dans les trois familles, on baignera dans trois univers distincts, trois couleurs diamétralement opposées. «On passe du jaune au noir au magenta», a précisé le réalisateur Claude Desrosiers.

Radio-Canada a juré, en point de presse, que la suite d'Olivier est beaucoup plus joyeuse que son début, lequel s'avère un passage obligé, fondateur, pour «savoir comment les enfants vivent après», pour comprendre les séquelles qui restent imprégnées ensuite. Peut-on s'en sortir? «On ne s'en sort pas, mais on vit avec», a sagement avancé Josélito Michaud, en entrevue. L'homme est aujourd'hui fier de pouvoir marteler que les «Tu vaux rien» entendus jadis n'ont pas eu d'impact sur sa personnalité d'aujourd'hui. Cette série qu'il présente aujourd'hui avec émotion, il l'avait promise à sa sœur qui, en 2011, avant de mourir, lui avait fait jurer que Dans mes yeux à moi serait un jour porté à l'écran.

Quelques extraits déjà dévoilés d'Olivier laissent d'ailleurs déjà présager de doux moments de tendresse. Mais, une chose est sûre : il faudra toujours garder notre boîte de mouchoirs à portée de main!

Le producteur André Dupuy a parlé d'Olivier comme d'un «aide-mémoire pour se rappeler d'où on vient», de ces années où «fermer les yeux était souvent une solution», d'un plaidoyer pour que «l'enfant ait le mérite qu'il mérite». Le système d'adoption et le fonctionnement des familles d'accueil du Québec d'hier seront bien illustrés au fil des semaines.

Olivier, le lundi, à 21h, à Radio-Canada, dès demain, 11 septembre, puis disponible en rattrapage sur Tou.tv.