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À la caméra, une réalisatrice doit prouver davantage qu'un réalisateur

«Sur un plateau il y a souvent plus d'hommes, des ambiances plus masculines et une femme peut se sentir exclue...»

08/09/2017 10:02 EDT | Actualisé 08/09/2017 10:05 EDT
bjones27 via Getty Images

Le sexisme au cinéma existe et, comme dans bien d'autres corps de métier, une femme doit en faire beaucoup plus qu'un confrère masculin, explique Joan Chemla, réalisatrice française du film Si tu voyais son coeur en compétition au Festival international du film de Toronto (TIFF).

Avez-vous dû faire face au sexisme dans votre métier?

Pour mes trois courts métrages, je n'ai jamais été confrontée à ce problème lié au fait que je sois une réalisatrice et pas un réalisateur. Je m'en suis aperçue pour mon premier long métrage. À compétences égales, il faut parfois prouver maintes fois plus qu'un réalisateur, mais sans aucune raison. Quel est l'enjeu entre un court et un long métrage? Un enjeu économique peut-être avec plus de pression par rapport à un budget, mais personnellement, j'ai fait ce long métrage avec la même application et le même professionnalisme. Sur un plateau il y a souvent plus d'hommes, des ambiances plus masculines et une femme peut se sentir exclue, c'est même parfois fait un peu exprès.

Les organisateurs du TIFF cherchent à tendre vers la parité avec plus de films réalisés par des femmes. Est-ce une solution pour éliminer toute disparité?

Quelle que soit la problématique, j'ai du mal à me mettre dans une position de victimisation, car les torts sont partagés. Les responsabilités incombent à la fois aux hommes et aux femmes et pour que les choses progressent, il y a aussi la façon dont une femme se positionne, et inversement un homme. On se construit nos propres prisons.

Dans votre métier, comment vous positionnez-vous face à cette question?

J'essaie de rester moi-même au-delà du genre. Jeune et débutante, je découvre les choses par moi-même et je n'ai pas d'idées figées, même si certains gardent des idées préconçues. Récemment, un professionnel renommé du cinéma m'a dit : «Joan, c'est incroyable, tu es restée féminine». Comme si une femme réalisateur perdait une partie de sa féminité!

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