POLITIQUE

Montréal en voie de rater sa cible de logements pour itinérants

La moitié des logements promis ont été livrés jusqu'à maintenant.

08/09/2017 06:17 EDT | Actualisé 08/09/2017 06:18 EDT
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La Ville de Montréal est en voie de rater une de ses plus ambitieuses cibles dans le cadre de son Plan d'action en itinérance, à quelques mois de l'échéance du plan. Seulement la moitié des 1000 logements promis ont été livrés.

Selon les chiffres obtenus en vertu de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et la protection des renseignements personnels, 436 logements ont été ajoutés au parc de logement social de la Ville depuis l'entrée en vigueur du Plan d'action 2014-2017. À cela s'ajoutent 78 unités qui ont reçu du financement, mais qui ne sont pas encore à l'étape de la mise en chantier.

Ces chiffres ne comprennent que les unités dédiées spécifiquement à la clientèle itinérante. Au total, 2370 unités de logement social et abordable ont été créés en vertu du programme AccèsLogis, y compris des unités pour des familles à faibles revenus et des personnes âgées.

«Projets novateurs» en attente

Dans son Plan d'action, la Ville prévoyait l'ajout de 600 logements sociaux traditionnels offerts en vertu du programme AccèsLogis. Cette cible a presque été atteinte, selon la Ville. Le problème réside plutôt du côté des 400 logements prévus pour des «projets novateurs» à mettre en place avec divers partenaires. Aucun projet de ce type n'a vu le jour jusqu'ici.

Selon la Ville, cette portion du Plan d'action en itinérance continue d'avancer.

«Nous en sommes à bâtir des montages financiers capables de supporter de faibles loyers et le coût pour assurer des services dans ces projets. Il est encore trop tôt pour faire des annonces publiques, mais des projets sont en cours de réalisation», indique la relationniste Linda Boutin.

Au cabinet du maire Denis Coderre, on souligne l'ambition des objectifs fixés en 2014.

«La Ville de Montréal s'est fixé des objectifs ambitieux en termes de logements sociaux et abordables [...]. Cet objectif est toujours d'actualité puisque nous sommes à 85% de notre cible pour les projets financés dans le cadre du programme AccèsLogis et que nous travaillons activement avec des partenaires tels que la SHDM pour réaliser la part de projets hors AccèsLogis. Des annonces vont être faites en temps et lieu», indique la relationniste du cabinet, Noémie Brière-Marquez.

Pour Pierre Gaudreau, directeur du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), les résultats de la Ville sont mi-figue, mi-raisin.

«Plus de 500 unités de logement, c'est une bonne chose. Mais nous sommes très déçus pour les 400 autres unités. D'autant plus que la Ville a souligné qu'elle pourrait utiliser la SHDM et elle ne l'a pas encore fait», affirme-t-il.

D'autres objectifs atteints

Plusieurs autres engagements de la Ville en vertu du Plan d'action en itinérance ont tout de même été respectés. La Ville a notamment procédé à un recensement de la population itinérante afin de mieux connaître les profils des populations itinérantes.

La Ville a également créé un poste protecteur des personnes en situation d'itinérance et lancé une consultation publique sur le profilage racial et le profilage social. La Commission de la sécurité publique de la Ville adoptera par ailleurs une série de recommandations à ce sujet lors d'une réunion publique qui se tiendra le 12 septembre à l'hôtel de ville.

Diverses mesures ont également été mises sur pied pour faire face aux situations spécifiques vécues par les itinérants autochtones et quatre sites d'injection supervisée, dont un mobile, ont été inaugurés cet été.

Au moins la note de passage

Le HuffPost Québec a contacté certains organismes qui viennent en aide aux itinérants. François Boissy, directeur général de la Maison du Père, estime que la Ville obtient «au moins» la note de passage pour son Plan d'action en itinérance.

M. Boissy n'a pas souhaité commenter davantage le plan puisque la Ville est partenaire de la Maison du Père dans plusieurs dossiers.

René Richard Cyr, porte-parole de l'organisme Le PAS de la rue, est plus nuancé.

«J'aurais envie de donner 0 sur 10 parce qu'il y a tellement de choses à faire, mais ça serait injuste. Il y a des actions qui sont prises par la Ville», affirme-t-il.

Le PAS dans la rue, un organisme qui vient en aide aux personnes âgées itinérantes, soulignait jeudi ses 20 ans d'existence lors d'un spectacle-cabaret organisé par des membres de sa clientèle. En février, il décriait une augmentation de 39% de sa clientèle.

Du côté de la Mission Old Brewery, le président et directeur général donne aussi une bonne note à la Ville.

«Le logement n'est pas la seule question quand on parle d'itinérance, mais c'est la pierre angulaire, affirme-t-il. La Ville s'est donnée un objectif ambitieux avec 1000 logements. S'ils ont atteint 500, je leur donnerais un C+ ou un B.»

Plus au public, moins au privé

L'opposition officielle est beaucoup moins tendre à l'égard du Plan d'action en itinérance. La chef de Projet Montréal accorde la note de 5 sur 10 à l'administration Coderre.

«Dans l'administration de mon adversaire, il y a deux points faibles: le transport et l'habitation. On est très loin des cibles qui ont été promises. [...] On a mis de côté 3 M$ dans le dernier budget pour des réserves foncières pour des projets d'habitation. Mais trois millions sur l'île de Montréal, c'est dérisoire», affirme Valérie Plante.

Mme Plante souligne que, depuis quelques années, l'arrondissement de Ville-Marie a perdu plusieurs maisons de chambres privées, «le dernier rempart avant de tomber dans l'itinérance». Ces immeubles sont souvent vendus pour créer des condos, par exemple.

L'automne dernier, le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) dénonçait la perte de deux maisons de chambres sur la rue Sainte-Catherine.

Selon le recensement effectué par la Ville en 2015, il y aurait 3000 personnes itinérantes dans la métropole. Divers organismes estiment toutefois que ce chiffre ne montre que la facette la plus visible de l'itinérance, soit l'itinérance chronique. Le chiffre de 30 000 itinérants a été avancé.