POLITIQUE

Le Parti québécois lance une offensive de promotion de l'indépendance

La première série de capsules vidéo porte sur différents sujets, dont la gestion des frontières.

05/09/2017 13:50 EDT | Actualisé 05/09/2017 17:47 EDT

MONTRÉAL - Un Québec indépendant traiterait plus rapidement les dossiers des demandeurs d'asile, mais ne donnerait plus à ceux-ci tous les mêmes droits qu'un citoyen.

C'est là un des éléments de promotion de l'indépendance présentés mardi par le chef péquiste, Jean-François Lisée, qui lançait à Montréal la campagne "50 + 1 réponses pour l'indépendance", une série de feuillets et de capsules vidéo visant à la fois à outiller l'argumentaire des militants et à sensibiliser l'électorat en général.

La première série de sept capsules porte sur différents sujets, dont la gestion des frontières.

On y indique qu'un Québec indépendant ne signerait pas le traité sur les tiers pays sûrs, de sorte que les demandeurs d'asile pourraient traverser la frontière normalement et faire leur demande sans devoir s'aventurer en pleine forêt.

M. Lisée soutient que les délais de traitement des demandes, qui peuvent atteindre jusqu'à trois ans, sont imputables à la décision de la Cour suprême d'octroyer aux demandeurs d'asile tous les droits d'un citoyen canadien dès qu'ils arrivent au pays. Il dit vouloir plutôt s'inspirer des pratiques d'autres pays, notamment en Europe, où les demandeurs ont le statut de demandeurs d'asile et n'ont pas les mêmes droits que les citoyens et où leurs demandes sont traitées beaucoup plus rapidement.

Les autres capsules font état des avantages de l'indépendance pour le financement des soins de santé, les pensions de vieillesse, la défense de l'agriculture et de l'eau potable, la promotion du français comme langue de travail et la capacité de bloquer le projet de pipeline Énergie Est.

Cégeps anglais

M. Lisée a par ailleurs cherché à préciser sa pensée sur l'accès des francophones aux cégeps anglais.

Selon lui, les cégeps anglais existent d'abord pour offrir une éducation postsecondaire à la communauté anglophone, ce qu'il qualifie de "droit inaliénable", et non pour desservir la clientèle francophone.

"On ne va pas étendre la loi 101 aux cégeps, mais certainement il y a des façons de faire en sorte que le cégep anglophone ne soit pas un bar ouvert et extensible, qu'il réponde au besoin pour lequel il existe _ c'est-à-dire la population anglophone du Québec", a-t-il précisé, ajoutant que, pour les francophones et allophones, il faut "que le besoin d'apprendre l'anglais soit satisfait au sein des cégeps francophones".

Pour y arriver, le chef péquiste estime qu'il serait donc opportun d'ajuster le financement des collèges anglais aux besoins de leur clientèle anglophone.

"Chaque année, les cégeps demandent partout au Québec des extensions. Le trésor public n'est pas sans fond. Il y a une gestion qui est à faire en fonction des besoins", a-t-il affirmé, tout en reconnaissant qu'il serait nécessaire d'améliorer l'enseignement de l'anglais dans les cégeps francophones pour arriver au même résultat que dans un collège anglophone.

Jean-François Lisée dit préférer cette approche parce que l'application de la loi 101 aux collèges aurait un "impact immédiat et direct" sur les clientèles. Cependant, ajuster le financement des collèges anglais à la clientèle anglophone, dans les faits, pourrait difficilement donner un résultat différent, là aussi à court terme.

Tout au plus le chef péquiste envisage-t-il la possibilité pour des étudiants francophones de faire une session dans un cégep anglophone pour parfaire leur maîtrise de la langue seconde et vice versa.

"Ça tient pas debout", a lancé en réaction le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, à Québec.

"Je pense qu'on a le droit d'aller (au cégep de notre choix), une fois atteint la majorité. (...) Si des jeunes adultes du Québec veulent aller au cégep en anglais, ils peuvent le faire", a affirmé le ministre.

Vote de confiance

Dans tous les dossiers, que ce soit la promotion de l'indépendance ou d'éventuelles restrictions à l'accès des francophones aux cégeps anglais, Jean-François Lisée se défend d'agir pour amadouer les membres de son parti à l'approche du congrès national du PQ, le week-end prochain.

Le leadership de M. Lisée sera alors soumis à un vote de confiance des délégués, une épreuve qui s'est avérée douloureuse dans le passé pour les Bernard Landry et Lucien Bouchard, notamment.

Jean-François Lisée, lui, dit n'avoir aucune crainte face à ce vote et, lorsqu'interrogé sur son objectif, a lancé cette boutade: "Je vous donne un chiffre: 100 pour cent... ce n'est pas ce que je vais avoir!"

Puis, il a ajouté qu'il ne voulait pas "faire de numérologie" et s'en est remis au jugement des militants. "Les militants du parti ont une maturité. Ils savent quoi faire. Ils connaissent le contexte. Je leur fais confiance", a-t-il dit.

En 2005, Bernard Landry avait surpris le milieu politique en remettant sa démission comme chef du PQ et député de Verchères après avoir recueilli 76,2 pour cent d'appuis lors d'un vote de confiance. Il avait par la suite admis avoir regretté cette décision.

Lucien Bouchard avait également été ébranlé par un vote de 76,7 pour cent lors du congrès national de 1996, peu de temps après l'échec du référendum de 1995, mais il était revenu en force, obtenant un appui de 90,9 pour cent lors du congrès de 2000.

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