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Immigration: Trump aurait décidé de mettre fin au programme des «Dreamers»

Le programme permet à des centaines de milliers de jeunes immigrants clandestins de rester aux États-Unis.

04/09/2017 07:49 EDT | Actualisé 04/09/2017 19:24 EDT
Bloomberg via Getty Images

Le président Donald Trump devrait annoncer mardi qu'il mettra fin à la protection des jeunes migrants qui sont entrés illégalement aux États-Unis alors qu'ils étaient encore enfants, selon des sources proches du dossier.

Cette mesure n'entrera toutefois pas en vigueur avant six mois, vraisemblablement pour donner le temps au Congrès de décider s'il souhaite ajuster la législation concernant le programme appelé "Deferred Action for Childhood Arrivals" (DACA) aux États-Unis.

Difficile de savoir pour l'instant ce qu'il adviendra des permis de travail de ces "dreamers" après cette période de six mois. Les deux sources qui se sont exprimées sous le couvert de l'anonymat n'ont pas précisé non plus ce qui arriverait si le Congrès n'arrivait pas à trouver une mesure de remplacement.

Le président Trump, qui jonglait avec cette décision depuis des mois, est reconnu pour changer souvent d'idée, et il n'est pas exclu qu'il recule sur sa décision.

La nouvelle avait été annoncée en premier par le site Politico dimanche soir.

Le programme DACA, adopté sous la présidence de Barack Obama, protège de la déportation près de 800 000 jeunes sans papiers et leur permet de travailler à l'aide d'un permis de travail renouvelable tous les deux ans.

Le président Trump subissait les pressions de certains républicains qui menaçaient de poursuivre son administration si elle ne mettait pas fin au programme. M. Trump était tiraillé personnellement par cette idée.

Plusieurs de ces "dreamers" sont arrivés aux États-Unis alors qu'ils étaient enfants et n'ont aucun souvenir de leur pays natal. Le terme "dreamers" ("rêveurs", en français) provient du nom d'un précédent projet de loi visant à accorder un statut légal aux jeunes migrants sans papiers, mais qui n'a jamais été approuvé par le Congrès.

"Un sujet très difficile"

Pendant sa campagne à la présidence, M. Trump jugeait que le programme DACA offrait une "amnistie illégale" et avait promis de l'abolir. Mais depuis son élection, il semblait moins convaincu. Il a même dit à l'Associated Press que les personnes couvertes par ce programme pouvaient "dormir tranquilles".

"C'est un sujet très difficile pour moi, je vais vous dire. Pour moi, c'est l'un des sujets les plus difficiles", avait-il dit en conférence de presse au mois de février.

"Il y a des enfants absolument incroyables _ je dirais même, la plupart. J'aime ces enfants."

Et pendant ce temps, son administration a continué à évaluer les demandes et à renouveler les permis, au grand dam de plusieurs partisans de la ligne dure en matière d'immigration.

L'annonce prochaine du président Trump a attiré les foudres tant des partisans que des opposants au programme DACA.

"Mettre fin au DACA nous permet de ramener la règle de droit. Mettre un délai pour que les leaders républicains puissent défendre l'amnistie correspond à un suicide pour les républicains", a commenté le représentant de l'Iowa Steve King, qui avait qualifié le programme d'inconstitutionnel.

"Si les nouvelles sont vraies, le président Trump devrait se préparer à un combat pour les droits civiques", a pour sa part écrit le sénateur démocrate du New Jersey Bob Menedez.

Une nouvelle vie

En juin 2012, le programme Daca ("Deferred Action for Childhood Arrivals") a donné aux "Dreamers" un permis de travail ou d'étudier. Avant cela, ces jeunes sans-papiers étaient constamment menacés d'expulsion vers des pays d'origine qu'ils connaissent à peine.

"Daca m'a permis d'avoir une nouvelle vie", confie Tomas.

Mais son permis doit être renouvelé tous les deux ans et il n'est maintenant plus certain de pouvoir poursuivre un doctorat en chimie organique.

Selon plusieurs médias américains, le président Donald Trump aurait pris sa décision: mettre fin à Daca tout en différant son abrogation de six mois pour permettre au Congrès de proposer une solution de remplacement.

Si le président américain confirme mardi la fin du programme, les "Dreamers" pourraient se retrouver sans permis de travail dès l'année prochaine et devraient vivre une nouvelle fois dans la peur des descentes des services d'immigration.

"Il y a des gens pour qui retourner dans leur pays est une sentence de mort", dit Tomas. Ce n'est pas le cas pour l'Argentine, dit-il, mais certainement pour d'autres pays d'Amérique latine.

Depuis cinq ans que Daca est en vigueur, les jeunes sans-papiers ont contracté des crédits, acheté des voitures et des maisons et élevé des enfants.

Si le programme est éliminé, "vous perdez votre vie", se lamente Tomas.

"Vous perdez votre capacité à rembourser vos prêts, ce qui ne vous affecte pas seulement vous, cela affectera aussi les banques, cela affectera l'économie. Des milliers de personnes en défaut de paiement sur un ou deux prêts, c'est beaucoup d'argent", souligne-t-il.

Il y a aussi l'impact psychologique.

"Vous vous sentez inutile (...) Vous avez l'impression de n'avoir d'appartenance" nationale, dit-il.

Préparer le pire

Le programme Daca est aussi vigoureusement défendu par une large coalition qui inclut l'opposition démocrate, quelques républicains et nombre des chefs d'entreprises et d'associations professionnelles.

Parmi ces soutiens, le chef de file des républicains à la Chambre des représentants, Paul Ryan et le gouverneur républicain de Floride Rick Scott. Les deux hommes plaident pour que le programme soit conservé d'une manière ou d'une autre.

"Je crois que c'est quelque chose qu'il appartient au Congrès de résoudre", a déclaré Paul Ryan sur une radio locale de Floride.

"Je ne suis pas partisan de punir les enfants pour les actes de leurs parents", abonde Rick Scott, un partisan de Donald Trump qui milite pour une politique de fermeté sur l'immigration clandestine.

Si son permis de travail qui expire en octobre 2018 n'est pas renouvelé, Tomas craint de se retrouver dans la rue.

"Mais je me suis préparé à ne pas avoir de permis de travail, à économiser financièrement", dit-il. "Après cela, j'essaierai de déterminer la suite de ma vie."

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