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Boeing fait valoir un combat plus large dans sa plainte contre Bombardier

Un conflit transfrontalier majeur qui pourrait avoir des ramifications à long terme pour l'avenir du secteur aéronautique en entier, selon Boeing.

04/09/2017 20:24 EDT | Actualisé 04/09/2017 20:27 EDT

Boeing n'a aucunement l'intention de renoncer à sa plainte commerciale contre son rival québécois Bombardier — un conflit transfrontalier majeur qui pourrait avoir, selon le géant américain des transports, des ramifications à long terme pour l'avenir du secteur aéronautique en entier.

Les conséquences potentielles du conflit Boeing-Bombardier vont au-delà de toute entente particulière — surtout pour Boeing, a fait valoir le président de la division internationale de Boeing, Marc Allen.

Critiquant l'aide de longue date des gouvernements à Bombardier, M. Allen a affirmé en entrevue à La Presse canadienne que celle-ci avait «dépassé toutes les bornes en 2016».

Boeing (NYSE:BA) a déposé plus tôt cette année une plainte contre Bombardier, alléguant que des subventions et des prêts du gouvernement du Québec et du fédéral lui avaient permis de vendre ses avions commerciaux de la CSeries à des prix «dérisoires».

Lorsque le département américain du Commerce et la Commission du commerce international affiliée ont convenu en mai d'enquêter sur la plainte, le gouvernement Trudeau a lancé un avertissement, menaçant d'abandonner son plan d'achat intérimaire de plusieurs milliards de dollars de 18 avions de combat Super Hornet de Boeing.

Boeing avait d'abord espéré résoudre le conflit par la voie diplomatique, a dit M. Allen, et avait convaincu le gouvernement américain l'an dernier d'envoyer une note officielle au Canada.

«Il n'y a tout simplement pas eu de réponse. Il était clair qu'il n'y aurait aucune avancée, et que si tout progrès devait être réalisé, ce serait par l'entremise d'une certaine forme d'action coercitive», a-t-il soutenu.

Boeing était consciente que la plainte susciterait une réaction forte de la part d'Ottawa, a poursuivi M. Allen, mais la direction a décidé qu'elle devait agir afin de protéger les intérêts plus larges de l'entreprise.

Et bien que le géant américain de l'aéronautique — qui emploie aussi des milliers de travailleurs à travers le Canada — préférerait encore en arriver à une résolution par des moyens plus amicaux, M. Allen a dit s'attarder uniquement à l'atteinte de ses objectifs.

«Il n'y a certainement pas le désir de faire quelque chose qui vexerait n'importe lequel de nos clients ou de nos partenaires d'États souverains. Mais nos efforts pour le respect de nos intérêts dans un environnement de l'aéronautique à armes égales sont d'une très grande importance», a dit le président de la division internationale de Boeing.

L'attitude agressive de Boeing a été remise en question par certains observateurs; les avions de la CSeries fabriqués par Bombardier ne sont pas en concurrence directe avec les avions de ligne sur le marché de l'entreprise américaine.

Toutefois, M. Allen a souligné que la situation s'apparente à la rapide ascension d'Airbus, le consortium européen constitué dans les années 1970 qui est devenu la deuxième entreprise aéronautique en importance au monde.

«Nous avons pu observer un autre rival entrer sur le marché d'une manière très similaire. En rétrospective, je crois que vous trouverez un peu partout dans l'aéronautique aux États-Unis des gens (...) qui diraient qu'ils auraient espéré avoir combattu des règles du jeu inéquitables», a-t-il fait valoir.

Boeing et Airbus sont pris dans leur propre conflit commercial devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis plus de dix ans.

Plusieurs responsables de la défense et représentants de l'industrie ont entouré le 25 septembre sur leur calendrier; il s'agit de la date à laquelle le département américain du Commerce doit dévoiler ses conclusions préliminaires dans l'enquête sur Bombardier.

M. Allen a toutefois dit s'attendre à ce que le litige se poursuive en 2018, alors que les officiels américains vont finaliser leurs conclusions et décider s'ils imposeront des amendes ou des droits contre l'avionneur québécois.

Cela pourrait forcer le gouvernement libéral fédéral à déterminer s'il met en vigueur l'achat des avions Super Hornet, ou s'il abandonne son projet de remplacement intérimaire jusqu'à la décision finale sur le remplacement des CF-18.

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