POLITIQUE

Il faut «cesser de nier» la montée de l’extrême droite, dit Régis Labeaume

« Je ne pense pas qu’on soit différent des autres», répond Philippe Couillard.

31/08/2017 18:01 EDT | Actualisé 01/09/2017 06:28 EDT
LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

QUÉBEC – Le maire de Québec, Régis Labeaume, pense qu'il faut « cesser de nier » la montée de l'extrême droite au Québec, après que la communauté musulmane de sa ville a été une fois de plus visée par un crime « haineux ».

Mercredi, on apprenait que la voiture du président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Mohamed Labidi, a été incendiée au lendemain de l'annonce de la vente d'un terrain pour un cimetière musulman dans la Capitale nationale. Les autorités policières restent prudentes et se contentent de dire que le crime haineux n'est qu'une « hypothèse » pour l'instant.

« Écoutez, si ce n'est pas un geste haineux, c'est un méchant hasard, a rétorqué M. Labeaume, jeudi. Alors il ne faut juste pas être naïf, [les policiers] ne le disent pas parce qu'ils ne peuvent pas le dire, c'est normal. Moi, je pense que ce serait naïf de ne pas le dire. Que ce soit un hasard que ça arrive à la voiture de M. Labidi, sur sa propriété, honnêtement, j'en doute. »

M. Labeaume, qui rencontrait l'ancien premier ministre français Alain Juppé, prétend qu'il n'est pas le seul maire à penser que l'extrême droite gagne du terrain. « Tout le monde dit la même chose : ils sentent une montée de l'extrême-droite. Tout le monde le dit : ça existe. Alors, il faut cesser de nier ça », a renchéri le maire de Québec en point de presse.

M. Labeaume s'était dit « profondément déçu » et « sous le choc » d'apprendre que la communauté musulmane de Québec avait été une fois de plus visée par des gestes à caractère haineux. Quelques jours après que la voiture de M. Labidi a été incendiée, des excréments ont été retrouvées devant la porte de la Grande Mosquée de Québec.

En janvier dernier, six personnes ont été abattues de sang-froid pendant la prière du soir à la Grande Mosquée. La tragédie a fait cinq blessés et a laissé dix-sept enfants orphelins.

Couillard plus prudent

Le premier ministre Philippe Couillard, lui, a été plus prudent dans ses commentaires sur la montée de l'extrême droite, en disant qu'il ne voulait pas pointer les Québécois du doigt. Il maintient que ce courant « s'exprime plus » partout au monde.

« Je ne pense pas qu'on soit différent des autres, a-t-il soutenu. Au contraire, on a démontré à plusieurs reprises dans notre histoire une grande capacité d'accueil et d'hospitalité. Pensez aux Syriens, pensez aux boat people... Mais il faut se ressaisir. Lorsqu'on voit des nouveaux arrivants chez nous, il faut se souvenir que ça vient d'un phénomène qui est plus large, qui est complexe. »

S'il se garde de tirer des conclusions « trop hâtives » sur la voiture incendiée de M. Labibi, le premier ministre Couillard convient que « beaucoup d'éléments pointent vers un crime à caractère haineux ». « Il est temps pour notre société, pas seulement dans la région de Québec, de voir ça arriver et de réagir fortement en témoignant de notre solidarité », a-t-il plaidé.

« Bien sûr, avec la liberté d'expression vient la possibilité de dire des conneries et parfois même des horreurs, a-t-il dit jeudi après-midi. C'est à la société de réagir, non pas en brimant la liberté d'expression, mais de condamner par la parole ces paroles inacceptables. »

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