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La voiture de Mohamed Labidi, le président du Centre culturel islamique de Québec, a été incendiée

Le principal intéressé est persuadé d'avoir été victime d'un «crime haineux».

30/08/2017 11:56 EDT | Actualisé 30/08/2017 17:57 EDT
ALICE CHICHE via Getty Images

De toute évidence, les forces de l'ordre veulent éviter de tirer une conclusion hâtive en ce qui a trait à l'incendie criminel qui a ravagé le véhicule du président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Mohamed Labidi, plus tôt durant le mois.

Dans un message publié en ligne, le CCIQ a indiqué noir sur blanc que M. Labidi avait été victime d'un "crime haineux" lorsque sa voiture avait été la proie des flammes le 6 août dernier. Le CCIQ a aussi été le triste théâtre d'un attentat qui a coûté la vie à six membres de la communauté musulmane dans une fusillade, en janvier dernier.

Or, le lieutenant Jean-François Vézina du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) n'est pas prêt à aller aussi loin.

Devant plusieurs journalistes, il a rapidement pris le taureau par les cornes, mercredi, en soulevant la question qui était sur toutes les lèvres.

Il s'est en effet demandé à haute voix s'il y avait lieu de décrire ce qui s'est produit, il y a maintenant plus de trois semaines, comme un "acte haineux".

Il a ensuite répondu à cette interrogation sans ciller.

"Je crois qu'il faut faire attention. C'est une hypothèse qui est envisagée", a-t-il déclaré d'un ton posé.

M. Vézina a ensuite mentionné que, pour l'instant, le SPVQ n'a pas encore "d'individus précis" dans sa mire.

Du même souffle, il a invité la population à collaborer étroitement avec les enquêteurs pour qu'ils puissent éventuellement épingler les personnes responsables de cet épisode hautement troublant pour le président du Centre culturel islamique de Québec et pour ses proches.

Avant le point de presse de Jean-François Vézina, le CCIQ avait soutenu par écrit que le feu avait pris naissance en pleine nuit dans le véhicule de Mohamed Labidi qui était garé devant son domicile.

L'organisation avait ajouté que le brasier avait provoqué suffisamment de dégâts pour que le véhicule soit considéré comme une "perte totale".

Le maire de la Vieille Capitale, Régis Labeaume, a souligné, mercredi, que, malgré sa gravité, l'histoire a mis du temps à faire surface pour une raison fort simple.

"Le silence était la meilleure chose pour faire progresser l'enquête", a-t-il dit d'un ton sans appel alors qu'il rencontrait les médias.

M. Labeaume a insisté sur le fait que ce qui s'est produit l'a dégoûté au plus haut point.

Il a précisé que lorsqu'il a été informé de la nouvelle, il était non seulement "sous le choc", mais aussi "profondément déçu".

Dans le but sans doute de se faire rassurant, Régis Labeaume a martelé un message bien clair devant les caméras et les microphones.

"Ce qui s'est passé ne ressemble pas à Québec. Québec est une ville ouverte où tous et toutes doivent pouvoir vivre ensemble en sécurité et dans le respect", a-t-il lancé avec conviction.

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, estime que le fait que l'enquête évalue la possibilité d'un crime haineux "ajoute une couche".

"Un crime, c'est inacceptable, mais un crime haineux, c'est encore plus inacceptable".

Et cela, parce que cela vise des gens qui ont une appartenance à une communauté, à une religion ou qui ont une couleur de peau particulière, a expliqué le ministre. "Le Québec qu'on veut tous est un Québec inclusif".

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a lui aussi dénoncé ce crime "inacceptable" en conférence de presse.

"J'appelle tous les Québécois à être solidaires dans la dénonciation de cet acte de violence", a déclaré le chef.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a vivement déploré les nombreux actes de haine qui ont visé le Centre culturel islamique de Québec. Elle croit que la montée de l'extrême droite au Québec est indéniable et dit craindre cette "spirale de la haine".

"Cette accumulation d'incidents haineux envers la communauté musulmane de Québec dans les derniers mois est angoissante. Est-ce que je dois rappeler que cette même communauté a été victime d'un attentat ayant coûté la vie à six personnes pas plus tard qu'en janvier dernier?", a-t-elle écrit dans un communiqué.

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