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«Doggy dans Gravel», du théâtre vidéoclip

«Je m’interroge depuis longtemps sur la vulgarité et la violence qui ont émergé dans la culture pop.»

25/08/2017 15:41 EDT | Actualisé 28/08/2017 11:08 EDT
CathLanglois

À ce jour, plus de 30 000 internautes ont visionné la première bande-annonce de Doggy dans Gravel, une pièce de théâtre aux allures de vidéoclip, avec un rythme ahurissant, des mouvements extrêmement chorégraphiés et une réflexion aussi drôle que percutante sur la culture pop. À quelques jours de la première montréalaise, le HuffPost Québec s'est entretenu avec l'auteur et metteur en scène de la pièce, Olivier Arteau.

D'où vient cette réflexion sur l'influence de la culture pop dans nos vies?

Je m'interroge depuis longtemps sur la vulgarité et la violence qui ont émergé dans la culture pop. Elles ont toujours existé, mais je trouve que les gens de ma génération, ceux de plus ou moins 25 ans, ont grandi avec des modèles comme Eminem, Britney Spears ou les Pussycat Dolls. Et j'ai réalisé à quel point cette culture nous habitait, changeait notre façon de nous mouvoir, de nous comporter et d'interagir avec les autres. Comme si on vivait souvent à travers le désir, en calquant nos comportements sur ces modèles très sexy.

Tu questionnes aussi l'impact de l'imagerie sexuée dans la vie des jeunes. De quelle façon?

La quantité d'images qu'on peut consommer a un effet direct sur notre corps et notre sexualité en devenir. J'ai appris que les menstruations arrivent beaucoup plut tôt qu'avant chez les jeunes filles. Une théorie affirme qu'elles verraient tellement d'images sexuelles et érotiques au quotidien que leur corps se transformerait et leur indiquerait qu'elles sont prêtes à être en mode reproduction à 10 ans. Au final, l'enfance se raccourcit, pendant que l'adolescence s'allonge, étant donné qu'on veut devenir adulte le plus tard possible.

La pièce aborde également la difficulté, chez les adolescents, de se définir et de se conformer au groupe. En quoi la culture ambiante accentue tout ce que les ados vivent?

L'adolescence est un moment où il faut absolument appartenir à quelque chose de précis pour essayer de gérer son existence. On pousse le conformisme au groupe à l'extrême. Mais en parallèle, la mondialisation nous crée des besoins si précis qu'on est en perte d'individuation. D'une part, on est pris à incarner certains stéréotypes en société, mais on a de moins en moins de choix sur ce qu'on veut devenir, à cause de la société de consommation. Les jeunes adultes sont en perte de repères. On ne sait plus où se pitcher.

Tu analyses les thèmes de ta pièce avec beaucoup de sérieux, mais le ton du spectacle l'est-il tout autant?

Quand j'ai une plate-forme pour m'exprimer, j'ai tendance à l'utiliser pour faire voir le deuxième degré, mais la pièce est extrêmement drôle, ironique, transgressive et très crue. La vulgarité n'est pas dénuée de sens. Il y a moyen d'être edgy et d'exprimer certains comportements de façon très vraie et très humoristique.

Dans l'histoire, on suit Maverick et ses amis scouts dans un après-bal. Qu'est-ce qui leur arrive?

Maverick a passé une journée complète sur YouTube à visionner tout ce qu'il pouvait consommer, d'un clic à l'autre, en suivant les vidéos qu'on lui suggère, jusqu'à regarder des femmes se faire violer et des ornithorynques agoniser sur une plage... Peu après, il se rend avec ses amis à l'après-bal pour vivre tout ce qu'il a vu. Il rencontre trois filles dévergondées et il veut assouvir ses envies de french et de sexe.

«Doggy dans Gravel»

Il est entouré d'une dizaine de personnages assez stéréotypés, non?

Oui, on passe du rejet à l'intello, en passant par la fille extrêmement hot qui dit beaucoup, mais qui fait peu. Ce sont des personnages très grossiers, avec des maquillages exagérés, qui ont été conçus en accord avec leurs stéréotypes. Cette exagération monstre finit par fondre durant le show. Les personnages qui ont des masques tentent de sortir du faciès qu'on leur a imposé, en essayant d'être de plus en plus vrais. Le ton du jeu change et on a accès à leur vulnérabilité.

Jusqu'où vas-tu dans la mise en scène pour évoquer la structure des vidéoclips?

Mon but est de trouver comment chasser l'ennui au théâtre. Comme on consomme tout à la vitesse de l'éclair, en changeant de vidéo sur YouTube après 15 secondes ou en ouvrant 10 vidéos de porno pour en choisir une qu'on ne regardera pas jusqu'au bout. On est dans la surconsommation d'images. J'avais envie de faire la même chose au théâtre, en créant un texte et une mise en scène extrêmement chargés, où tout se bouscule. Je veux voir si c'est un rythme qui permet aux jeunes de consommer du théâtre et comment ça influence la construction du récit.

La pièce met en scène les comédiens Marie-Josée Bastien, Ariel Charest, Gabriel Cloutier Tremblay, Jean-Philippe Côté, Étienne d'Anjou, Angélique Patterson, Steven Lee Potvin, Pascale Renaud-Hébert, Vincent Roy, Nathalie Séguin et Dayne Simard.

Elle sera présentée à la Salle Fred-Barry du 29 août au 16 septembre 2017. Cliquez ici pour plus de détails.

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