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Cinq ans de prison pour l'héritier Samsung dans le cadre du scandale de corruption en Corée du Sud

Cela pourrait avoir un influence sur l'entreprise qui domine le marché des téléphones intelligents.

25/08/2017 10:30 EDT | Actualisé 25/08/2017 10:47 EDT

L'héritier de l'empire Samsung a été condamné vendredi par la justice sud-coréenne à cinq ans de prison pour corruption dans le retentissant scandale qui a emporté la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye.

Ce jugement pourrait priver le premier fabricant mondial de smartphones de capitaine pendant un bon moment, et partant, nuire à sa capacité de prendre des décisions d'investissements cruciales. Mais Samsung Electronics a assuré avoir une équipe solide au gouvernail.

Le parquet avait requis 12 ans de réclusion contre Lee Jae-Yong, vice-président de Samsung Electronics et fils du président du groupe Samsung, Lee Kung-Hee.

M. Lee, 49 ans, a été reconnu coupable de corruption, abus de bien sociaux, parjure et d'autres chefs en rapport avec des versements à la confidente de l'ombre de Mme Park, Choi Soon-Sil.

La justice a estimé qu'il a versé un total de 8,9 millions de wons (6,6 millions d'euros) pour acheter le soutien du gouvernement à la passation générationnelle du pouvoir au sommet du groupe à la suite de la crise cardiaque de son père en 2014.

M. Lee dément tout, sa défense expliquant qu'il n'était pas au courant de ces transferts et ne les avait pas approuvés.

"Il a proposé des pots-de-vin en réponse aux demandes insistantes de la présidente", a tranché le tribunal. Concernant 22 autres millions de wons versés à des fondations contrôlées par Mme Choi, il a été relaxé, la justice jugeant que Samsung n'avait pas eu d'autre choix que de se plier aux pressions présidentielles.

Deux autres cadres dirigeants ont été condamnés à des peines allant jusqu'à quatre ans de prison, deux à du sursis.

Les conseils de M. Lee ont annoncé leur intention de faire appel tandis que ses partisans rassemblés devant le tribunal éclataient en sanglots.

Le 'minimum'

Dans un contexte de frustrations économiques et sociales croissantes, les patrons de chaebols --comme sont appelés les conglomérats sud-coréens-- avaient fait l'objet de l'ire des manifestants qui réclamaient pendant des mois le départ de Mme Park. Samsung, qui pèse un cinquième du PIB, est de loin le premier de ces chaebols.

Le tribunal avait reçu des centaines de demandes pour les 30 sièges réservés au public dans la salle d'audience 417, qui ont été attribués au tirage au sort.

Le procès de Mme Park a débuté dans cette même salle en mai. Le père de M. Lee est aussi passé dans ces murs: il avait été condamné en 2008 à du sursis pour évasion fiscale.

Le jugement devrait apporter de l'eau au moulin du successeur de Mme Park, Moon Jae-In, qui a promis de faire table rase des relations de corruption profondément enracinées entre pouvoirs politique et économique.

Les chaebols de la quatrième économie d'Asie entretiennent de longue date des accointances malsaines avec le pouvoir politique. Dans le passé, les errements de leurs dirigeants ont souvent été sanctionnés par des peines légères, en reconnaissance des services rendus à l'économie.

La condamnation de M. Lee est la plus lourde jamais infligée à un patron de chaebol en exercice, souligne Chung Sun-Sup, directeur du site d'analyse chaebul.com.

"Compte tenu du fait que M. Lee a été reconnu coupable des cinq chefs pour lesquels il était poursuivi, cinq ans c'est le minimum qu'ils pouvaient faire", dit-il à l'AFP.

Le clan Lee ne détient directement que 5% du capital de Samsung Electronics mais contrôle le groupe via un écheveau complexe de participations croisées entre filiales.

Le tribunal a jugé que Mme Park savait que M. Lee voulait obtenir l'aval du gouvernement à la fusion controversée de deux unités en 2015, vue comme une étape clé pour la transition en douceur au sommet du groupe.

'Famille régnante'

Des actionnaires minoritaires étaient montés au créneau contre cette opération qui sous-estimait délibérément selon eux la valeur de l'une des unités concernées.

Depuis la maladie de son père, M. Lee est le dirigeant de facto de Samsung mais les analystes sont partagés sur l'impact de la sentence.

Chung Sun-Sup souligne que les décisions sur les investissements majeurs sont "souvent sanctionnées par le patriarche de la famille régnante". Avec l'héritier en prison, le processus décisionnel pourrait être ralenti.

Mais pour Geoffrey Cain, auteur d'un livre à paraître sur Samsung, le groupe ne "sera pas maudit" sans M. Lee. "Les chaebols sont habitués à voir leur leader en prison".

Samsung ne semble pas affecté pour l'instant par le scandale alors que M. Lee est en détention provisoire depuis février.

Samsung Electronics a annoncé une succession de bénéfices spectaculaires grâce aux puces mémoire qui entrent dans la fabrication des ordinateurs, des serveurs et des mobiles.

Cette semaine, il a dévoilé sa dernière "phablette", le Galaxy Note 8, qui doit lui permettre de tirer un trait sur la débâcle de sa version précédente aux batteries explosives.

"Samsung Electronics dispose d'une équipe de direction solide", a dit le géant dans un communiqué. "Cette équipe a fourni une performance hors pair et continuera à mener nos opérations sans être perturbée" par le "processus judiciaire en cours".

L'action, qui s'est envolée ces derniers mois, a terminé en baisse de 1,05%.

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