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L'UMQ interpelle les sénateurs américains pour régler la crise du bois d'oeuvre

«Il faut être réaliste, je ne pense pas que ça arrive demain, mais on pourrait y arriver rapidement.»

24/08/2017 09:05 EDT | Actualisé 24/08/2017 15:04 EDT
Getty Images/iStockphoto

Alors que la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) mobilise l'attention du Canada et des États-Unis, l'Union des municipalités du Québec (UMQ) a envoyé une lettre aux 100 sénateurs du Congrès américain, mercredi, pour leur enjoindre de mettre de la pression afin de régler le conflit du bois d'œuvre.

Le vice-président de l'UMQ et maire de Drummondville, Alexandre Cusson, espère que le dossier puisse se régler rapidement. «Il faut être réaliste, je ne pense pas que ça arrive demain, mais on pourrait y arriver rapidement», a-t-il commenté en entrevue avec La Presse canadienne.

Les municipalités ont choisi de s'adresser aux sénateurs américains parce qu'ils ont «de l'influence dans le dossier», selon ce qu'a constaté l'UMQ après avoir dépêché une délégation à Washington en mai dernier.

Bien qu'ils soient influents, ces sénateurs seraient toutefois mal informés sur les particularités du régime forestier québécois, d'après M. Cusson. «Le système québécois est calqué sur le système de 16 États américains. C'est très différent du système de la Colombie-Britannique», souligne le signataire de la lettre.

Dans la missive, on peut lire que le Québec a adopté «des réformes radicales» dans son régime forestier en 2013. Ces réformes ont «introduit un processus d'enchères» qui se compare à celui en vigueur dans les 16 États auxquels le vice-président de l'UMQ fait référence.

Confiant d'arriver à une entente

Malgré toute l'attention accordée à la renégociation de l'ALÉNA, Alexandre Cusson est persuadé que le gouvernement du Canada pourra «gérer deux dossiers en même temps». «Le gouvernement du Canada nous a assuré que c'était une priorité et que c'était traité comme un dossier individuel», rapporte le maire de Drummondville.

Il se dit confiant qu'une entente sera signée à court terme, et ce, pour deux raisons. «Un, les Américains ne peuvent pas suffire à leur propre demande de bois. Deux, nous sommes leur partenaire principal au niveau économique», énumère-t-il.

Alexandre Cusson ajoute que les sanctions déjà adoptées par les États-Unis ont commencé à causer des dommages des deux côtés de la frontière. «Il y a des prix de maisons qui augmentent aux États-Unis et des pertes d'emplois au Québec», affirme le vice-président de l'UMQ, qui croit fermement que la solution se trouve dans une entente négociée.

Dans la lettre envoyée aux sénateurs, l'UMQ souligne que la crise «touche directement la classe moyenne des deux pays».

Pour cette raison, les municipalités implorent les sénateurs de faire pression afin de régler ce conflit qui perdure depuis 35 ans. Alexandre Cusson croit cependant que le lobby des producteurs de bois des États-Unis ne souhaite pas que le dossier se règle.

Le Canada prêt à emprunter la voie juridique faute d'entente

Alors que les négociations sur le bois d'oeuvre avec les États-Unis traînent en longueur, le gouvernement canadien affirme qu'il se prépare à la prochaine phase de ce différend, qui a toujours été une étape nécessaire afin de régler cette dispute commerciale récurrente entre les deux pays: la voie juridique.

L'ambassadeur du Canada aux États-Unis a affirmé qu'Ottawa et Washington travaillent d'arrache-pied pour conclure un accord et qu'ils vont continuer de le faire.

Mais David MacNaughton a indiqué que le dossier pourrait prendre une tournure juridique alors que l'industrie américaine du bois d'oeuvre refuse de conclure un accord.

"Nous allons tout faire dans les prochains temps pour tenter d'arriver à un accord juste et équilibré avec les États-Unis", a déclaré l'ambassadeur MacNaughton jeudi lors d'un événement réunissant des représentants de plusieurs provinces.

"Si ce n'est pas possible, nous avons tous convenu que nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour dénouer cette affaire afin d'en arriver à une entente juste, comme c'était le cas par le passé."

Ce ne serait pas la première fois. L'enjeu a régulièrement été amené devant les tribunaux au fil des décennies. Cette fois, l'ironie est que le conflit se déroulerait probablement dans le système de résolution des différends prévu au chapitre 19 de l'ALÉNA, au moment même où les négociateurs américains demandent au Canada d'annuler le chapitre 19.

C'est une des raisons pour lesquelles les deux pays ont tenté d'obtenir un accord sur le bois d'oeuvre avant que la renégociation de l'ALÉNA ne débute plus tôt ce mois-ci. Ils ont finalement échoué.

David MacNaughton accuse l'industrie américaine du bois d'oeuvre de propager des informations erronées en plus d'avoir bloqué un accord potentiel.

L'appui de l'industrie américaine est crucial, étant donné qu'une entente ferait disparaître les mesures punitives qui frappent actuellement les exportations canadiennes de bois d'oeuvre au sud de la frontière.

Dans les conflits précédents sur le bois d'oeuvre, l'industrie américaine déposait des requêtes auprès de Washington en invoquant des subventions injustes du côté canadien. Les autorités américaines imposaient ensuite des tarifs à la frontière pendant des années, le temps que le dossier se règle devant les tribunaux.

L'ambassadeur MacNaughton a affirmé que le lobby américain du bois d'oeuvre propage de fausses informations sur deux éléments, soit que le Canada n'a pas accepté de plafond et que les provinces ne s'entendent pas sur les détails d'un accord.

"C'est tout simplement faux", a déclaré l'ambassadeur.

Il avait précédemment déclaré à La Presse canadienne que le Canada avait accepté de plafonner ses exportations à environ 30 pour cent du marché américain. Il a dit que la seule chose que le Canada demande est d'avoir la capacité d'augmenter ce plafond lorsque le marché est tellement actif que les États-Unis n'arrivent pas à fournir les autres 70 pour cent.

M. MacNaughton a plaidé qu'il était injuste de punir les entreprises canadiennes, puis d'augmenter les importations en provenance de la Russie. En fait, durant le premier semestre de 2017, les importations américaines de bois d'oeuvre en provenance de l'Allemagne ont été multipliées par dix en raison de l'augmentation des droits d'importation du bois canadien.

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