POLITIQUE

La communauté LGBT rejette un projet résidentiel dans le Village Gai

Le projet Le Bourbon remplacera un édifice commercial qui a déjà été le fleuron du Village.

24/08/2017 18:15 EDT | Actualisé 25/08/2017 00:56 EDT
Olivier Robichaud

Le projet résidentiel Le Bourbon, à l'extrémité est du Village Gai, ne reçoit plus l'approbation de la communauté LGBT de Montréal. Divers organismes accusent l'arrondissement Ville-Marie de faire FI des recommandations de l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

Le projet Le Bourbon remplacera un édifice commercial qui a déjà été le fleuron du Village. Il est aujourd'hui vacant et désaffecté.

En juin, l'OCPM émettait un avis favorable à son remplacement sous certaines conditions, notamment que le deuxième étage soit réservé aux organismes communautaires de la communauté LGBT «dans des conditions leur permettant une occupation durable de ces locaux». Or, ces organismes estiment que les loyers exigés sont trop élevés et que les locaux ne répondent pas à leurs besoins.

«Il faut faire quelque chose avec cet espace, personne ne s'obstine là-dessus. Mais le promoteur fait valoir qu'il réserve un étage pour les organismes LGBTQ+ alors qu'aucun organisme n'a les moyens de se les payer», souligne Marie-Pier Boisvert, directrice générale du Conseil québécois LGBT.

«Nous n'avons aucun levier de négociation pour faire respecter les recommandations de l'OCPM [...]. On se demande à quoi servent ces recommandations si la Ville de Montréal en fait abstraction complètement en fin de parcours», affirme Christian Tanguay, directeur général du Centre communautaire LGBTQ+.

Le Centre communautaire accuse le promoteur de «pinkwashing», c'est-à-dire d'utiliser les organismes communautaires LGBT pour augmenter l'acceptabilité sociale du projet.

Néanmoins, l'arrondissement compte aller de l'avant.

«Nous travaillons présentement en collaboration avec le promoteur pour assurer que ce réaménagement sera un succès à tous les niveaux et que les besoins de la communauté seront intégrés adéquatement dans le projet, affirme le conseiller municipal Richard Bergeron. Le projet Le Bourbon est une excellente nouvelle autant pour la vitalité économique du Village, que la qualité de vie des résidents et les activités des groupes communautaires. Il est donc dans l'intérêt de tous de travailler ensemble à sa réalisation.

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Pas réservé aux organismes

Toutefois, même le consultant qui agit à titre de porte-parole pour le promoteur, Pascal Harvey, concède que la distance qui sépare la rentabilité minimale de cet espace et la capacité de payer des organismes est très grande.

«On est devant des limites de coûts et de rentabilité minimale. Il n'est pas évident de rentabiliser des bureaux à Montréal, surtout dans ce secteur. Et les organismes communautaires ont des capacités de payer très limitées», affirme M. Harvey.

Selon le consultant, le promoteur a offert des loyers 30% inférieurs au prix du marché. Ce rabais demeure toutefois insuffisant pour les organismes LGBT.

M. Harvey admet que d'autres types de locataires pourraient être envisagés si les discussions avec la communauté LGBT sont infructueuses. Il s'est montré opposé à l'idée d'un règlement d'urbanisme qui obligerait le promoteur à réserver l'étage aux organismes communautaires.

Pas de logements sociaux

M. Tanguay déplore d'ailleurs que l'immeuble projeté ne contiendra aucun logement social. Le promoteur a plutôt promis de verser une somme au Fonds de contribution, qui sert à financer d'autres projets de logements sociaux.

«Il n'y aura pas de mixité dans cet immeuble. Il contribuera à la gentrification du Village», affirme M. Tanguay.

Lors des consultations publiques, le Comité logement Ville-Marie s'est opposé à ce projet entre autres à cause de l'absence de logements sociaux.

Le Comité note que le quartier Centre-Sud, qui comprend le Village, compte plus d'un ménage sur trois vivant dans une situation de faibles revenus.

Selon M. Harvey, le projet ne rencontre pas les critères pour la création de logements sociaux.

«La proposition initiale du promoteur comprenait des logements sociaux, mais pas suffisamment. La direction de l'habitation de la Ville avait des doutes sur la rentabilité de cet aspect du projet», affirme-t-il.

Le HuffPost Québec a tenté d'obtenir l'avis de la Société de développement commercial du Village, qui s'est initialement montré favorable au projet. Au moment d'écrire ces lignes, nous n'avions pas reçu de réponse.

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