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Après avoir quitté la Maison-Blanche, Bannon affirme qu'il continuera à se battre «pour Trump»

L'ancien conseiller défend des idées nationalistes, proches de l'extrême droite.

18/08/2017 12:56 EDT | Actualisé 18/08/2017 18:24 EDT

Donald Trump s'est finalement séparé vendredi de Steve Bannon, son sulfureux conseiller, mais le président reste empêtré dans la violente polémique créée par son ambiguïté à l'égard de l'extrême droite.

Contempteur virulent de "l'establishment" et des "élites", l'ancien patron du très droitier site Breitbart News, n'aura tenu qu'un peu plus de six mois dans la West Wing.

Ce départ, qui ponctue l'une des semaines les plus catastrophiques de la jeune présidence, permet à Donald Trump d'envoyer un message aux ténors de son gouvernement et aux nombreux élus républicains exaspérés par les provocations de cet homme de 63 ans qui promettait l'avènement d'un "nouvel ordre politique".

Mais il suscite aussi une myriade d'interrogations sur le rôle que ce dernier entend désormais jouer en dehors de la Maison-Blanche celui qui fut un personnage central de la campagne atypique — et couronnée de succès — de Donald Trump.

Dans son style caractéristique, Bannon, qui a immédiatement repris ses fonctions au sein de Breitbart News, a assuré qu'il n'entendait pas rester silencieux.

"S'il y a la moindre confusion, laissez-moi clarifier les choses: je quitte la Maison-Blanche et je pars au combat pour Trump et contre ses opposants — au Capitole, dans les médias et dans le monde des affaires", a-t-il déclaré vendredi à Bloomberg News.

L'annonce — sèche — de son départ, est intervenue à un moment particulièrement difficile pour Donald Trump empêtré dans la polémique sur ses propos après les violences de Charlottesville, lorsqu'il a affirmé que les torts se trouvaient des deux côtés, renvoyant dos à dos suprémacistes blancs et manifestants venus dénoncer ces derniers.

Pas un raciste

"Le licenciement de Steve Bannon est bienvenu, mais il ne peut cacher le positionnement du président Trump lui-même sur les suprémacistes blancs et l'intolérance qu'ils prônent", a réagi Nancy Pelosi, chef des démocrates à la Chambre des représentants.

Des poids lourds du parti républicain se sont montrés à peine moins durs avec le locataire de la Maison-Blanche.

Vendredi, Mitt Romney, ancien candidat à la présidentielle, a évoqué un "moment décisif pour le président Trump" et l'a pressé de présenter ses excuses.

Même son propre chef de la diplomatie semblait critiquer le président en condamnant sans aucune ambiguïté le racisme. "La haine n'est pas une valeur américaine", a-t-il martelé.

James Murdoch, fils du magnat de la presse Rupert Murdoch qui est un intime de Donald Trump, a dénoncé "la rhétorique haineuse" du président, estimant que garder le silence serait se rendre complice.

Des mots très durs du patron de la maison mère de Fox News, la chaîne d'infos favorite des électeurs qui ont porté Donald Trump au pouvoir.

Plus symbolique, la mère de Heather Heyer, la femme de 32 ans tuée par un sympathisant néo-nazi à Charlottesville a dit publiquement qu'elle refusait de parler au président américain, qui souhaitait lui présenter personnellement ses condoléances.

Départs retentissants

Après le départ de Sean Spicer et de Reince Priebus, respectivement porte-parole et secrétaire général de la Maison-Blanche, celui de Steve Bannon complète le renouvellement en profondeur de l'équipe qui s'était installée au 1600 Pennsylvania avenue le 20 janvier.

Il permet en particulier à John Kelly, général à la retraite des Marines qui avait succédé à M. Priebus, d'affirmer un peu plus son pouvoir dans une équipe où règne un indéniable chaos.

Ancien banquier d'affaires chez Goldman Sachs, Steve Bannon avait mis le site internet qu'il dirigeait au service de l'une des mouvances de l'extrême droite américaine se présentant sous le nom d'alt-right.

Plutôt discret dans les médias, il avait pris une fois la parole pour dénoncer, avec une virulence inouïe... les médias, jugeant, dans un entretien au New York Times, que ces derniers devraient se sentir "humiliés". Et se taire.

"Je veux que vous me citiez là-dessus", avait-il lancé, content de son effet: "Les médias ici sont le parti d'opposition. Ils ne comprennent pas ce pays".

Son départ a suscité la déception de Nigel Farage, ancien leader de l'Ukip et grand artisan de la victoire du Brexit lors du référendum sur l'UE de juin 2016.

"Vraiment désolé de voir mon ami Steve Bannon partir. Son intelligence politique sera difficile à remplacer", a-t-il tweeté.

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