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Les États-Unis connaissent «un recul de la société civile» sous Donald Trump

Le neveu de Harvey Milk est l’un des invités d’honneur de Fierté Canada.

17/08/2017 16:56 EDT | Actualisé 17/08/2017 16:56 EDT
Juan Naharro Gimenez via Getty Images

Stuart Milk n'était qu'un adolescent lorsque son oncle Harvey, le premier conseiller municipal ouvertement gay à San Francisco, a été brutalement assassiné. Aujourd'hui, il parcourt le monde pour porter son message de tolérance et d'espoir au nom de la Fondation Harvey Milk.

Le militant des droits de l'homme et conférencier sera de passage au défilé de Fierté Canada Montréal 2017 comme l'un des présidents d'honneur. Le HuffPost Québec s'est entretenu avec lui sur cette première édition pancanadienne du festival LGBT, mais aussi sur le climat de haine et d'intolérance qui se dessine aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump.

AFP/Getty Images

HuffPost Québec : Vous avez participé aux défilés de la Fierté aux quatre coins du monde, mais ce sera votre première fois comme président d'honneur à Montréal. En plus, on fête le 150e du Canada et le 375e de la Ville. Quelle importance cet événement revêt-il pour vous?

Stuart Milk : C'est incroyable. Je veux dire, ça fait clairement partie de l'expérience canadienne. Le Canada est un leader dans l'hémisphère nord dans le dossier des droits des LGBT. Vous étiez 10 ans d'avance sur les États-Unis pour le mariage gay, vous êtes un précurseur pour combattre les crimes haineux. Alors le Canada est un leader de plusieurs façons et continue de mener en acceptant des réfugiés et des gens qui fuient leur pays en raison de leur appartenance à la communauté LGBT.

Le premier ministre Justin Trudeau va, je pense, un pas plus loin en s'impliquant personnellement pour soutenir les droits de la communauté LGBT et en participant aux défilés à travers le pays. Je pense que le premier ministre Trudeau donne vraiment le ton que le pays inclut tout le monde et n'exclut personne. [M. Trudeau sera accompagné de son homologue irlandais Leo Varadkar. C'est la première fois qu'un chef de gouvernement prend part au défilé de la Fierté avec un premier ministre canadien.]

HPQc : Le défilé de clôture, le dimanche 20 août, rendra hommage aux peuples fondateurs du Canada, soit les Premières Nations, les Inuits et les Métis, Comment est-ce que cette initiative se rattache à votre propre coming out?

Stuart Milk : Mon oncle savait que j'étais gay. Il ne m'a jamais obligé à parler de ma propre sexualité, mais m'a souvent parlé de l'importance de la diversité. La première conversation du genre a eu lieu quand j'avais 12 ans en 1972. Après lui avoir admis que je me sentais différent et que je n'étais pas comme les autres enfants à l'école, mon oncle m'a donné un livre, Seven Arrows, qui raconte l'histoire des traditions autochtones en Amérique du Nord. Il a écrit en première page : « Tes différences serviront de remède pour guérir le monde ». C'était un message très puissant. Les histoires du livre et cette citation ont été mes repères afin d'accepter ma différence. Elle pouvait enfin être un cadeau, même si les autres la voient d'un autre œil.

Les gens issus de la communauté LGBT sont considérés comme bispirituels et sont célébrés dans les communautés autochtones. On nous dit parfois que les droits LGBT sont des valeurs de l'Occident. En fait, ce n'est pas le cas. Ce sont des valeurs anciennes. Nous n'avons qu'à regarder les cultures autochtones en Amérique du Nord et du Sud, qui précèdent toutes les religions modernes, pour voir que les aînés spirituels croyaient que les gens qui voient le monde différemment sont ceux qui font avancer le monde. Alors je pense que c'est une des raisons principales pour mettre les peuples autochtones de l'avant.

HPQc : Vous voyagez aux quatre coins du monde au nom de la Fondation Harvey Milk pour véhiculer un message d'inclusion et de tolérance. Qu'avez-vous pensé du président de votre propre pays qui a annoncé sur Twitter que les transgenres ne pourront pas servir dans l'armée?

Stuart Milk : Avant ce tweet sur le service militaire des transgenres, le président actuel n'avait rien fait qui visait spécifiquement la communauté LGBT. Mais il avait visé les immigrants, les Mexicains, les droits des femmes, les gens qui ont une foi différente de celle de la majorité... Lorsque vous visez les femmes, vous attaquez les personnes LGBT. Lorsque vous visez les immigrants, vous attaquez les personnes LGBT. Lorsque vous visez les Mexicains, vous attaquez les personnes LGBT. Lorsque vous visez les personnes d'une autre religion, vous attaquez les personnes LGBT. Alors ça n'a aucun sens de dire : je vais protéger la communauté LGBT, mais attaquer tous ces groupes.

Une attaque contre nos frères et sœurs trans est une attaque contre nous tous.

HPQc : Y voyez-vous un recul des acquis de la communauté LGBT aux États-Unis?

Stuart Milk : Absolument. C'est un recul de la société civile, point. Une attaque contre nos frères et sœurs trans est une attaque contre nous tous — même s'il ne s'agit que d'une attaque verbale, pour faire plaisir à sa base de bigots dépassés et obsolètes...

Je pense que ces attaques, ces tweets, sont de l'intimidation verbale et les mots peuvent faire mal. Alors je m'inquiète pour ces jeunes confus à propos de leur identité sexuelle qui entendent le président des États-Unis dire qu'ils ne sont pas dignes de servir dans l'armée ou qu'ils seraient un fardeau pour l'armée. C'est un schéma d'intimidation. Nous voyons de l'intimidation dans la cour d'école et, parfois, dans l'histoire de l'humanité, nous avons vu des intimidateurs avec de grands haut-parleurs. Mais même les paroles posent un danger.

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HPQc : Alors comment faudrait-il, à votre avis, lutter contre cette intimidation qui provient directement de la Maison-Blanche?

Stuart Milk : Que l'intimidation ait lieu dans une réunion ou à la Maison-Blanche ou dans la cour d'école, les intimidateurs ne réussissent que si on les laisse atteindre leur but. Les intimidateurs sont seulement capables d'intimider si d'autres se joignent à eux.

Les intimidateurs ont soit une forte personnalité ou un mégaphone ou ils ont une façon de dominer la conversation, mais nous ne sommes pas obligés de les laisser faire. Nous pouvons les ignorer et, en même temps, peut-être leur apprendre que l'intimidation n'est pas une façon de faire. Alors je pense que Donald Trump nous donne cette occasion de voir le défi à relever.

Thomas Jefferson, l'un des pères fondateurs de la constitution américaine, a un jour demandé: « Quand la bataille pour l'égalité et la justice prendra-t-elle fin? » Et nous disons : « Elle ne finit jamais. » Tant et aussi longtemps que nous avons des minorités, nous serons toujours assujettis à la tyrannie de la majorité. Donald Trump en est le messager, bien malgré lui.

Si vous regardez autour de vous, vous verrez des types comme Donald Trump. Nous devons demeurer vigilants et nous pouvons le faire ensemble, à la Fierté Canada à Montréal, qui est un événement national. Nous pouvons démontrer que non seulement une nation se tient debout contre ces intimidateurs, mais qu'elle est entourée d'une communauté globale.

Mon souhait de fête est que le Canada continue de démontrer du leadership, mais toujours en gardant en tête qu'on peut en faire plus.

HPQc : Pour conclure sur une note positive, quel est votre souhait au Canada pour les 150 prochaines années?

Stuart Milk : Mon souhait de fête est que le Canada continue de démontrer du leadership, mais toujours en gardant en tête qu'on peut en faire plus. Quand le Canada intensifie ses efforts pour célébrer ses peuples autochtones, je pense que la communauté serait la première à dire: faites-en plus. Quand le Canada fait plus d'efforts pour inclure les femmes et s'assurer qu'elles reçoivent un salaire égal pour un travail équivalent, les femmes se joindraient à moi pour dire : faites-en plus. Quand nous nous levons contre l'intimidation, je pense que toutes les minorités au Canada se joindraient à moi pour dire : faites-en plus. Quand le Canada soutient les droits des LGBT, les droits des immigrants et des autres minorités sur la planète, je pense que la communauté internationale dira : continuez, mais faites-en plus.

Nous devons toujours en faire plus, alors mon souhait au Canada est le suivant : célébrez votre leadership, mais n'oubliez pas de vous rappeler que nous devons toujours en faire plus, ensemble.

Cette entrevue a été conduite en anglais, puis éditée et condensée par souci de clarté.

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