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Projet de missiles vers Guam: Kim Jong-Un appuie sur pause

Une porte de sortie pour désamorcer la crise?

15/08/2017 06:39 EDT | Actualisé 15/08/2017 09:09 EDT

Kim Jong-Un a annoncé mardi mettre sur pause le projet nord-coréen de tirer des missiles près du territoire américain de Guam mais averti que cet exercice hautement provocateur irait de l'avant en cas de nouvelles "actions irresponsables" de Washington.

Aux yeux de certains analystes, ces commentaires du dirigeant nord-coréen constituent une possible porte de sortie pour désamorcer la crise alimentée par la guerre rhétorique entre le président américain Donald Trump et la Corée du Nord.

La Corée du Nord a menacé la semaine dernière de tirer quatre missiles au-dessus du Japon en direction de l'île de Guam, dans le Pacifique-ouest, où se trouvent deux importantes bases militaires américaines.

Le jeune dirigeant a été informé de ce "plan visant à cerner Guam par le feu" en inspectant lundi le commandement de la Force stratégique chargée des unités balistiques, a rapporté mardi l'agence officielle nord-coréenne KCNA.

Avant de donner l'ordre de le mettre à exécution, Kim Jong-Un a déclaré qu'il allait "observer encore un peu le comportement idiot et stupide des Yankees". S'ils "persistent dans leurs actions irresponsables et dangereuses dans la péninsule coréenne", la Corée du Nord prendra des mesures "telles que déjà annoncées", a-t-il ajouté.

"Afin de désamorcer les tensions et d'empêcher un dangereux conflit militaire dans la péninsule coréenne, il est nécessaire que les Etats-Unis décident les premiers une option appropriée", a-t-il ajouté.

La Chine a estimé mardi que la crise avait atteint un "tournant" et qu'il était temps de revenir à la table des négociations.

"Ce que nous espérons désormais, c'est que toutes les parties impliquées, dans leurs paroles et leurs actes, puissent contribuer à éteindre le feu des tensions actuelles, plutôt que de jeter de l'huile sur le feu", a souligné Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Il semblerait que Kim Jong-Un ait fait référence aux exercices militaires conjoints annuels à grande échelle entre Séoul et Washington, qui doivent commencer prochainement.

Ces manœuvres ne manquent jamais de susciter l'ire de Pyongyang, qui les considère comme la répétition de l'invasion de son territoire.

AFP/Getty Images

Désescalade?

La Corée du Nord a proposé dans le passé un moratoire sur les essais nucléaires et les tests de missiles en échange de l'annulation de ces exercices, compromis soutenu par la Chine, principal allié de Pyongyang, et rejeté régulièrement par Washington et Séoul.

Certains analystes jugent que le numéro un nord-coréen est en train de proposer le même compromis, avec en plus dans la balance la menace sur Guam.

"C'est une invitation directe à parler de freins réciproques aux exercices et aux tirs de missiles", a estimé Adam Mount, expert du cercle de réflexion Center for American progress, à Washington.

Pour John Delury, professeur à l'Université Yonsei de Séoul, "Kim Jong-Un est en train d'opérer la désescalade, il met Guam de côté pour l'instant", a-t-il dit sur Twitter .

"On n'est pas sortis du bois", prévient-il cependant. "Il faut que les deux parties continuent de faire des gestes pour désamorcer les choses, en actions ou en paroles. La diplomatie doit passer à la vitesse supérieure".

Séoul comme Washington soutiennent que leurs manoeuvres sont purement défensives et ne peuvent être mise en relation avec les ambitions nucléaires de la Corée du Nord, qui violent toute une série de résolutions de l'ONU.

Les menaces de Pyongyang sur Guam constituent "un chantage pur et simple", estime Joshua Pollack, chercheur à l'Institut Middlebury des études internationales de Monterey.

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'Le feu et la colère'

L'annonce nord-coréenne a été saluée à Guam. Les autorités se sont dites "follement heureuses" que "Kim Jong-Un ait reculé".

Les tensions ne cessent de s'aggraver depuis que le Nord a testé en juillet deux missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) qui semblent mettre à sa portée une bonne partie du territoire américain.

En réaction, Donald Trump a menacé de déchaîner sur la Corée du Nord "le feu et la colère, d'une manière que le monde n'a jamais vue".

Pyongyang a alors répliqué en rendant public son plan pour tirer des missiles de portée intermédiaire qui s'abîmeraient à 30 ou 40 kilomètres de Guam. L'île abrite des installations stratégiques américaines, bombardiers lourds à longue portée, chasseurs et sous-marins.

Ce territoire de 162.000 habitants est aussi équipé d'un bouclier anti-missiles Thaad.

Cette escalade verbale inquiète la communauté internationale. Plusieurs dirigeants, dont le président chinois Xi Jin-Ping, ont appelé les deux parties au calme.

Le président sud-coréen Moon Jae-In a souligné mardi que Séoul voulait à tout prix éviter une nouvelle guerre.

"L'action militaire sur la péninsule coréenne ne peut être décidée que par la République de Corée et nul ne peut décider d'une action militaire sans le consentement de la République de Corée".

Le ministre américain de la Défense Jim Mattis et le secrétaire d'Etat Rex Tillerson ont écrit dans un éditorial publié par le Wall Street Journal que les Etats-Unis "ne visent pas" le changement de régime à Pyongyang ou l'accélération de la réunification de la péninsule coréenne.